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Cet article est issu du dossier «Comment les villes africaines font face au risque climatique»

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Politique économique

Villes et climat : Praia résiste à la sécheresse [4/6]

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Mis à jour le 20 août 2020 à 16h58
Vue aérienne de la capitale du Cap-Vert, Praia

Vue aérienne de la capitale du Cap-Vert, Praia © David Trainer/Wikimedia commons

La capitale du Cap-Vert a développé des usines de désalinisation pour répondre au problème croissant du manque d’eau, qui frappe l’ensemble de l’archipel. 4e épisode de notre série sur les villes face au défi climatique.

  •  Le principal danger

Depuis trois ans, il n’a quasiment pas plu sur les îles cap-verdiennes, qui connaissent des précipitations moyennes annuelles de 200 mm d’eau. Cette sécheresse a une conséquence directe sur l’agriculture et le tourisme, piliers de l’économie de l’archipel.

Elle provoque également des problèmes en termes d’assainissement et d’accès à l’eau potable pour les ménages. À Praia, ce déficit provoque une réaction en chaîne qui entraîne l’augmentation du coût de la vie, avec des produits locaux touchés par la pénurie, poussant l’État à favoriser les importations.

Depuis janvier, le pays est en état d’urgence hydrique. « Le déficit hydrique impacte directement les nappes phréatiques, qui représentent 80 % de nos ressources en eau », explique Jacques Tavares, chercheur à l’institut national d’investigation et de développement agraire du Cap Vert (Inida).

« Avec les trois années de sécheresse que nous subissons, les nappes ne se rechargent plus ; il en est de même pour les barrages construits spécifiquement ces dix dernières années pour retenir l’eau de pluie, reprend le chercheur. Si la sécheresse continue, la situation va devenir catastrophique. »

  • La figure de la lutte

À Praia, c’est l’Inida qui se charge de la gestion des ressources naturelles, de la conservation du sol et de la biodiversité. Aider les populations à faire face au changement climatique par leurs pratiques agricoles et une meilleure gestion des ressources en eau, c’est le défi de cet institut, rattaché au ministère de l’Environnement.

L’agence gouvernementale est donc chargée de traquer la moindre goutte d’eau, via la modernisation des techniques agraires avec un système d’irrigation au goutte-à-goutte, l’arborisation, la construction d’ouvrages antiérosifs…

Les experts tentent coûte que coûte de freiner l’écoulement superficiel de l’eau et de la forcer à s’infiltrer dans le sol afin de recouvrir les nappes phréatiques. Des procédés plus innovants, comme la récupération des eaux usées ou le captage des eaux de brouillard sur les îles montagneuses, sont aussi utilisés.

Des techniques que Jacques Tavares utilise dans sa propre plantation, située à une vingtaine de kilomètres de Praia, dans laquelle il pratique l’agriculture irriguée. Rationné par l’État à 18m3 d’eau de forage par semaine, le barrage hydroagricole de Poilão – le premier du pays – étant à sec, il ne peut toutefois cultiver que 250 m2 de terre sur l’hectare que constitue son exploitation. Seul expert du pays spécialiste de l’érosion et la dégradation des terres, ce Cap-Verdien élevé à Dakar a également travaillé à la mise en œuvre des trois conventions de Rio (contre la désertification, pour la biodiversité et le changement climatique) dans le pays.

La dizaine d’îles qui constituent l’archipel avaient un air de « planète Mars » au moment de l’indépendance, en 1975, rappelle Jacques Tavares. Il y a une cinquantaine d’années, seul 1 % de la surface totale du pays était arborisée, contre 21 % aujourd’hui. Une évolution qui ne permet toutefois pas de contrer le manque d’eau dans le pays.

  • Le chiffre à retenir

70 % : c’est la part de la population cap-verdienne qui vit dans les villes aujourd’hui. L’exode rural est une autre conséquence sociale très importante de l’aggravation de la sécheresse dans le pays, et sur l’île de Santiago en particulier. Hormis dans quatre lieux distincts (la capitale Praia, Mindelo sur l’île de Sao Vicente, et les îles très touristiques Sal et Boa Vista), toutes les municipalités du pays voient leur population diminuer.

En milieu rural, l’agriculture irriguée provoque une surexploitation des ressources en eau, et ne suffit plus à faire vivre les populations, forcées à migrer vers les villes qui n’ont pas les capacités pour gérer ces flux. Avec ses 125 000 habitants, soit un quart de la population du pays – l’île de Santiago abrite à elle seule la moitié des Cap-Verdiens -, la capitale doit ainsi faire face à un accroissement de sa population sans avoir les infrastructures nécessaires pour la prendre en charge.

  • Le projet phare

Pour assurer les besoins en eau potable de la population, des stations de désalinisation ont été installées dans le pays.  À Praia, la station la plus importante permet de couvrir environ 85 % de la consommation des habitants de la ville. Sur l’île de Sal, l’île de référence au niveau touristique, ce sont 100 % des besoins de consommation des familles et du ravitaillement des hôtels qui sont couverts par une usine du même type. Une solution très énergivore, mais vue comme une solution de dernier recours.

Cette année, le gouvernement prévoit d’investir plus de 5,5 millions d’euros dans des centrales de désalinisation sur les îles de Santiago et de Boa Vista. L’investissement, majoritairement supporté par l’entreprise publique Aguas de Santiago, doit permettre d’activer deux unités capable de désaliniser 1 200 et 1 000 m3 d’eau par jour.

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