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Société

[Classement] Les 100 Africains les plus influents : le Top 25

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Mis à jour le 07 août 2020 à 12h16
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Dirigeants de grandes entreprises, sportifs, artistes en vue, scientifiques ou politiques : qui sont les 100 personnalités africaines incontournables en cette année 2020 ? Jeune Afrique vous livre la publication de son classement annuel, en commençant par le premier quart du palmarès.

Aucun doute : on joue ici en première division. Des patrons, oui, mais les plus riches, les plus puissants. Des chanteurs, mais de ceux qui collectionnent les disques de platine et les millions de vues sur YouTube.

Des footballeurs évoluant dans les plus grands clubs du monde, des dirigeants de grandes institutions internationales et, tout en haut du classement, celui qui restera, pensons-nous à JA, comme la personnalité africaine de cette année 2020 marquée par un péril inédit : Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). L’homme qui a dû faire face à la pandémie de Covid-19.

25 – Oby Ezekwesili (Nigeria)

Obiageli Ezekwesili lors d’une manifestation « Bring Back Our Girls », à Abuja, le 23 juin 2014.

Obiageli Ezekwesili lors d’une manifestation « Bring Back Our Girls », à Abuja, le 23 juin 2014. © REUTERS/Afolabi Sotunde

Le 16 avril, dans une tribune publiée dans le Washington Post, Oby Ezekwesili appelle les autorités africaines à exiger des compensations financières de la Chine en raison des dégâts causés par la pandémie de coronavirus.

Auparavant, l’ancienne ministre nigériane des Extractions minières avait participé au lancement du mouvement Bring Back Our Girls, après que 276 lycéennes avaient été enlevées en 2014 dans la ville de Chibok par Boko Haram.

Deux ans plus tard, elle participe à une discussion entre une délégation de parents des lycéennes et le nouveau chef de l’État, Muhammadu Buhari. Après des négociations entre le pouvoir nigérian et l’organisation terroriste, 21 puis 82 lycéennes sont libérées quelques mois plus tard. Oby Ezekwesili est également la cofondatrice de Transparency International, une organisation qui lutte contre la corruption étatique et institutionnelle.

24 – Yemi Alade (Nigeria)

Détail de la pochette de l'album

Détail de la pochette de l’album « Black Magic » de Yemi Alade (Effyzzie Music, 9,99 euros). © DR

À la recherche de son Johnny, Yemi Alade acquiert une notoriété internationale en 2013 avec ce tube qui a rencontré un immense succès, jusqu’au Royaume-Uni. Depuis, la chanteuse nigériane a sorti trois albums, dont Woman of Steel, sorti en août 2019. Dans cet opus, elle explore des sujets sociopolitiques ou évoque la pauvreté, en collaborant notamment avec Angélique Kidjo et Rick Ross. Sa musique mêle R’n’B et afrobeat.

D’ailleurs, l’artiste prône l’expansion des sonorités africaines vers les autres continents. « Le monde nous écoute et nous regarde maintenant tout en essayant d’intégrer le mouvement », soulignait-elle dans une interview accordée à la BBC en janvier. Le 29 mai, la chanteuse a diffusé sur YouTube la chanson Boyz, premier titre d’un album à venir dont la date de sortie n’a pas encore été communiquée.

23 – Donald Kaberuka (Rwanda)

Le CV de cet économiste de 68 ans est impressionnant. Ministre des Finances et de la Planification économique du Rwanda entre 1997 et 2005, il a été l’un des artisans de la reconstruction du pays. Puis sont venues les années BAD. De 2005 à 2015, il dirige la Banque africaine de développement avec une priorité en tête : en faire le principal organisme de financement du développement sur le continent. Ce que la banque deviendra effectivement, notamment en 2009, où elle accorde pour 8,8 milliards d’euros de prêts et de dons.

Depuis qu’il a cédé la place à Akinwumi Adesina, Donald Kaberuka multiplie les missions et cumule les postes à responsabilité. On le retrouve représentant des intérêts du Qatar en Afrique, puis à la tête du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, où son expérience et son carnet d’adresses font merveille.

Mais c’est avec la crise du Covid-19 qu’il revient vraiment sur le devant de la scène. Aux côtés de Tidjane Thiam, de Ngozi Okonjo-Iweala et de Manuel Trevor, il est l’un des quatre « mousquetaires » formant la task force mise en place par l’Union africaine pour affronter la pandémie et ses conséquences économiques.

22 – Louise Mushikiwabo (Rwanda)

Louise Mushikiwabo, en septembre 2018 à Paris.

Louise Mushikiwabo, en septembre 2018 à Paris. © Bruno Levy pour JA

Dix-huit mois après son entrée en fonction à la tête de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), l’ancienne ministre rwandaise des Affaires étrangères gère au plus près les conséquences de la pandémie qui frappe les 88 États membres de l’organisation.

Le 18e sommet de l’OIF, qui devait se tenir en décembre à Tunis, et l’édition 2021 des Jeux de la Francophonie ont dû être reportés à des jours meilleurs, ce qui laisse à cette proche de Paul Kagame le temps d’achever l’un de ses chantiers prioritaires : la restructuration d’une institution multilatérale aussi bureaucratique qu’éparpillée. Diminution des effectifs, chasse au gaspillage, audits sur la gestion et les budgets, la « méthode rwandaise » fait souffler un vent nouveau dans les couloirs de l’immeuble de l’avenue Bosquet.

Très politique et pas peu fière de contribuer, de par son élection, au regain de la pratique du français dans son pays d’origine, Louise Mushikiwabo offre les services de l’OIF et ses propres talents de médiatrice là où leur expertise est requise. Guinée, Madagascar, Niger, Cameroun, RD Congo, Togo, Centrafrique, Côte d’Ivoire, etc., les résultats sont parfois mitigés, comme à Conakry, où elle ne s’est pas entendue avec le président Alpha Condé, mais la volonté est là, ce qui tranche avec son prédécesseur Michaëlle Jean.

« Nous avons prévu d’être partout », dit-elle, tout en regrettant que la Francophonie soit « une organisation sous-­vendue, qui peut-être même se sous-estime ». Il reste un peu plus de deux ans à celle qui revendique son indépendance (« personne ne me dicte ma conduite ») pour rendre son premier bilan. Avant un éventuel second mandat.

21 – Vera Songwe (Cameroun)

Vera Songwe.

Vera Songwe. © Sylvain Cherkaoui pour JA

Économiste réputée, secrétaire exécutive de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) des Nations unies, Vera Songwe fait partie des experts qui plaident pour un moratoire sur la dette africaine. Elle tire la sonnette d’alarme sur la crise économique qui se profile en Afrique, laquelle aura plus de conséquences, selon elle, que la crise sanitaire.

Camerounaise anglophone ayant grandi à Bamenda, Vera Songwe, 52 ans, a effectué la majeure partie de sa carrière à la Banque mondiale (1998-2016), avant de rejoindre la CEA, en avril 2017, pour prendre la suite du Bissau-Guinéen Carlos Lopes.

En parallèle, elle est membre de l’équipe de réforme institutionnelle de l’Union africaine mise en place par Paul Kagame, ainsi que du conseil d’administration de l’African Leadership Network, une organisation de premier plan réunissant chefs d’entreprise, investisseurs, leaders et artistes.

20 – Ladj Ly (Mali-France)

Le cinéaste Ladj Ly, à paris, en novembre 2019.

Le cinéaste Ladj Ly, à paris, en novembre 2019. © Alexandre Gouzou pour JA

À 42 ans, le réalisateur franco-malien a créé l’événement en 2019 avec son premier long-métrage de fiction, Les Misérables. Grand Prix du jury à Cannes, nommé aux Golden Globes, le film a aussi représenté la France aux Oscars. Tournés à Clichy-Montfermeil, quartier qui l’a vu grandir, Les Misérables explorent un territoire abandonné par l’État français.

Le film est une parfaite immersion dans le quotidien des policiers et des jeunes de banlieue, s’inspirant d’un événement que Ladj Ly évoquait déjà dans un documentaire sur les violences policières en 2008. Avec Les Misérables, le réalisateur a réussi à attirer l’attention du président Emmanuel Macron en braquant ses projecteurs sur les problèmes qui gangrènent les banlieues depuis des décennies.

19- Mostafa Terrab (Maroc)

Les années passent mais son influence demeure, malgré son extrême discrétion. À la tête du géant marocain des engrais OCP depuis 2006, Mostafa Terrab, 64 ans, formé au Massachusetts Institute of Technology (MIT) et passé par la Banque mondiale, est un poids lourd de la scène économico-politique du royaume.

C’est lui qui a conduit la transformation de l’Office chérifien des phosphates, qui fête ses 100 ans cette année, en un leader mondial (4,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2019), présent sur les cinq continents et dans seize pays en Afrique. Face à la pandémie de Covid-19, le groupe qu’il dirige a non seulement maintenu ses activités mais aussi ses projets, notamment en Éthiopie et au Nigeria.

Pour le patron marocain, la crise confirme la pertinence du modèle OCP, qui parie sur l’agriculture et la formation comme moteur du développement et insiste sur la responsabilité sociale des groupes industriels comme vecteur de progrès.

18- Bobi Wine (Ouganda)

Bobi Wine, lors d’une conférence de presse à Kampala, le 26 novembre 2019.

Bobi Wine, lors d’une conférence de presse à Kampala, le 26 novembre 2019. © Luke Dray/Cover Images/SIPA

Principal opposant du président ougandais Yoweri Museveni, le chanteur et député Bobi Wine, 38 ans, est devenu le porte-parole de toute une génération. Surnommé le « président du ghetto » par le peuple ougandais grâce à ses tubes dénonçant les injustices sociales, le chanteur de reggae et d’afrobeat s’est engagé en politique à la suite de la réélection, en 2016, de Museveni pour un cinquième mandat. De son vrai nom Robert Kyagulanyi, il a remporté en 2017 un siège de député face à un candidat du parti au pouvoir lors d’une élection partielle.

Depuis, il s’oppose fermement au régime en place et incarne la voix de la jeunesse et du changement, ce qui lui vaut plusieurs arrestations et assignations à domicile. En juillet 2019, l’homme au bonnet rouge a annoncé son intention de briguer la présidence lors du scrutin de 2021. Très impliqué dans la campagne #DontGoViral contre les fausses informations, Bobi Wine a mis en ligne, le 25 mars, une nouvelle chanson, Corona Virus Alert, pour sensibiliser les Africains aux dangers de la pandémie.

17- Mohamed Salah (Égypte)

Avec Sadio Mané, son coéquipier chez les Reds, Mohamed Salah, qui a le même âge (28 ans), cumule les titres. Un peu mieux payé (11,6 millions d’euros, hors primes et revenus publicitaires) que le Sénégalais, légèrement moins valorisé (135 millions d’euros), Salah fait partie des meilleurs joueurs mondiaux à son poste, même s’il est parfois critiqué pour ses excès d’individualisme.

En dehors du terrain, il se révèle plus dépensier que Sadio Mané, mais il soutient aussi activement différentes œuvres humanitaires, notamment dans sa ville natale de Nagrig. L’Égyptien, qui se tient soigneusement à l’écart du jeu politique – il n’a jamais exprimé la moindre opinion sur le sujet –, jouit d’une popularité immense dans son pays. Le régime du très autoritaire Abdel Fattah al-Sissi ne l’ignore pas et sait – grande spécialité des chefs d’État africains – tirer profit de l’image du joueur, véritable icône nationale.

16- Davido (Nigeria)

Avec une fortune estimée par le magazine Forbes à 24 millions de dollars, Davido – David Adedeji Adeleke de son vrai nom – est devenu, devant Wizkid, le musicien le plus riche du Nigeria. Ce fils de milliardaire a su capitaliser sur sa popularité à l’étranger.

Un concert à l’O2 Arena de Londres (une gigantesque salle de 20 000 places), un titre avec le chanteur américain Chris Brown (Blow my Mind), un autre, Risky, avec la star jamaïcaine Popcaan, ont précédé la sortie, en juillet 2019, de son deuxième album studio, enregistré à Atlanta, en Géorgie, où l’artiste est né. Plus récemment, le play-boy de 27 ans s’est mué en philanthrope.

Il s’est engagé à reverser les profits de la vidéo de son nouveau titre, Dolce & Gabbana, à un fonds de recherche sur le coronavirus. L’artiste a été touché de près par la pandémie puisque sa fiancée, Chioma Rowland, a été testée positive et qu’il s’est lui-même confiné quatorze jours à titre préventif.

15- Trevor Noah ( Afrique du Sud)

Fils d’un Suisse et d’une Sud-Africaine, l’humoriste et animateur vedette est né en 1984 à Johannesburg, en plein apartheid, quand le mariage entre Noirs et Blancs était encore illégal. Comme il l’explique dans son autobiographie, il était donc « un crime » (Born a Crime, 2016).

Après le départ de son père, sa mère se remarie avec un homme alcoolique et violent. Trevor Noah exploitera cette enfance chaotique dans ses spectacles. À 25 ans, il joue son premier one-man-show à Johannesburg, ce qui lui offre l’opportunité d’animer un talk-show en fin de soirée, puis, en 2011, de partir s’installer à Los Angeles, où il rencontre très vite le succès.

Fort de cette popularité aux États-Unis, l’humoriste fait de plus en plus entendre sa voix. Il vient d’établir un parallèle entre le mouvement Black Lives Matter et la Commission Vérité et Réconciliation de l’après-apartheid, dans les années 1990 : « Pour l’instant, il n’y a pas eu de réconciliation, mais la vérité est en train d’éclater », a-t-il déclaré.

14- Tewolde GebreMariam (Éthiopie)

Tewolde GebreMariam, lors du CEO Forum, en mars 2019 à Kigali.

Tewolde GebreMariam, lors du CEO Forum, en mars 2019 à Kigali. © Henry Joël

Après avoir géré, en 2019, la catastrophe du crash du Boeing 737 MAX, Tewolde GebreMariam, directeur général d’Ethiopian Airlines, ne s’attendait peut-être pas à traverser dès l’année suivante la pire turbulence de l’histoire du secteur aérien : avions cloués au sol, frontières fermées… Si la compagnie éthiopienne estime à 1 milliard de dollars le manque à gagner causé par la crise sanitaire, celui qui fête sa dixième année à la tête de l’entreprise symbolise encore une fois la bonne résistance d’Ethiopian face aux épreuves.

Le transporteur, qui a assuré 40 vols de rapatriement par semaine depuis le début de la crise sanitaire, a réussi à dégager des revenus (120 à 150 millions de dollars par mois) lui permettant d’honorer les paiements des frais fixes, en accroissant fortement ses capacités cargo. Un tel résultat n’aurait pas été possible si Tewolde GebreMariam n’avait pas été l’artisan de la diversification des activités du géant des airs d’Addis-Abeba.

13- Sadio Mané (Sénégal)

Sadio Mané, sous les couleurs de Liverpool, le 2 juillet 2020 à Manchester.

Sadio Mané, sous les couleurs de Liverpool, le 2 juillet 2020 à Manchester. © Laurence Griffiths/Pool via REUTERS

Après la Ligue des champions, en 2019, Sadio Mané, 28 ans, vient de remporter pour la première fois le prestigieux championnat d’Angleterre avec Liverpool. Le Casamançais, considéré comme un des meilleurs attaquants du monde, est aussi l’un des plus chers. Sa valeur marchande est estimée à 140 millions d’euros, une somme que le Real Madrid ou le Paris-SG, qui n’ont jamais caché leur intérêt pour lui, sont capables d’aligner.

Mané, qui gagne très bien sa vie en Angleterre (9,1 millions d’euros par an, hors primes et contrats publicitaires), reste très discret sur ce sujet. Réputé pour sa simplicité, le Sénégalais n’hésite pas à mettre la main à la poche pour aider son pays, comme il l’a fait lors de la crise du ­Covid-19, et plus particulièrement sa région natale en finançant, à Bambaly, le village où il est né, la construction d’un lycée, d’une mosquée et d’un hôpital.

12- Moussa Faki Mahamat (Tchad)

Moussa Faki Mahamat, president de la Commission de l'Union africaine.

Moussa Faki Mahamat, président de la Commission de l’Union africaine. © Vincent FOURNIER/JA

Le président de la Commission de l’Union africaine rempilera-t-il pour un second mandat en février 2021 ? En poste depuis 2017, l’ancien ministre tchadien des Affaires étrangères ne s’est pas formellement déclaré candidat, mais il apparaît comme le favori logique à sa propre succession.

Avec une méthode aux antipodes de celle de son prédécesseur, la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma, Moussa Faki Mahamat, plus « conciliateur et pragmatique », à en croire certains diplomates, peut revendiquer plusieurs succès lors de son premier mandat.

L’un d’entre eux est la signature à Kigali, en mars 2018, de l’accord sur la Zone de libre-échange continentale africaine (Zleca), ratifié depuis par suffisamment de pays pour entrer en vigueur. D’autres défis, comme celui de la réforme de l’Union africaine, connaissent un bilan plus mitigé.

Cette ultime année de mandat a jusque-là été largement consacrée à la gestion de la réponse africaine face au coronavirus, qu’il pilote avec le président en exercice de l’UA, le Sud-Africain Cyril Ramaphosa.

11- Tidjane Thiam (Côte d’Ivoire – France)

Tidjane Thiam, le 22 janvier 2019.

Tidjane Thiam, le 22 janvier 2019. © Simon Dawson/Bloomberg via Getty Images

2020 restera une année charnière à plus d’un titre pour Tidjane Thiam. Au cours des six derniers mois, le banquier ­franco-ivoirien de 58 ans a eu, en février, la surprise de devoir quitter les fonctions qu’il occupait depuis juillet 2015 à la direction générale de Credit Suisse, puis la douleur de perdre, quelques mois plus tard, son fils Bilal des suites d’une longue maladie.

Depuis son départ de Zurich, il est annoncé un peu partout. Il se contente pour l’instant de faire partie de la task force mise en place en avril par l’Union africaine pour collecter des fonds à l’étranger contre le Covid-19. Il a aussi rejoint, en juin, le conseil d’administration du groupe de luxe français Kering. Des fonctions certes prestigieuses, mais bien loin des capacités montrées jusqu’alors par l’as africain de la finance internationale.

Pressenti en France pour entrer dans le gouvernement remanié au début de juillet, c’est en Côte d’Ivoire qu’il est aujourd’hui attendu pour jouer un rôle politique, avant ou après l’élection présidentielle d’octobre.

10- Akon (Sénégal – États-Unis)

Akon, sur scène en Grande-bretagne en 2017. performing at the O2 Academy in Bournemouth

Akon, sur scène en Grande-bretagne en 2017. performing at the O2 Academy in Bournemouth © CR4/WENN.COM/SIPA

En janvier, le chanteur américain de 47 ans a levé le voile sur un rêve fou : créer une ville futuriste et écologique, Akon City, dans son pays d’origine, le Sénégal. Et même si ce projet de 6 milliards de dollars frôle quelque peu la démesure, on est tenté de suivre Akon dans sa folie des grandeurs, d’autant que le « rêve » tend à se concrétiser. L’entreprise américaine KE International a ainsi décroché à la mi-juin le contrat de construction d’Akon City.

D’une superficie de 2 000 hectares et située près de Mbodiène, au sud de Dakar, la ville du futur fonctionnerait entièrement à l’énergie renouvelable, serait équipée de son propre aéroport et utiliserait la cryptomonnaie Akoin. Et pour ceux qui pourraient encore douter des ambitions du rappeur, rappelons qu’il y a cinq ans il finançait des installations solaires dans plus d’une dizaine de pays du continent. Akon, qui a connu le succès aux États-Unis, croit plus que jamais en l’Afrique.

9- Moulay Hafid Elalamy (Maroc)

Moulay Hafid Elalamy, en 2014.

Moulay Hafid Elalamy, en 2014. © Hassan Ouazzani pour JA

Alors que l’ancien homme d’affaires se faisait discret dans les médias depuis quelque temps, la crise liée au Covid-19 lui a permis de se retrouver sous le feu des projecteurs. Moulay Hafid Elalamy (MHE), ministre marocain de l’Industrie et du Commerce, s’est montré rassurant et pragmatique chaque fois qu’il a pris la parole, exposant solutions et opportunités. Au point de figurer parmi les membres du gouvernement qui se sont le plus illustrés durant la crise.

MHE a très tôt compris qu’avec l’arrêt de l’activité des usines chinoises et la fermeture des frontières, le royaume devait se mobiliser pour éviter une pénurie de masques. Il a donc demandé au secteur privé d’adapter son outil industriel pour se lancer dans la fabrication d’équipements de protection.

Avec une production qui a vite dépassé 10 millions d’unités par jour, le Maroc a pu se constituer un stock stratégique et exporter le surplus en Afrique et en Europe. Côté business, après avoir vendu sa compagnie d’assurances Saham en 2018 au sud-africain Sanlam pour plus d’1 milliard de dollars, MHE a créé un fonds d’investissement qui nourrit de grandes ambitions sur le continent africain et dont la gestion est confiée à son fils Moulay M’hamed.

8- Zweli Mkhize (Afrique du Sud)

Il est l’une des figures majeures du monde médical en Afrique du Sud. En tant que ministre de la Santé, le Dr Zweli Mkhize est, à 64 ans, en première ligne pour combattre l’épidémie de Covid-19. Natif de la région de Pietermaritzburg, il a suivi sa formation à l’Université du KwaZulu-Natal, l’un des rares endroits où, dans les années 1970, les Noirs pouvaient étudier la médecine.

En marge de son parcours dans le domaine de la santé, Zweli Mkhize s’est engagé très tôt en politique pour lutter contre le régime de l’apartheid. En 1976, il participe au Mouvement de la conscience noire, de Steve Biko, avant de rejoindre trois ans plus tard le mouvement syndical au sein duquel Cyril Ramaphosa prend peu à peu son envol. Dans les années 1990, Zweli Mkhize intègre l’ANC.

En février 2018, il est nommé ministre de la Gouvernance coopérative et des Affaires traditionnelles. Quinze mois plus tard, il devient ministre de la Santé.

7- Naguib Sawiris (Égypte)

Nagib Sawiris, en mars 2015.

Nagib Sawiris, en mars 2015. © Hassan Ammar/AP/SIPA

Depuis qu’il a rejoint l’entreprise familiale, en 1979, Naguib Sawiris n’a cessé de contribuer à sa croissance et à sa diversification, jusqu’à faire d’Orascom le premier employeur du secteur privé en Égypte. Le milliardaire a notamment créé les branches chemins de fer et technologies de l’information et des télécommunications du groupe.

Le succès de ces activités a convaincu la direction de scinder Orascom en plusieurs entités : Orascom Telecom, Orascom Construction, Orascom Hotels & Development et Orascom Telecom Holding (OTH). Cette dernière a connu une croissance rapide qui lui a permis de devenir le leader des télécommunications dans la région. Naguib Sawiris est par ailleurs actionnaire majoritaire d’Euronews, la chaîne européenne implantée à Lyon. Mais l’homme d’affaires est également connu pour son audace.

En plein pic de la pandémie, il a réclamé que l’économie soit relancée, sans donner l’impression de se préoccuper de la dimension sanitaire de la crise, ce qui lui a valu les critiques de ses compatriotes, qui l’accusent de ne penser qu’à ses intérêts.

6- Burna Boy (Nigeria)

Burna Boy, en janvier 2020, à Hollywood.

Burna Boy, en janvier 2020, à Hollywood. © Amy Sussman/Getty Images

Summum de la consécration musicale, Burna Boy caracole en tête du dernier classement du magazine américain Billboard consacré aux quinze meilleurs artistes d’Afrique subsaharienne. Le palmarès se fonde notamment sur les ventes digitales et le nombre de vues en ligne sur la période de juin 2019 à juin 2020.

Devant ses compatriotes Davido (3e) et Wizkid (5e), Burna Boy et ses 435,57 millions de vues s’impose comme le patron des stars nigérianes contemporaines. Ses prises de position et ses frasques participent aussi de sa légende. À la fin de mai, il était (encore) arrêté par la police de Lagos pour nuisances sonores.

En 2019, quelques jours avant de se produire au festival de Coachella, il n’hésitait pas à interpeller les organisateurs sur les réseaux sociaux, leur reprochant de faire passer son nom au second plan : « Je suis un géant africain et je ne serai pas réduit à la petite taille de cette écriture. » Le musicien, véritable bête de scène, a tout pour lui : le génie de l’afrobeat, l’insolence de la jeunesse et la pugnacité du militant.

5 – Tony Elumelu (Nigeria)

Milliardaire et philanthrope, le businessman nigérian de 57 ans s’investit depuis longtemps dans le développement économique de l’Afrique, apportant conseils et financements aux jeunes entrepreneurs du continent. Créée en 2015, la Tony Elumelu Foundation est dotée de 100 millions de dollars pour faire émerger start-up et nouvelles entreprises afin, comme le dit celui qu’on qualifie souvent d’afrocapitaliste, d’engendrer « d’autres Elumelu ».

S’il progresse fortement dans notre classement par rapport à 2019, c’est que le milliardaire a connu une actualité riche depuis le début de l’année. Dès l’apparition des premiers cas de Covid en Afrique, il s’est mobilisé pour soutenir l’État nigérian dans sa lutte contre le virus, versant très vite 1 milliard de nairas (2,3 millions d’euros). Le Gabon a également profité de son soutien.

Tony Onyemaechi Elumelu est par ailleurs intervenu, en qualité de président de la United Bank of Africa, à une table ronde réunissant en mai plusieurs chefs d’État et deux des envoyés spéciaux de l’Union africaine sur le Covid, Tidjane Thiam et Ngozi Okonjo-Iweala. À cette occasion, il a déclaré que la pandémie était l’occasion de « réinitialiser l’Afrique » et de la rendre moins dépendante des pays développés.

Dans un registre plus léger, le 50e anniversaire de son épouse, Awele Vivian Elumelu, le 23 juin, a été l’un des événements mondains du début de l’été, même si le contexte sanitaire a obligé la famille à alléger le programme des festivités.

4- Mo Ibrahim ( Soudan-Royaume-Uni)

Mo Ibrahim, en 2014 à Paris.

Mo Ibrahim, en 2014 à Paris. © Vincent Fournier/Jeune Afrique-REA

À 74 ans, le philanthrope anglo-soudanais, qui a fait fortune dans les télécoms, reste une voix écoutée sur le continent. Au début de la crise du Covid-19, Mo Ibrahim s’est appuyé sur le travail de sa fondation pour identifier trois pistes permettant à l’Afrique de mieux faire face à la pandémie : gouvernance coordonnée à l’échelle du continent, amélioration des systèmes de santé fondée sur l’expérience de l’épidémie d’Ebola de 2015 et meilleur accès des populations aux soins de base.

Plus récemment, ce sont les rivalités à la tête de la Banque africaine de développement qui ont suscité ses commentaires. Dans une interview accordée en juin à la presse allemande, le milliardaire égratigne l’attitude de beaucoup de dirigeants du continent : « Nous, Africains, aimons parler de souveraineté, mais lorsqu’il faut mettre la main à la poche pour financer la BAD nous ne voulons jamais payer. »

Si ses jugements sont souvent sévères, Mo Ibrahim bénéficie d’une certaine crédibilité grâce au travail de sa fondation. Celle-ci décerne depuis 2007 un prix aux dirigeants africains qui se distinguent par leur « bonne gouvernance ». En mars, le comité chargé de la sélection a annoncé que, malheureusement, il n’avait pas pu choisir de lauréat pour l’année 2020, aucun candidat ne répondant aux « critères rigoureux » qui conditionnent l’attribution du prix. « Les deux tiers de nos concitoyens vivent désormais dans un pays mieux gouverné qu’il y a dix ans, a toutefois tempéré Mo Ibrahim. Les progrès sont donc indéniables. »

3- Ngozi Okonjo-Iweala (Nigeria)

Ngozi Okonjo-Iweala , à Paris en 2013.

Ngozi Okonjo-Iweala , à Paris en 2013. © ERIC PIERMONT/AFP

Retrouvera-t-elle en 2020 une fonction à la hauteur de sa réputation ? Réponse dans quelques semaines, puisque la « dame de fer » nigériane postule, à 66 ans, à la direction générale de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), avec de bonnes chances d’en occuper le fauteuil avant la fin de l’année.

Depuis son départ du ministère des Finances, en 2015, Ngozi Okonjo-Iweala multiplie les fonctions honorifiques : présidente du conseil d’administration de l’alliance Gavi, créée pour favoriser l’accès à la vaccination ; coprésidente de la Commission mondiale sur l’économie et le climat ; membre du conseil d’administration de Twitter.

Depuis avril, l’ancien numéro deux de la Banque mondiale (2007-2011) met aussi sa notoriété au service de l’Union africaine pour mobiliser l’aide internationale contre les effets de la pandémie de Covid-19. Ngozi Okonjo-Iweala a déjà remporté des parties bien plus serrées dans sa carrière, en matant par exemple la corruption dans son pays. C’est pendant qu’elle était ministre des Finances que le Nigeria est devenu, en 2014, la première économie du continent.

2- Aliko Dangote (Nigeria)

Aliko Dangote, en 2018 à Singapour.

Aliko Dangote, en 2018 à Singapour. © Wei Leng Tay/Bloomberg via Getty Images

Face à l’adversité, certains s’effondrent, d’autres redoublent d’énergie. Sans surprise, le magnat nigérian, qui figure cette année encore sur le podium, fait partie de la seconde catégorie. Alors que la pandémie de coronavirus a cloué ce grand voyageur à Lagos et compliqué les opérations du navire amiral de son groupe, Dangote Cement, ainsi que les travaux de son mégaprojet de raffinerie à Lekki, Aliko Dangote s’est engagé dans la bataille contre le Covid-19.

Outre un don de 3 millions de dollars, l’homme le plus riche d’Afrique (7,7 milliards de dollars en juillet 2020) a lancé au début de mars, avec la Banque centrale du Nigeria, une coalition du secteur privé pour organiser la riposte dans son pays. Sur le plan des affaires, ce natif de Kano peut compter sur la résistance de Dangote Cement, leader sur le marché nigérian et très combatif ailleurs. Mais, dans un contexte d’incertitude sanitaire et de crise économique, les mois à venir seront tendus pour le roi du ciment.

Prochain test : sa capacité à inaugurer, comme annoncé et en faisant mentir tous les pronostics, la raffinerie de Lekki au début de 2021.

1 – Tedros Adhanom Ghebreyesus (Éthiopie)

Le directeur de l'Organisation mondiale de la santé, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, à Genève, en février 2018.

Le directeur de l’Organisation mondiale de la santé, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, à Genève, en février 2018. © Martial Trezzini/AP/SIPA

Étonnant destin : le premier Africain à occuper le poste de directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) affronte la première crise sanitaire mondialisée de l’Histoire. Étonnant paradoxe également quand on sait que celui que l’on surnomme le Docteur Tedros n’est pas médecin. C’est la biologie qu’il a étudiée au Royaume-Uni pour décrocher un doctorat en santé communautaire et un master en immunologie des maladies infectieuses.

En 2017, cet ancien ministre éthiopien de la Santé et des Affaires étrangères s’est fait élire à la tête de l’une des agences les plus importantes des Nations unies sur un programme clair : « Les gens ne doivent pas mourir parce qu’ils sont pauvres. »

Auparavant, son action à la tête du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme avait été saluée, tant son implication s’apparentait à une croisade. La personnalité et l’itinéraire de Tedros Adhanom Ghebreyesus, 55 ans, ne peuvent être compris qu’à la lumière d’une enfance meurtrie par la disparition dramatique de son frère. Il n’a que 7 ans quand son cadet meurt d’une maladie virale, faute d’avoir reçu les traitements nécessaires. Il évoquera ce drame lors de la présentation de sa candidature à l’OMS, promettant de « travailler sans relâche pour garantir une couverture sanitaire universelle et veiller à ce qu’il y ait des ripostes solides dans les situations d’urgence ».

Personne n’aurait prédit que, trois ans plus tard, le monde entier serait confronté à une telle situation et que ce père de cinq enfants serait en première ligne. À la fois loué pour sa réactivité et fustigé pour sa lenteur ou sa complaisance supposée à l’égard des autorités chinoises, sous le feu des critiques acerbes de certains, mais admiré par d’autres pour ses prises de parole, le directeur de l’OMS ne pouvait qu’occuper la première place de notre classement des 100 personnalités africaines les plus influentes en 2020. Face à un virus méconnu, sans réel pouvoir de contrainte sur les pays membres de l’organisation qu’il dirige, l’Éthiopien est et restera le visage et la voix d’une humanité confrontée à une menace aussi dramatique qu’inédite.

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