BTP & Infrastructures

Maroc : Ahmed Ammor, l’homme providentiel du groupe Alliances ?

Réservé aux abonnés | | Par - à Casablanca
Ahmed Ammor.

Ahmed Ammor. © Brahim Taougar

L’ex-patron d’Alliances entre au conseil d’administration du promoteur. Sa mission : veiller à l’application de la feuille de route qu’il a lui-même tracée.

Le 5 mai dernier, le conseil d’administration du groupe immobilier Alliances a coopté un nouvel administrateur, qui n’est autre que son ancien directeur général, Ahmed Ammor. Après avoir été aux manettes de l’entreprise de janvier 2016 et décembre 2018, ce dernier avait déjà été rappelé par le promoteur en décembre 2019, au titre de conseiller particulier de son président, Mohamed Alami Nafakh Lazraq.

Si le groupe immobilier ne s’est pas appesanti sur les raisons de ce retour inattendu – il n’a pas souhaité répondre à nos questions -, nombre d’observateurs et d’actionnaires minoritaires estiment que son départ était une grosse erreur.

C’est en effet Ahmed Ammor qui avait sauvé l’entreprise de la faillite en réduisant fortement sa dette privée  – de 4,5 milliards de dirhams (408 millions d’euros) début 2015 à moins de 1,9 milliard de dirham (172 millions d’euros) fin 2018 – et qui lui préparait une nouvelle feuille de route plus adaptée à la réalité du marché.

Aller vers une clientèle intermédiaire

« Alliances va continuer à construire, mais nous allons aussi vendre davantage de terrains lotis non construits car le cycle de ces projets est plus rapide… Nous continuerons à faire du social, parce que le besoin est là. Mais nous avons remarqué qu’il y a une clientèle intermédiaire qui n’a pas les moyens d’aller dans le haut standing, mais qui ne veut pas non d’un logement économique », détaillait-il ainsi pour JA en octobre 2018.

Une feuille de route qu’il lui reviendra donc d’appliquer, après une absence liée notamment au retour sur le devant de la scène du président d’Alliances, Mohamed Alami Nafakh Lazraq, après les trois ans de retrait qu’il s’était imposé après les turbulences traversées par le promoteur, durant lesquels son rôle a été marginalisé.

« Je me suis absenté quelques années, durant la restructuration d’Alliances… Une restructuration qui n’était pas facile, je l’avoue, et qui a duré plus longtemps que prévu. Mais je suis heureux de vous annoncer sa réussite », avait expliqué Mohamed Alami Nafakh Lazraq – devenu PDG du groupe – lors d’une conférence de presse en avril 2019, lors de laquelle il avait aussi rendu hommage à son ancien DG.

Rattraper ce qui est encore rattrapable

De son côté, Ahmed Ammor nous avait assurés à l’époque qu’il n’y avait aucun problème avec l’actionnariat ni avec le président. « J’étais venu pour un mandat de deux ans qu’on a prolongé d’une année pour boucler le travail et les missions pour lesquelles j’étais venu », nous avait-il précisé après son départ.

Son rappel signifie-t-il que l’ex-patron serait le seul à pouvoir mettre en place le nouveau business-modèle qu’il a lui-même tracé ? C’est du moins ce que nous glissent les cadres du groupe que nous avons rencontrés.

« D’un point de vue opérationnel, le retour d’Ahmed Ammor veut dire que la nouvelle politique n’était pas entièrement comprise et maîtrisée par tous », abonde un analyste financier, spécialiste des question immobilières, pour qui « les dirigeants veulent rattraper ce qui est encore rattrapable, et craignent un retour des mauvais jours ».

De bons résultats commerciaux non traduits en résultats nets

Il faut dire que si l’ancien président du directoire de TMSA (Agence spéciale Tanger Méditerranée) avait laissé derrière lui, outre une dette apurée et une entreprise restructurée, une nouvelle façon de gérer le groupe, rien n’a marché comme prévu.

Un an après son départ, le résultat net part du groupe (RNPG) a chuté de 75 % passant de 302 millions de dirhams à moins de 75 millions, malgré une augmentation des ventes et du chiffre d’affaires de facto.

Le groupe garde pourtant une image assez bonne auprès de la clientèle. « Après les gros problèmes qu’il a connus jusqu’en 2018, le groupe a relancé des projets qui étaient bloqués sur le marché, notamment à Marrakech et à Casablanca, qui ont eu un certain succès. Ça a aussi bien marché dans la région d’Agadir », détaille Ghali Chraïbi, directeur général du courtier en prêts et crédits immobiliers Cafpi Maroc. Mais Alliances n’a pas réussi à traduire les bons résultats commerciaux en résultats nets.

Pour notre analyste financier, les bons résultats de l’ère Ammor peuvent aussi s’expliquer par les  dations – une opération juridique par laquelle le règlement de la dette se fait en cédant un bien – auxquels l’ex-DG avait recouru pour la restructuration de la dette. « Les cessions dans le cadre des dations s’ajoutent au chiffre d’affaires, ce qui peut biaiser la lecture », décrypte l’analyste, selon lequel Alliances n’est toujours pas parvenu à mener le basculement de segment qu’il ambitionne.

Signal aux actionnaires minoritaires

L’entreprise a d’ailleurs décidé de ne pas distribuer de dividendes, pour la 6e année consécutive, et ce malgré la promesse du président du groupe de renouer avec la rémunérations des actionnaires. Durant l’année d’absence d’Ahmed Ammor, le cours en bourse a perdu plus de 35 %, passant de 85 dirhams les premiers jours de 2019 à moins de 60 dirhams en fin d’année, alors que lors de son passage, l’action Alliances avait repris des couleurs pour atteindre un record de 310 dirhams en septembre 2017.

Tentative de réconciliation avec les actionnaires minoritaires ? Mohamed Alami Nafakh Lazraq a injecté, en février, 300 millions de dirhams dans le capital d’Alliances pour que sa participation passe de 44,08 % à 51,68 %. Message de confiance en l’avenir, aussi, alors que l’année 2020 avait mal commencé avant même l’avènement du Covid-19.  Selon les chiffres du groupe, les préventes ont baissé de 32 % sur les trois premiers mois de l’année.

« Ahmed Ammor disait toujours qu’il fallait construire en gardant un œil sur le marché, pour éviter un stock d’invendu synonyme de grosses pertes – c’est ce qui a fait beaucoup de mal à Addoha, par exemple », commente l’analyste rencontré par JA, selon lequel cette prudence n’a pas été au rendez-vous du management d’Alliances ces derniers temps, d’où les mauvaises ventes du premier trimestre.

Le président compte visiblement sur la remontée en puissance de son conseiller au sein du groupe pour un retour – et un maintien dans la durée  – des bénéfices.

Après le Covid-19, de nouveaux besoins immobiliers

Pour mener à bien sa mission, Ahmed Ammor pourra s’appuyer sur une trésorerie encore solide, alors que des opérations d’acquisition de foncier dans plusieurs villes marocaines seront bouclées dans les prochains mois pour la construction de logements, principalement de moyen standing.

Ce nouveau segment, vers lequel le constructeur se réoriente après des années à bâtir des logements sociaux et quelques résidences de luxe, présente notamment l’avantage d’une durée de construction réduite, et bénéficie du dynamisme de la classe moyenne, assure Ghali Chraïbi.

Reste à savoir quel impact aura la crise actuelle sur la demande de logements « Selon nos observations, les besoins sont en train de changer suite au confinement. Les acheteurs cherchent plus d’espace, une nouvelle architecture », détaille l’expert. Selon nos sources à Alliances, les équipes, en présence d’Ahmed Ammor, sont sur le pont pour cerner ces nouveaux besoins. « Les prochains mois vont être déterminants pour l’établissement des futures politiques », conclut Ghali Chraïbi.

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