Agroalimentaire

Guinée : la guerre du poulet aura-t-elle lieu ?

Réservé aux abonnés | | Par - à Conakry
Mis à jour le 04 août 2020 à 16h38
Achat d’un poulet sur le marché. (image d’illustration)

Achat d'un poulet sur le marché. (image d'illustration) © Tsvangirayi Mukwazhi/AP/SIPA

La filière avicole guinéenne est largement dominée par l’import de poulets surgelés. Une tendance que les producteurs locaux entendent renverser, malgré les faibles volumes produits.

À l’approche de la fête de l’Aïd-El-Kébir, pour beaucoup de familles modestes, ce fut la ruée vers le poulet importé vendu à 25 000 francs guinéens l’unité (environ 2 euros). Il faut compter le double pour acheter un kilogramme de viande de bœuf. Au marché de Taouyah, dans la commune de Ratoma, Elhadj Barry explique que le prix d’un poulet local oscille, lui, entre 50 000 et 100 000 francs.

Entre 45 et 60 millions d’euros

En dehors des fêtes, le poulet reste très consommé dans les restaurants et les fast-foods. En 2017, la Guinée en a importé quelque 37 000 tonnes, selon les statistiques de la direction générale de la douane guinéenne.

Un chiffre qui atteint désormais les 50 000 tonnes par an, selon Alsény Diallo, vice-président de l’Association nationale des producteurs de viande de volailles de Guinée (APVG), qui comprend une dizaine de membres actifs. Au total, le marché du poulet importé représenterait entre 45 millions et 60 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Le produit provient « d’Europe, mais aussi et surtout du Brésil », précise Fatme Youssef, directrice générale d’Africaine de distribution alimentaire (Afdal). Si le marché de l’import est « très instable et saturé », il reste dominé par trois à quatre grosses sociétés. Créée en 1989 et spécialisée dans l’importation de viande, l’Afdal fait partie de cette poignée d’acteurs qui dominent le marché, avec 500 tonnes de poulet importées chaque mois.

Moins de 5 % de production locale

« Sans l’importation, le pays ne peut pas s’en sortir. La production nationale n’atteint pas, à mon avis, 5 % de la demande », poursuit Fatme Youssef. Une analyse partagée par les acteurs locaux de la filière.

Chaque année, la Guinée produit 400 000 poussins. Un volume qui devrait évoluer, avec l’installation en novembre 2019, d’un nouveau couvoir aux objectifs ambitieux situé à Kindia. Ce dernier doit produire près de 400 000 poussins (de ponte et de chair) par semaine.

« La pandémie complique l’importation depuis la Belgique des œufs à couver. Au lieu de 380 000 prévus, nous produisons actuellement entre 50 000 et 100 000 poussins par semaine », explique Ousmane Baldé, directeur général de Afribel, propriétaire du nouveau couvoir.

Promouvoir le « Made in Guinée »

Autre initiative de la filière locale pour produire davantage de poulets « Made in Guinée ». L’Afdal s’est lancée dans l’aviculture en aménageant une ferme à Bawa, près de Conakry. Sa directrice générale estime que la Guinée manque d’abattoirs modernes, à l’image de ses voisins de la sous-région : le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou encore le Mali.

La famille Dansoko, propriétaire de la société Lella, possède une ferme située dans la préfecture de Coyah, à 50 km à l’est de Conakry, qui fournit chaque mois 20 000 poulets à l’abattoir tout proche. Ce dernier a une capacité d’abattage de 3 000 poulets par jour, ce qui permet à d’autres aviculteurs de recourir à ses services.

« Nous sommes les premiers et les seuls à avoir un abattoir moderne en Guinée. Nous élevons nos poulets de chair et les abattons sur place, conformément aux rites islamiques. Nous faisons la transformation de ce poulet en charcuterie, saucisse, merguez et brochettes marinés… », explique la directrice générale de Lella, Madina Dansoko, qui travaille en association avec son frère cadet Boubacar.

Miser sur la qualité

Cependant, malgré la distance, les frais de transport et de douanes, le poulet importé – subventionnés dans les pays d’origine et nourri avec une alimentation bon marché -, est revendu moins cher en Guinée. Le carton de dix pièces coûte 250 000 francs guinéens. Soit le prix de cinq poulets dans la boutique de Lella, ouverte au quartier Nongo, commune de Ratoma.

Consciente de cette concurrence qu’elle juge « déloyale », Madina Dansoko met en avant la qualité de ses produits. « Nos poulets sont nourris aux grains de maïs de chez nous, cultivés sans OGM. Moins de trois mois s’écoulent entre leur production et leur consommation, là où, pour le surgelé importé ce délai peut monter à un an, voire plus », plaide-t-elle.

Un argumentaire qui semble convaincre : depuis quelques mois, les produits Lella sont vendus dans les boutiques des stations Total. Des restaurants, des fast-foods et une pâtisserie disséminés dans Conakry, comptent également parmi ses clients. « Cela participe à l’encouragement des initiatives locales. Il y a aussi certains clients qui préfèrent le poulet local au surgelé. Après, c’est une question de goût », explique pour sa part Wallace Mory Sidibé, propriétaire du restaurant La Terrasse 1958.

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