Politique

Embargo sur les armes en Centrafrique : la colère de Bangui

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Mis à jour le 31 juillet 2020 à 17h28
Des militaires des Forces armées centrafricaines (FACA), au Camp Kassai en 2014 (Archives).

Des militaires des Forces armées centrafricaines (FACA), au Camp Kassai en 2014 (Archives). © Sylvain Cherkaoui pour Jeune Afrique

Le Conseil de sécurité de l’ONU a voté à l’unanimité la reconduction de l’embargo sur les armes à destination de la Centrafrique. Le gouvernement et la présidence ne cachent pas leur colère.

A Bangui, dans les couloirs de la présidence et des ministères concernés, c’est l’incompréhension, voire la colère qui prédomine. Mardi 28 juillet, les membres du Conseil de sécurité des Nations unies ont voté à l’unanimité pour une reconduction de l’embargo sur les armes. Si les États membres doivent continuer de « prendre les mesures nécessaires pour empêcher la fourniture, la vente ou le transfert directs ou indirects d’armements à la République centrafricaine », une série de nouvelles dérogations – après celles décidées en septembre dernier – a cependant été adoptée.

Assouplissements « insuffisants »

Le Conseil évoque dans sa décision la possibilité de livrer des lance-roquettes et des munitions pour ces armes. Un assouplissement qui a été défendu par la France, mais auquel se sont dans un premier temps opposés plusieurs Etats, dont les Etats-Unis et l’Allemagne, qui ont fait état de leurs craintes de voir ces armements tomber entre les mains des groupes armés.

La Russie, de son côté, a plaidé pour obtenir la levée complète de l’embargo « d’ici un an ». Autre assouplissement, la possibilité pour l’armée centrafricaine d’importer des armes de calibres 14.5 ainsi que de véhicules blindés armés.

Mais cela est loin d’être à la hauteur des attentes du gouvernement centrafricain. Dans un entretien à Jeune Afrique, Marie-Noëlle Koyara, la ministre de la Défense, estimait déjà, dix jours avant le vote, que « l’embargo sur les armes n’a plus de sens ». Au lendemain du vote du Conseil de sécurité, la tonalité est la même au sein de l’exécutif.

Les rebelles sont plus puissants que nous, et cela ne perturbe personne !

« Nous ne comprenons pas ce vote », lâche à Jeune Afrique, amer, un ministre centrafricain qui a requis l’anonymat « pour des raisons diplomatiques ». « Nous avons fait ce qui avait été demandé. Nous avons prouvé que nous sommes prêts. Nous reconstruisons l’armée pour la déployer. Mais avec quels moyens ? C’est décevant et inadmissible ».

Les assouplissements concédés sont « insuffisants », ajoute ce ministre. « Les rebelles sont plus puissants que nous, et cela ne perturbe personne ! », vitupère-t-il. « Je suis en colère », a pour sa part écrit sur son compte Facebook Maurice Wilfried Sebiro, responsable de communication de la présidence. « Les rebelles vont continuer à recevoir les armes de nos maîtres. Disons non, et privilégions la RCA, notre maison commune », continue ce proche de Faustin-Archange Touadéra.

« Afflux de combattants étrangers »

La levée de l’embargo était particulièrement attendue par le gouvernement, à quelques mois de la présidentielle de décembre prochain. Mais c’est aussi ce contexte qui a dû peser dans les votes du Conseil de sécurité, qui, hasard du calendrier, est intervenu quelques jours après la déclaration officielle de candidature de l’ancien président déchu François Bozizé, qui portera les couleurs du Kwa Na Kwa (KNK) en décembre prochain.

Surtout, le vote a été précédé de la publication d’un rapport d’un groupe d’experts de l’ONU qui s’inquiète d’un  « afflux de combattants étrangers » et pointe « série d’affrontements a été alimentée par l’arrivée de combattants étrangers et d’armes, principalement du Soudan ». Les experts recommandaient notamment à la Centrafrique et à ses voisins immédiats, le Tchad et le Soudan, de « redoubler d’efforts pour lutter contre l’augmentation des flux d’armes et de combattants étrangers en République Centrafricaine, qui représente une menace à long terme pour la région ».

 

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