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Quand de jeunes Tunisiennes se mettent à porter le voile

Alia et Aïcha, deux lycéennes, 16 ans à peine, rient aux éclats. L’une porte un court voile noir en coton tombant sur les épaules, l’autre est tête nue. Toutes deux sirotent en ce milieu d’après-midi un thé à la menthe sur la terrasse du café « Sidi Chaâbane », à Sidi Bou Saïd, un petit village situé non loin de Tunis implanté à flanc de colline. La vue sur la Méditerranée y est superbe. « Qu’est-ce qui te prend de porter le voile depuis trois mois dès que tu sors ? Tu es beaucoup mieux sans ! » lance Aïcha à sa copine qui néanmoins porte jean et tee-shirt très moulants.
Alia explique qu’elle regarde chaque soir depuis plusieurs mois les télévisions du Proche-Orient, Al-Jazira du Qatar, et Iqra d’Arabie saoudite. Sur cette dernière, un présentateur-vedette, Amr Khaled, la trentaine, fait tourner la tête des jeunes filles. Il n’a pas arrêté ces derniers temps de sublimer le voile, expliquant qu’il mettait en valeur l’ovale du visage !
« Je me suis regardée dans une glace, dit Alia, et j’ai trouvé qu’il avait raison ! Je me trouve bien plus jolie comme ça. Ma mère était furieuse. Elle n’a pas arrêté de me dire : « Écoute, ma mère et ma grand-mère n’ont jamais porté de voile. Tu ne vas pas commencer ! » Elle m’a fait un vrai cours d’histoire sur la Tunisie, soulignant que ses présidents ont fait le choix pour la Tunisienne d’en faire une femme moderne qui peut librement sortir de chez elle, librement travailler, librement voyager… Mais on peut porter le voile et être moderne, non ? Du coup, je ne porte pas le voile devant ma mère. Je le cache dans mon sac à dos et je le mets dès que je sors, mais pas au lycée puisque c’est interdit ! »
Depuis plus d’un an, il y a en effet une légère recrudescence du port du voile en Tunisie. Effet de mode ? Sur Al-Jazira, une des présentatrices-vedettes, une Algérienne, porte depuis peu également un voile. Est-ce par opposition au monde occidental, après l’invasion de l’Irak par les États-Unis ? Est-ce par besoin d’un retour « à l’islam » ? Ou est-ce une contestation politique déguisée du régime en place qui laisse peu de place à la libre expression ? Les autorités s’interrogent et programment déjà des sondages pour comprendre « cette fronde nouvelle », selon le mot d’Amina, sociologue.
Le voile est en effet interdit en Tunisie à l’école, au lycée, à l’université, dans les administrations. Il y a des sanctions très sévères, parfois l’exclusion, si l’on passe outre.
Dans son bureau au coeur de Tunis, la ministre de la Femme, de la Famille et de l’Enfance, Neziha Ben Yedder, 46 ans, ancienne avocate, n’en revient pas de ce retour du voile sur la place publique : « Je ne vois pas pourquoi, comme certains le clament, il rendrait une femme plus respectable, plus respectée. Pour moi, c’est une régression, un retour en arrière, une atteinte aux droits de la femme. »

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