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Cet article est issu du dossier «Comment les villes africaines font face au risque climatique»

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Politique économique

Villes et climat : Casablanca en lutte contre les inondations [5/6]

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Super Collecteur Ouest, l'ouvrage de protection de Casablanca contre les crues de l’Oued Bouskoura.

Super Collecteur Ouest, l'ouvrage de protection de Casablanca contre les crues de l’Oued Bouskoura. © Casablanca Aménagement

Si la capitale économique du royaume s’est mobilisée très tôt contre les épisodes de pluies diluviennes, elle doit encore poursuivre ses efforts. 5e épisode de notre série sur les villes face au défi climatique.

  • Le principal danger

Depuis quelques années, Casablanca subit une alternance de périodes de fortes chaleurs et de pluies diluviennes. Ces dernières constituent le plus important défi pour la ville qui, construite sur l’ancien lit de l’oued Bouskoura, est déjà, pour des raisons géologiques, sujette aux inondations.

Rien que sur la période 1960-2004, les autorités météorologiques estiment que l’évolution climatique a conduit à un accroissement des débits décennaux de l’ordre de 20 %. À cette évolution s’ajoute la montée du niveau de la mer, entraînant submersion et érosion des côtes.

Sur la base d’une analyse critique des projections du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), les experts s’attendent à une élévation globale du niveau marin de 20 cm à l’horizon 2030. D’ores et déjà, quelque 50 kilomètres de côte sont menacés. Selon la même étude, toute la surface portuaire de Casablanca pourrait être engloutie d’ici 2100.

Problème : l’aménagement urbain, marqué par l’insuffisance de collecteurs et l’absence de réseau d’assainissement des eaux pluviales, n’est pas calibré pour faire face à ces risques.

  • La figure de la lutte

Quinquagénaire native d’Oujda, Chafil Rajae est la “Madame climat et environnement” de la Commission spéciale sur le modèle de développement, institution lancée en début d’année par le Roi Mohammed VI.

Depuis 2018, elle est également directrice du Centre de compétences en changements climatiques « 4C Maroc », chargé de l’appui aux politiques climatiques au Maroc et en Afrique. Auparavant, Chafil Rajae, titulaire d’un doctorat en toxicologie industrielle de l’Université de Lille, a travaillé au ministère de l’Environnement, notamment comme directrice de la surveillance et de la prévention des risques.

En 2009, elle a été chargée du programme « Négociations internationales sur l’environnement et le développement durable » pour le compte de l’Institut de la francophonie pour le développement durable au Canada.

  • Le chiffre à retenir  

Des organismes ont évalué, il y a déjà quelques années, le coût des désastres naturels et du changement climatique à l’horizon 2030 pour la ville de Casablanca. En combinant les dommages relatifs aux séismes, inondations, tempêtes ainsi que le manque de ressources hydriques, ils sont parvenus à une facture de 11 milliards de dirhams.

Ce chiffre n’a jamais été actualisé et les climatologues marocains souffrent du manque d’information et de moyens pour réaliser des études sérieuses alors que, par ailleurs, le Maroc, faible émetteur de gaz à effet de serre comme l’ensemble de l’Afrique, s’est engagé à réduire de 42 % ses émissions de CO2 à l’horizon 2030. Un effort auquel devra contribuer Casablanca.

  •  Le projet phare

En 2014, le conseil de la ville de Casablanca a lancé le chantier de détournement de l’oued Bouskoura pour une enveloppe de 900 millions de dirhams. Après plusieurs études, qui ont coûté plus de 55 millions de dirhams, les ingénieurs ont opté pour l’option consistant à canaliser les eaux de l’oued dans un tunnel souterrain traversant la ville pour les évacuer vers l’océan, non loin de la corniche.

L’ouvrage, l’un des plus importants aménagements de Casablanca, a été mis en service en 2017 et doit protéger la ville des crues. Depuis cette date, la ville n’a pas connu de grandes précipitations, qui auraient servi de test grandeur nature. Si les autorités espèrent que cette protection durera vingt ans, les experts ne lui donnent pas plus de quinze ans à cause de l’accroissement significatif du débit des crues.

En 2018, la ville de Casablanca a mis en place une Société de développement locale, Casa Baiaa (soit Casa Environnement), pour s’occuper des dossiers environnementaux, de la protection des côtes à la défense de la biodiversité en passant par le suivi de la qualité de l’air. Mais cette institution ne dispose que d’un budget de 20 millions de dirhams cette année, une dotation très modeste au regard des défis à relever et du budget global de la ville, de l’ordre de 4,5 milliards de dirhams.

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