Politique

Bénin – Éric Houndété : « Les Démocrates seront l’opposition réelle à Patrice Talon »

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Mis à jour le 30 juillet 2020 à 17h56
KOFFI BENOIT/AID

© KOFFI BENOIT/AID

Un parti d’opposition, mais un parti de « rassemblement ». Tel est le leitmotiv de l’ancien vice-président de l’Assemblée nationale béninoise, proche de Thomas Boni Yayi, qui va prendre la présidence d’une nouvelle formation, « Les Démocrates », dont les statuts ont été déposés devant les autorités.

« Les Démocrates. » C’est le nom du – futur – nouveau parti de l’opposition qui vient de naître au Bénin. Pour l’heure, si l’organigramme et les grandes lignes de la stratégie politique ont été posés, les cadres restent en attente d’une réponse du ministère de l’Intérieur, devant lequel ils ont déposé une demande de reconnaissance légale.

En gestation depuis plusieurs mois, comme le révélait Jeune Afrique fin juin, Les Démocrates se sont constitués autour d’un noyau dur de fidèles de l’ancien chef d’État Thomas Boni Yayi – aujourd’hui, président d’honneur du parti. Ce dernier avait claqué la porte des Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE) le 5 avril dernier, sur fond de crise interne entre les tenants d’une ligne maximaliste anti-Talon et ceux qui ont accepté de jouer le jeu électoral, tout en en dénonçant les règles.

Les Démocrates espèrent cependant rassembler au-delà des seuls déçus des FCBE. Preuve en est, c’est Éric Houndété, l’ancien vice-président de l’Assemblée nationale, qui en assume la présidence. Même s’il est très proche de Boni Yayi, Houndété n’a jamais été encarté aux FCBE. Il fut le porte-parole de La Résistance, mouvement rassemblant une large majorité des partis de l’opposition béninoise n’ayant pas été légalement reconnus et privés, de ce fait, de participer aux élections législatives d’avril 2019, puis locales, en mai dernier.

Jeune Afrique : Quand l’idée de créer ce nouveau – futur – parti est-elle née ?

Éric Houndété : C’est une idée ancienne, qui a mis du temps à se concrétiser. Pour les hommes politiques que nous sommes, l’instrument le plus important est le parti. Or, nous étions privés, de fait, de cet instrument, parce que nous étions membres de partis politiques que le chef de l’État Patrice Talon avait décidé d’exclure du jeu, avec ce fameux certificat de conformité qui n’était attribué qu’à ses alliés.

Nous sommes issus de différents groupes, de différentes tendances. Beaucoup d’entre nous, d’ailleurs, n’ont a priori pas de relation proche avec l’ancien président Thomas Boni Yayi, l’un des membres fondateurs.

Nous avons cheminé ensemble, au sein de ce que l’on appelle «  La Résistance », et nous nous sommes retrouvés confrontés aux mêmes difficultés. Nous avons fait le même constat, celui de la nécessité de constituer un nouveau parti d’opposition. Les Démocrates seront l’opposition réelle à Patrice Talon.

« Les Démocrates »… Pourquoi ce nom ?

C’est une évidence. Le Bénin a été un modèle de démocratie pendant des décennies, un laboratoire démocratique. Pour nous, il faut désormais réhabiliter cette stature. Il faut le faire pour l’image du Bénin à l’étranger, mais, surtout, il faut le faire pour les Béninois. Pour nous, il ne peut y avoir de développement sans démocratie. On ne peut pas accepter de voir le Bénin devenir un pays où tout est décidé à la présidence, où les maires et les députés sont nommés par le chef de l’État, qui semble désormais même vouloir aller seul à la présidentielle de l’an prochain.

Vous avez déposé les documents constitutifs ce mercredi 29 juillet au ministère de l’Intérieur. Avez-vous bon espoir d’obtenir la reconnaissance légale de votre parti ?  

Nous avons mis beaucoup de temps pour constituer ce dossier, sans doute trop, parce que nous voulions être sûrs qu’aucune des pièces ne manquait, et qu’il serait impossible de nous reprocher une éventuelle erreur sur l’une d’elles. Nous voulions un dossier irréprochable, et nous l’avons établi, malgré les difficultés. L’une des principales fut que certains services de l’État nous fournissaient des pièces fragiles, qui comportaient, par exemple, des erreurs de noms que nous devions donc faire corriger. Nous avons mis le temps et le sérieux nécessaires pour que tout soit conforme.

Justement, lors de la crise interne au FCBE, les Maximalistes, qui ont claqué la porte, reprochaient à la frange « pragmatique » d’avoir mis le parti sous la coupe de Patrice Talon en acceptant de respecter les conditions imposées pour la reconnaissance légale. N’est-ce pas paradoxal de les voir désormais pour beaucoup au sein des Démocrates, parti qui accepte ces mêmes conditions ?

Il y a un contexte qui est tout à fait différent. À un moment, l’ensemble de l’opposition, quelle que soit sa tendance, avait une ligne de conduite globale, qui était celle de refuser ces conditions. Ceux qui sont sortis de cette ligne, à ce moment-là, ont servi de faire-valoir soi-disant démocratique. Aujourd’hui, la réflexion a mûri au sein de l’opposition. Beaucoup de libertés publiques sont bâillonnées : la liberté d’association, la liberté politique… Partout, on assiste à un déni de droit. Il nous fallait nous organiser, nous structurer.

Par ailleurs, j’insiste sur le fait que Les Démocrates ne sont pas uniquement les anciens des FCBE. J’en suis l’exemple. Nous ne voulions pas faire un « FCBE bis », nous voulions créer un parti qui puisse rassembler.

Le parti de Sébastien Ajavon, l’Union sociale libérale (USL), et celui de Candide Azannaï, Restaurer l’espoir (RB), ne vous ont pas rejoint. Le rassemblement que vous espérez est-il aussi large qu’attendu ?

Je pense que, chemin faisant, nous ferons en sorte de nous retrouver tous ensemble, sur des combats particuliers, ou au sein de plateformes communes. Nous travaillons en bonne intelligence avec eux.

Pour la présidentielle de 2021, les candidats devront justifier d’un certain nombre de parrainages d’élus. Or, Les Démocrates, si le parti est légalement reconnu, n’en auront aucun, ni dans les mairies, ni à l’Assemblée. N’êtes-vous pas d’ores et déjà hors course pour cette prochaine élection ?

Il y a des dispositions légales qui peuvent être illégitimes. C’est le cas de celle-ci. Ce sera notre premier combat : nous voulons aller vers des élections libres, transparentes et inclusives. Pour cela, nous voulons des instances crédibles. La Commission nationale électorale autonome (Cena), notamment, doit inclure des membres de l’opposition, de l’opposition réelle. Nous avons notre place dans toutes les instances. Et si la porte est ouverte, nous n’aurons pas besoin de la forcer.

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