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Cet article est issu du dossier «[Classement] Les 100 Africains les plus influents en 2020»

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Télécoms

[Classement] Quand les géants des télécoms éclipsent le reste de la tech (2/3)

| Par Jeune Afrique
Mis à jour le 11 août 2020 à 17h41
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Ils et elles font partie de notre classement des 100 personnalités africaines incontournables de 2020 : ce sont des acteurs de la téléphonie, qui ont su réinventer leur métier en surfant sur la vague du développement numérique du continent.

Mais où sont-ils passés ? Nulle trace cette année des représentants de l’économie du web. Les fondateurs de Jumia et autres dirigeants africains de Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft (Gafam) laissent la place cette année à une industrie des télécoms qui parvient à imaginer des services et profiter des possibilités qu’offrent le téléphone mobile et la bande passante.

Les puissants de la tech africaine demeurent donc les patrons des grands groupes traditionnels des télécommunications. Parmi eux, l’emblématique Rob Shuter qui vit ses derniers mois à la tête d’un MTN redressé qu’il quittera en mars 2021.

Bien déterminé à s’imposer comme le plus africain des opérateurs de services numériques du continent, le groupe brandit son arme secrète : la proximité par les langues locales proposées sur un outil de tchat qui ambitionne d’être l’unique entrée vers une myriade de services (mobile money, banque-assurance, divertissements, etc…).

Hassanein Hiridjee, nouveau venu

Aux côtés d’Alioune Ndiaye (Orange Afrique et Moyen-Orient) qui vient de lancer Orange Bank en Afrique, ou de Mike Adenuga, patron du nigérian Globacom en quête d’expansion internationale, Hassanein Hiridjee fait son entrée dans le club des 100 influents du continent. Il faut dire que le patron du conglomérat diversifié Axian (finance, télécoms, immobilier, énergie) n’a eu de cesse de faire parler de lui ces derniers mois.

En plus du pourcentage qu’il détient dans Free au Sénégal, il est également présent au Togo où il a fait l’acquisition fin 2019 de l’opérateur historique, Togocom qu’il souhaite transformer en vitrine subsaharienne de son groupe.

Car celui qui est incontournable dans l’Océan indien où il contrôle l’opérateur Telma à Madagascar et au Comores, ainsi que Télécom Réunion-Mayotte, ne souhaite pas en rester là. Axian s’est en effet porté candidat pour l’acquisition d’une licence d’opérateur télécoms privé en Éthiopie.

Seule femme de la catégorie, Rebecca Enonchong

Jacobus Petrus, dit « Koos » Bekker partage ce même esprit de conquête. Bien qu’il soit désormais plus effacé dans l’activité du géant sud-africain Naspers il n’en demeure pas moins président d’un groupe diversifié dont la filiale Prosus est valorisée à plus de 100 milliards de dollars à la bourse d’Amsterdam.

Un succès que Naspers doit à cet homme de 67 ans qui en 2001, a flairé le potentiel du mastodonte chinois des services internet et mobile de Tencent en acquérant 46,5 % des parts de la jeune société. Ce coup de poker permet à Naspers de disposer d’une participation de 130 milliards de dollars dans le conglomérat chinois.

Seule femme à figurer dans cette catégorie, la Camerounaise Rebecca Enonchong, ne tire pas son influence de sa force de frappe financière mais plutôt de son hyperactivité médiatique couplé à un militantisme en faveur de la transformation numérique des petites et moyennes entreprises du continent.

Discrète sur les activités d’AppsTech, son entreprise implantée dans une quarantaine de pays et spécialisée dans les logiciels de gestion d’entreprise pour les TPE et PME, cette cinquantenaire reste une voix qui compte et qui motive nombre de jeunes entrepreneurs du continent. De quoi lui assurer une place dans notre classement 2020.

  • Robert Shuter, patron de MTN (Afrique du Sud)
Rob Shuter, directeur général de MTN lors de l'édition 2019 de la South African Investment Conference en 2019.

Rob Shuter, directeur général de MTN lors de l'édition 2019 de la South African Investment Conference en 2019. © MTN Group/Twitter/2019.

En mars, Rob Shuter pensait pouvoir attaquer sereinement sa dernière année en tant que patron du groupe sud-africain MTN. Grâce à son arrivée, en 2017, en provenance de Vodafone, le premier opérateur mobile du continent en nombre de clients avait mis un terme à son différend avec les autorités du Nigeria en payant une amende record de 1,5 milliard de dollars, mais aussi amélioré sa rentabilité et annoncé son recentrage sur ses activités essentielles.

Une restructuration aux accents financiers qui n’a pas surpris de la part de celui qui, après avoir commencé sa carrière dans l’audit au sein de Deloitte, a ensuite occupé des postes de premier plan chez Standard Bank et Nedbank. Mais il était écrit que le passage de Rob Shuter au sein de MTN, dirigeant aussi discret qu’efficace, serait marqué par des événements exceptionnels.

À la suite de la crise du coronavirus, ce fan de randonnée a pris la décision de réduire de 20 % les investissements de son groupe cette année. Il préserve ainsi sa capacité à investir en Éthiopie s’il parvient à y décrocher une licence. Un dossier dont il n’est pas sûr de voir le dénouement avant la date de son départ, prévu en mars.

  • Rebecca Enonchong, fondatrice d’AppsTech (Cameroun)
La Camerounaise Rebecca Enonchong.

La Camerounaise Rebecca Enonchong. © Patrick Nelle pour JA

C’est en tant qu’entrepreneure que Rebecca Enonchong, 53 ans, s’est fait un nom dans l’écosystème mondial des nouvelles technologies. Mais l’aura de la fondatrice d’AppsTech (fournisseur de logiciels de gestion) a depuis dépassé les frontières de la tech.

Au Cameroun, cette originaire du Nord-Ouest anglophone est aussi l’une des voix du combat contre les injustices sociales. En 2017, elle a porté à bout de bras la mobilisation #BringBackOurInternet, après que le gouvernement eut coupé l’accès à internet dans les régions anglophones en proie à une importante crise sociopolitique.

Depuis lors, Rebecca Enonchong n’hésite pas à se servir de son audience grandissante (plus de 105 000 abonnés sur Twitter) pour dénoncer les injustices dans son pays. ActiveSpaces, l’incubateur de start-up qu’elle a lancé au Cameroun, continue d’étendre son réseau. En juillet, la jeune entreprise a ouvert une nouvelle branche dans l’ouest du pays.

  • Hassanein Hiridjee, patron du groupe Axian (Madagascar)
Hassanein Hiridjee

Hassanein Hiridjee © Eric Lefeuvre

S’il figurait déjà parmi les 100 Africains les plus influents en 2019, Hassanein Hiridjee, 44 ans, progresse fortement cette année grâce à une actualité très riche. Le groupe familial Axian, qu’il dirige depuis 2015, a lancé à la fin de juin un réseau de téléphonie mobile 5G à Madagascar, confortant son statut de leader national des télécommunications.

Il est également actif dans ce secteur au Sénégal et au Togo, pariant à terme sur une concentration continentale des opérateurs mobiles. Présent dans la banque, la distribution, l’immobilier et l’agroalimentaire, Axian intervient aussi dans le secteur de l’énergie, avec de vastes projets d’électrification en Ouganda et au Mali.

À la fin de 2019, le groupe a par ailleurs ouvert à Antananarivo NextA, un incubateur de start-up inspiré de la Station F, à Paris, du milliardaire Xavier Niel.

  • Apollinaire Compaoré, patron du groupe Planor Afrique (Burkina Faso)
Apollinaire Compaoré

Apollinaire Compaoré © Jacques Torregano pour JA

Malgré une année 2020 mouvementée en raison de la crise sanitaire, l’influent patron du groupe Planor Afrique réaffirme son intention de poursuivre ses investissements dans les télécoms et la banque. Plus de 55 milliards de F CFA (84 millions d’euros), dont la moitié sera débloquée cette année, sont nécessaires au renouvellement de la licence 4G de Telecel Faso, qui s’apprête à lancer Telecel Money, son service de mobile banking.

Chez le voisin malien, Apollinaire Compaoré entend investir près de 150 milliards de F CFA pour développer Télécel Mali, qui a atteint le cap du million d’abonnés. Cette somme servira également à l’ouverture de deux filiales bancaires. Le sexagénaire, par ailleurs patron des patrons burkinabè, étudie aussi l’option de lancer Wendkuni Bank International hors des frontières du pays. D’après nos informations, le Mali et la Côte d’Ivoire sont notamment dans sa ligne de mire.

  • Mike Adenuga, président de Globacom (Nigeria)
Mike Adenuga, fondateur de Globacom.

Mike Adenuga, fondateur de Globacom. © Jacques Witt/SIPA

Éternel challenger d’Aliko Dangote, Michael Adeniyi Agbolade Ishola Adenuga Jr est milliardaire et nigérian, comme son rival, et a bâti l’essentiel de sa fortune dans le secteur pétrolier, notamment avec sa société d’exploration Conoil. À 67 ans, il règne aussi sur le deuxième opérateur mobile du Nigeria, Globacom.

Diplômé de la Pace University de New York, ce père de sept enfants occupait au début de 2020 la troisième place du classement des milliardaires africains, derrière les inamovibles Aliko Dangote et Naguib Sawiris, avec une fortune estimée à 7,7 milliards de dollars selon Forbes.

  • Alioune Ndiaye, directeur Afrique d’Orange (Sénégal)
Alioune Ndiaye, PDG d’Orange Africa, à Paris, en 2018

Alioune Ndiaye, PDG d’Orange Africa, à Paris, en 2018 © François Grivelet pour JA

En janvier, le Sénégalais Alioune Ndiaye inaugurait fièrement le nouveau siège Afrique d’Orange (qu’il dirige depuis 2018), à Casablanca. À charge maintenant pour le diplômé de l’Institut Mines-Télécom Business School et de l’université Paris-Dauphine, longtemps à la tête de la filiale sénégalaise du groupe Sonatel, de concrétiser les objectifs financiers fixés par son PDG, Stéphane Richard.

D’ici à 2025, Orange ambitionne de réaliser 20 % de son chiffre d’affaires en Afrique. Pour y parvenir, Alioune Ndiaye lancera en fin d’année Orange Bank en Côte d’Ivoire, avant de cibler d’autres pays de l’Uemoa.

Surtout, il essaiera de décrocher une licence en Éthiopie, pays de plus de 100 millions d’habitants – qui a décidé d’ouvrir le secteur des télécoms à la concurrence –  et d’entrer sur un autre grand marché : Afrique du Sud, Nigeria ou, pourquoi pas, Algérie. Ces projets pourraient être financés grâce à l’introduction en Bourse du holding qui réunit toutes les opérations africaines de l’opérateur.

  • Koos Bekker, PDG de Naspers (Afrique du Sud)

Né à Potchefstroom en 1952, Koos Bekker est à la tête d’une fortune estimée à 2,3 milliards de dollars. Après un début de carrière dans la publicité, il fonde avec quelques jeunes collègues M-Net, l’un des deux premiers services payants de télévision en Afrique du Sud.

En 1997, il devient le PDG du groupe de médias Naspers et y met en place un système de rémunération bien particulier : il ne touche ni salaire, ni bonus, ni avantages, recevant uniquement des stock-options. En quinze ans, la capitalisation boursière de Naspers est passée d’environ 1,2 milliard de dollars à… 45 milliards de dollars.

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