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Cet article est issu du dossier «Comment les villes africaines font face au risque climatique»

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Politique économique

Villes et climat : Kinshasa doit protéger sa forêt [2/6]

Réservé aux abonnés | | Par - à Kinshasa
Mis à jour le 18 août 2020 à 18h09
Vente de charbon sur un marché de Kinshasa.

Vente de charbon sur un marché de Kinshasa. © Peter Andrews

Capitale du pays abritant le deuxième poumon vert du monde, Kinshasa peine à lutter contre deux fléaux : la déforestation et la prolifération des déchets. 2e épisode de notre série sur les villes face au défi climatique.

  • Le principal danger

Si elle connaît des inondations comme nombre de villes du continent, la capitale congolaise est avant tout confrontée au problème de la déforestation. Dans de nombreux quartiers, faute d’autre source d’énergie, le bois est en effet utilisé comme combustible par une majorité des foyers. « Kinshasa consomme 5 millions de tonnes de bois par an, qui proviendraient de l’exploitation d’environ 60 000 hectares de forêts naturelles périurbaines », a souligné en 2018 le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad).

Résultat : ces dernières années, la ville a perdu plusieurs de ses espaces verts (Zamba Thérèse, Zamba Voka, Zamba Tasok, Zamba Eucalyptus, Zamba Météo), qui permettaient l’absorption du CO2.

À cette difficulté s’ajoute une autre menace : la prolifération des déchets. Selon la Régie d’assainissement de Kinshasa (Raskin), la ville en produit chaque jour environ 900 tonnes, essentiellement plastiques. En l’absence d’une réelle politique de recyclage et en raison du ruissellement des eaux, ils exposent la population à des maladies, dont le choléra, et menacent la biodiversité du fleuve Congo.

« Les déchets sont jetés dans les caniveaux et, pendant les fortes pluies, l’eau ne peut être évacuée correctement, provoquant des dégâts qui vont de la destruction des routes et des habitations à des pertes de vies humaines », explique Rémy Zahiga, activiste congolais engagé dans la lutte contre le changement climatique.

  • La figure de la lutte

Si Tosi Mpanu Mpanu, négociateur senior de la République démocratique du Congo (RDC) sur les questions climatiques, incarne l’engagement congolais dans la lutte contre le réchauffement sur la scène internationale, d’autres figures portent ce combat sur le terrain.

C’est notamment le cas de l’activiste Rémy Zahiga, 24 ans, ingénieur diplômé en géologie. Sa connaissance académique des effets du changement climatique le pousse à se lancer dans le militantisme.

En 2019, il décide de concentrer son combat sur la destruction de la forêt équatoriale du Bassin du Congo et cofonde le mouvement #SaveCongoRainForest (Sauvons la forêt congolaise), qui appelle les autorités à prendre conscience des enjeux. Une campagne qui a vite dépassé les frontières du pays pour rassembler des activistes en Afrique, en Europe, en Australie ainsi qu’en Amérique. Le militant congolais a alors cofondé « Congo Enviro Voice », à l’échelle de la RDC.

« Le réchauffement climatique à Kinshasa, comme dans l’ensemble du pays, va déstabiliser le secteur agricole en renforçant le risque de famines, en fragilisant l’élevage et en compliquant l’accès à l’eau », résume l’activiste.

  • Le chiffre à retenir

Sur les 39 800 ha de forêts que comptait la métropole, il n’en reste qu’une dizaine. « Avec l’augmentation rapide de la population urbaine (celle de Kinshasa a doublé en une génération), la pression sur les forêts naturelles s’accroît, entraînant des impacts négatifs économiques, sociaux et écologiques », pointe le Cirad.

  • Le projet phare

À son arrivée à la tête du pays, le président Félix Tshisekedi a lancé le projet « Jardin scolaire », qui prévoit de planter d’un milliard d’arbres à l’horizon 2023, dont un million à Kinshasa d’ici la fin de l’année. Mais, en raison des difficultés financières du pays, l’initiative piétine.

Même constat mitigé sur le volet gestion des déchets. Si la RDC a adopté fin décembre 2017 un décret interdisant la production, l’importation, la commercialisation et l’utilisation des sacs, sachets et autres emballages en plastique, rien ou presque n’a été fait pour mettre en œuvre concrètement la mesure.

« Il faudrait commencer par faire appliquer cette règle avec rigueur, non seulement à Kinshasa mais aussi dans l’ensemble du pays, tout en sensibilisant la population à la gestion des déchets », plaide Rémy Zahiga.

En revanche, l’initiative privée « puits de carbone forestier Ibi Batéké/PCI-B » dans la commune périphérique de Maluku à Kinshasa semble sur la bonne voie. Initiée en 2000 par deux Belges d’origine congolaise, elle vise la création, à long terme, d’une forêt de 8 000 hectares (acacias, eucalyptus, pins, etc.) qui devrait devenir un puits de carbone forestier. Le projet est soutenu par plusieurs organisations internationales, notamment la Banque mondiale à travers Novacel, à hauteur de 4 millions de dollars.

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