Politique

Ghannouchi sauve son poste : le leader d’Ennahdha reste à la tête du Parlement

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Le Tunisien Rached Ghannouchi, président de l'Assemblée des représentants du peuple, le 21 février 2020.

Le Tunisien Rached Ghannouchi, président de l'Assemblée des représentants du peuple, le 21 février 2020. © Nicolas Fauqué

L’Assemblée tunisienne s’est prononcée sur un éventuel retrait de sa confiance à son controversé président, Rached Ghannouchi. Une première dans le pays.

Dès le matin, ce 30 juillet a pris des allures insolites. Dans les cafés, les télévisions sont déjà allumées et focalisent l’attention des consommateurs. Il ne s’agit pas d’un tournoi de football mais de la retransmission par la télévision nationale du vote des élus sur le retrait de confiance à l’égard du président du Parlement. Les badauds n’ont cure de la canicule ; ils jubilent et y vont de leurs commentaires cocasses à mesure que les esprits s’échauffent sous la coupole du Bardo. Entre deux capucins et un verre d’eau, certains rappellent malicieusement qu’au même moment les pèlerins à La Mecque lapident symboliquement le diable. La dernière plénière, qui clôt l’année parlementaire, se déroule la veille du Grand Aïd, qui commémore le sacrifice d’Abraham, et certains aimeraient voir en Rached Ghannouchi le bouc émissaire d’un ras-le-bol populaire. Pendant quatre heures, au lieu des deux prévues initialement, les téléspectateurs se délectent de discours de mauvaise foi, entrecoupés de vibrants plaidoyers pour la démocratie.

« Un cirque »

Les élus devaient, par un vote secret et sans débat préalable, entériner la motion de retrait de confiance introduite par 73 de leurs collègues. Ce modus operandi, décidé par le bureau du Parlement, avait alerté l’ONG Al Bawasala qui avait dénoncé les éventuelles irrégularités, ou tout du moins certaines zones d’ombre. L’événement est trop important pour laisser passer approximations et vices de procédure. Sans compter que le sens de la tactique joue à plein. Seuls 133 des 217 députés voteront ; certains s’abstiendront par soutien à Ghannouchi, d’autres ne voudront pas hypothéquer leur avenir politique en ne choisissant pas le bond bord.

Plus d’une heure après l’annonce de l’ouverture de la séance, les palabres, les points d’ordre et la confusion agitent encore l’Assemblée. « C’est un cirque », remarque un téléspectateur. C’est la première fois que l’hémicycle est clairement divisé et que l’hostilité au président du Parlement est publiquement exprimée par certains partis.

L’exercice reste humiliant pour le leader des islamistes d’Ennahdha

La motion ne recueille pas les 109 voix nécessaires, mais l’exercice reste humiliant pour Rached Ghannouchi. Le leader des islamistes d’Ennahdha, qui avait été porté au perchoir par 123 voix sur 217, n’a pas perdu de son assise parlementaire. En apparence, le résultat du vote confirme même que Ghannouchi est indéboulonnable. Il n’empêche.

Le président du Parlement demeure extrêmement clivant. « Sa manière de concevoir et d’organiser la gouvernance déplaît, l’apparat qu’il veut conférer à son mandat aussi, mais le fond du problème est l’équilibre entre le législatif et l’exécutif, sur lequel il empiète », commente un activiste du Parti destourien libre (PDL), ennemi juré d’Ennahdha. D’autres soulignent que certains députés ont fait l’objet de pressions et certains partis, comme Al Chaab, dénoncent même l’achat de voix les jours précédant le vote.

Efficace machine à influence

Près de 45 % de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) ne veut plus de Rached Ghannouchi. Il devra en tenir compte, mais il pourrait également se dire que le vote de ce 30 juillet est une défaite pour ceux qui voulaient sa tête. Certes avec les siens, Ghannouchi a fait marcher son efficace machine à influence. Mais c’est surtout l’incapacité de la famille politique anti-islamiste à s’unir qui explique le camouflet. Une amère leçon de plus : le bien-fondé des revendications ne fait pas tout, les modernistes doivent d’abord apprendre à parler et à agir d’une même voix. « Le pays a davantage besoin d’une nouvelle classe de leaders politiques que d’une énième guéguerre inutile entre partis », conclut un analyste.

 

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