Dossier

Cet article est issu du dossier «[Classement] Les 100 Africains les plus influents en 2020»

Voir tout le sommaire
Culture

[Classement] Artistes, intellectuels ou sportifs… Ces Africains qui sont entrés dans l’Histoire (3/3)

| Par Jeune Afrique
Mis à jour le 13 août 2020 à 13h58
LES100_ART

LES100_ART ©

Ils et elles font partie de notre classement des 100 personnalités africaines incontournables de 2020. Écrivaine, chanteur ou joueur de rugby… Au-delà de la célébrité, tous se sont distingués en étant « les premiers » dans leur discipline.

Le continent ne manque ni d’artistes à succès, ni d’intellectuels reconnus ni de sportifs de haut niveau. Alors pourquoi certains figurent-ils dans notre classement et pas les autres ? Qu’est-ce qui fait passer une chanteuse, un musicien ou une championne du stade de célébrité à celui d’ « influent » ? Les réponses peuvent être multiples mais en parcourant notre palmarès, on est frappé par le fait que nombre d’entre eux se sont distingués en étant « les premiers ».

Premier styliste subsaharien, par exemple, dans le cas du Camerounais Imane Ayissi, à être choisi pour présenter ses créations lors de la semaine parisienne de la haute couture, en janvier 2020. Première femme arabe, pour la joueuse de tennis tunisienne Ons Jabeur, à atteindre le quart de finale d’un tournoi du Grand Chelem et à entrer dans le top 50 du classement mondial, devenant ainsi une source d’inspiration pour toutes les jeunes sportives du Maghreb.

Première femme africaine à être élue à l’Académie américaine des arts en des sciences, en 2017, pour l’auteure nigériane Chimamanda Ngozi Adichie et, dans un tout autre registre, première artiste africaine à se voir décerner deux MTV Awards pour sa compatriote Yemi Alade.

En France, le cinéaste d’origine malienne Ladj Ly n’a pas été le premier réalisateur issu des « quartiers », de même qu’il n’a pas inventé le « film de banlieue ». Mais nul avant lui n’avait réussi à porter un film portant sur ces sujets jusqu’à la soirée des Oscars.

Performances inédites

Performance tout aussi inédite pour le Sud-Africain Siya Kolisi, qui ne s’est pas contenté d’être le premier capitaine noir de l’équipe de rugby de son pays mais a surtout mené ses coéquipiers jusqu’au titre de champions du monde. Comme pour Ons Jabeur, le symbole est fort. Et trouve un certain écho dans le parcours du Nigerian Masai Ujiri, patrons des Toronto Raptors qui viennent de remporter le plus prestigieux championnat de basket au monde : la NBA.

Moins sportif mais pas dépourvu de sens : la performance de Zozibini Tunzi, première Africaine à remporter le concours de Miss Univers et cela, qui plus est, en affichant sans complexe ses cheveux naturels. Comme un parfum de barrière qui tombe, de plafond de verre qui se fissure…

On n’oubliera pas dans ce florilège la superstar Burna Boy, premier artiste africain à placer un album dans le top des meilleures ventes au Royaume-Uni, ni le producteur et DJ sud-africain Black Coffee et détient le record – certes improbable – du plus long DJ-Set de tous les temps avec 60 heures passées derrière les platines, ou le toujours exubérant Akon, qui ambitionne sérieusement de devenir le premier musicien à faire sortir de terre sa propre ville, Akon City, au Sénégal. Une ville où les paiements s’effectueront, faut-il le préciser, en Akoin, la crypto-monnaie que le chanteur a aussi décidé de créer.

Quand notoriété et influence se muent en folie des grandeurs…

Imane Ayissi, styliste (Cameroun) 

C’est après une carrière de danseur au sein du Ballet national du Cameroun qu’Imane Ayissi, 52 ans, s’investit dans la mode. D’abord styliste pour le plus grand atelier de fabrication du pays, il s’installe à Paris au début des années 1990 et entame une carrière de mannequin pour Lanvin, Dior ou encore Valentino. C’est à cette époque qu’il se recentre sur le stylisme, s’inspirant des cultures du continent pour concevoir ses collections. En janvier, il est devenu le premier styliste subsaharien à présenter ses créations à Paris lors de la Semaine de la haute couture.

Ons Jabeur, tenniswoman (Tunisie)

Un dernier coup droit gagnant et elle lève fièrement le poing vers le ciel. Le 26 janvier, Ons Jabeur bat la Chinoise Qiang Wang en huitièmes de finale de l’Open d’Australie et devient la première tenniswoman arabe à atteindre les quarts de finale d’un tournoi du Grand Chelem. Elle s’inclinera deux jours plus tard face à Sofia Kenin, futur vainqueur de la compétition.

La 39e joueuse mondiale a commencé à jouer au tennis dès l’âge de 3 ans. Double championne d’Afrique des moins de 16 ans, elle fut également médaillée d’or des premiers Jeux africains de la jeunesse, en 2010. À la suite de sa performance en Australie en janvier, Kaïs Saïed, le président tunisien, l’a qualifiée « d’exemple pour les femmes et pour les jeunes ».

Chimamanda Ngozi Adichie, écrivaine (Nigeria)

Chimamanda Ngozi Adichie

Chimamanda Ngozi Adichie © Andrew Esiebo pour JA

La mort de George Floyd, le 25 mai, à Minneapolis, a redonné un écho particulier à son roman Americanah, publié en 2013. Devenue une référence de la littérature nigériane, Chimamanda Ngozi Adichie, 42 ans, y évoque les questions d’identité culturelle, de racisme et de double culture.

Depuis le succès de ce livre, elle fait entendre sa voix jusqu’aux États-Unis, où elle a été élue en 2017 à l’Académie américaine des arts et des sciences. La même année, elle est nommée parmi les 50 leaders du monde par le magazine Fortune, avant de publier Chère Ijeawele, un manifeste sur les grandes questions féministes. Pour son titre Flawless, la chanteuse américaine Beyoncé ira jusqu’à sampler une partie de son discours « We Should All Be Feminist », prononcé lors d’une conférence TEDx en 2012.

Masai Ujiri, dirigeant de club de basket-ball (Nigeria)

Ce Nigérian de tout juste 50 ans dirige l’équipe des Raptors de Toronto, qui a remporté l’année dernière le premier titre de NBA de son histoire. Fondateur du programme de formation Giants of Africa, destiné au Ghana, au Nigeria, au Kenya et au Rwanda, le manager continue de promouvoir les talents africains. Une politique qu’il applique à son propre club, où évoluent notamment le Congolo-Espagnol Serge Ibaka et le Camerounais Pascal Siakam.

Masai Ujiri est par ailleurs très impliqué dans la lutte contre le racisme et pour la représentation des Noirs dans le monde du basket. Il n’hésite pas à pointer du doigt le manque de diversité dans les postes de haut niveau au sein de la NBA.

Black Coffee, DJ, chanteur et producteur (Afrique du Sud)

Sur sa page Facebook (suivie par près de 2,2 millions de fans), l’icône de la house sud-africaine enrage de ne pas mixer cet été à Ibiza, comme il le fait d’habitude. Et promet « la tempête » pour 2021 !

Le musicien de 44 ans n’est pourtant pas resté les bras croisés ces derniers mois, malgré le confinement. Il a notamment réalisé des concerts depuis chez lui afin de récolter des fonds pour venir en aide aux Sud-Africains les plus démunis. Sa campagne « Home Brewed » lui a permis de réunir plus de 31 000 dollars.

DJ donc, mais aussi chanteur, producteur et propriétaire du label Soulistic Music, Nkosinathi Innocent Maphumulo, de son vrai nom, s’est autant imposé comme artiste que comme businessman. Selon le magazine Forbes, sa fortune s’élève à 60 millions de dollars, ce qui fait de lui le deuxième musicien le plus riche d’Afrique, derrière Akon.

Zozibini Tunzi, Miss Univers (Afrique du Sud)

La Sud-Africaine Zozibini Tunzi, élue Miss Univers en décembre 2019 à Atlanta, aux États-Unis

La Sud-Africaine Zozibini Tunzi, élue Miss Univers en décembre 2019 à Atlanta, aux États-Unis © REUTERS/Elijah Nouvelage

Avec ses cheveux courts et crépus et sa peau ébène, la Sud-Africaine Zozibini Tunzi est entrée dans l’Histoire à l’âge de 26 ans en devenant l’une des cinq femmes noires couronnées lors de concours de beauté majeurs. Plus encore, elle est la première d’entre elles à porter ses cheveux naturels.

Le soir de son élection, dans un discours engagé pour la cause féminine, la Miss Univers 2019 a déclaré vouloir tout faire pour encourager les jeunes filles à prendre confiance en elles. Elle a aussi exprimé le souhait de voir les normes de beauté évoluer.

Depuis son sacre, la jeune femme, qui est la première Sud-Africaine noire à remporter l’élection, s’est fortement engagée dans la lutte pour les droits des femmes et des minorités.

Siya Kolisi, capitaine d’équipe de rugby (Afrique du Sud)

Le rugbyman Siya Kolisi après la victoire de l'Afrique du Sud face à l'Angleterre en finale de la coupe du monde de rugby, à Yokohama, en novembre 2019.

Le rugbyman Siya Kolisi après la victoire de l'Afrique du Sud face à l'Angleterre en finale de la coupe du monde de rugby, à Yokohama, en novembre 2019. © REUTERS/Edgar Su

Premier capitaine noir de l’équipe sud-africaine de rugby, Siya Kolisi a soulevé le trophée William Webb Ellis le 2 novembre 2019, à l’issue de la finale de la Coupe du monde remportée face aux Anglais.

Élevé par sa grand-mère dans un township de Zwide, près de Port-Elisabeth, il se passionne très tôt pour le rugby. Il obtient en 2004, à l’âge de 12 ans, une bourse pour intégrer la Grey High School, où sport et études sont mis à l’honneur dans un environnement privilégié.

Ses aptitudes physiques exceptionnelles et son sens du jeu lui font connaître sa première sélection avec les Springboks en juin 2013. Sa promotion en tant que capitaine, en 2018, fut un symbole fort dans un pays marqué par l’apartheid, où le rugby reste l’apanage de la minorité blanche.

Yemi Alade, chanteuse (Nigeria)

À la recherche de son Johnny, Yemi Alade acquiert une notoriété internationale en 2013 avec ce tube qui a rencontré un immense succès, jusqu’au Royaume-Uni. Depuis, la chanteuse nigériane a sorti trois albums, dont Woman of Steel, sorti en août 2019. Dans cet opus, elle explore des sujets sociopolitiques ou évoque la pauvreté, en collaborant notamment avec Angélique Kidjo et Rick Ross.

Sa musique mêle R’n’B et afrobeat. D’ailleurs, l’artiste prône l’expansion des sonorités africaines vers les autres continents. « Le monde nous écoute et nous regarde maintenant tout en essayant d’intégrer le mouvement », soulignait-elle dans une interview accordée à la BBC en janvier. Le 29 mai, la chanteuse a diffusé sur YouTube la chanson Boyz, premier titre d’un album à venir dont la date de sortie n’a pas encore été communiquée.

Ladj Ly, réalisateur (Mali-France)

Ladj Ly, le 12 novembre 2019 à Paris

Ladj Ly, le 12 novembre 2019 à Paris © Alexandre Gouzou pour JA

À 42 ans, le réalisateur franco-malien a créé l’événement en 2019 avec son premier long-métrage de fiction, Les Misérables. Grand Prix du jury à Cannes, nommé aux Golden Globes, le film a aussi représenté la France aux Oscars.

Tournés à Clichy-Montfermeil, quartier qui l’a vu grandir, Les Misérables explorent un territoire abandonné par l’État français. Le film est une parfaite immersion dans le quotidien des policiers et des jeunes de banlieue, s’inspirant d’un événement que Ladj Ly évoquait déjà dans un documentaire sur les violences policières en 2008.

Avec Les Misérables, le réalisateur a réussi à attirer l’attention du président Emmanuel Macron en braquant ses projecteurs sur les problèmes qui gangrènent les banlieues depuis des décennies.

Akon, chanteur (Sénégal – États-Unis)

En janvier, le chanteur américain de 47 ans a levé le voile sur un rêve fou : créer une ville futuriste et écologique, Akon City, dans son pays d’origine, le Sénégal. Et même si ce projet de 6 milliards de dollars frôle quelque peu la démesure, on est tenté de suivre Akon dans sa folie des grandeurs, d’autant que le « rêve » tend à se concrétiser.

L’entreprise américaine KE International a ainsi décroché à la mi-juin le contrat de construction d’Akon City. D’une superficie de 2 000 hectares et située près de Mbodiène, au sud de Dakar, la ville du futur fonctionnerait entièrement à l’énergie renouvelable, serait équipée de son propre aéroport et utiliserait la crypto-monnaie Akoin.

Et pour ceux qui pourraient encore douter des ambitions du rappeur, rappelons qu’il y a cinq ans il finançait des installations solaires dans plus d’une dizaine de pays du continent. Akon, qui a connu le succès aux États-Unis, croit plus que jamais en l’Afrique.

Burna Boy, musicien (Nigeria)

Burna Boy, en janvier 2020, à Hollywood.

Burna Boy, en janvier 2020, à Hollywood. © Amy Sussman/Getty Images

Summum de la consécration musicale, Burna Boy caracole en tête du dernier classement du magazine américain Billboard consacré aux quinze meilleurs artistes d’Afrique subsaharienne. Le palmarès se fonde notamment sur les ventes digitales et le nombre de vues en ligne sur la période de juin 2019 à juin 2020. Devant ses compatriotes Davido (3e) et Wizkid (5e), Burna Boy et ses 435,57 millions de vues s’impose comme le patron des stars nigérianes contemporaines.

Ses prises de position et ses frasques participent aussi de sa légende. À la fin de mai, il était (encore) arrêté par la police de Lagos pour nuisances sonores. En 2019, quelques jours avant de se produire au festival de Coachella, il n’hésitait pas à interpeller les organisateurs sur les réseaux sociaux, leur reprochant de faire passer son nom au second plan : « Je suis un géant africain et je ne serai pas réduit à la petite taille de cette écriture. »

Le musicien, véritable bête de scène, a tout pour lui : le génie de l’afrobeat, l’insolence de la jeunesse et la pugnacité du militant.

James Mwangi, entrepreneur (Kenya)

En 2012, James Mwangi est entré dans l’Histoire en devenant le premier Africain désigné entrepreneur de l’année par Ernst & Young. C’est lui qui a sorti Equity Bank de la faillite, à son arrivée, en 1993, pour en faire le premier établissement financier d’Afrique de l’Est. Au premier trimestre 2019, Equity Group Holding Ltd comptait près de 12,4 millions de clients en Afrique de l’Est.

Après avoir ouvert la banque au plus grand nombre, ce multimillionnaire (sa fortune personnelle est estimée à environ 50 millions d’euros) a lancé sa propre fondation pour envoyer ses jeunes compatriotes les plus méritants dans les meilleures universités du monde. Plus de 1 200 étudiants kényans ont déjà bénéficié de ce programme.

 

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3092_600x855 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte