Cinéma

Cinéma – « Les Orphelins de Sankara », l’histoire d’une jeunesse perdue

Réservé aux abonnés | | Par
Le documentaire « Les Orphelins de Sankara » a été écrit et réalisé par Géraldine Berger.

Le documentaire « Les Orphelins de Sankara » a été écrit et réalisé par Géraldine Berger. © Les films d’un jour

Des enfants envoyés à Cuba pour devenir « les forces vives de la révolution burkinabè » : tel est le sujet du film passionnant de Géraldine Berger. Même si la documentariste peine parfois à convaincre, l’aventure mérite le voyage.

Au milieu des années 1980, deux dirigeants révolutionnaires, l’un d’Afrique, l’autre d’Amérique latine, chacun fortement lié au camp communiste, se rencontrent et s’estiment. Celui dont le pays est le plus développé, bien que pauvre lui-même, veut naturellement aider son alter ego. Voilà comment a commencé l’aventure vécue par 600 jeunes Burkinabè à partir de 1986. C’est à cette époque que Fidel Castro propose à Thomas Sankara de recevoir à Cuba des centaines d’enfants, orphelins venus des campagnes, pour leur assurer une bonne éducation et les former à un métier afin qu’il puisse en retour participer à la réussite de la révolution burkinabè lancée par le bouillant capitaine.

Une sorte d’épopée

L’histoire débute comme une sorte d’épopée pour ces jeunes partis découvrir, après un baptême de l’air quelque peu effrayant,  un camp de jeunesse à quelques dizaines de kilomètres de La Havane, capitale d’une île inconnue à l’autre bout du monde. Où, dans une langue elle aussi inconnue, les attendent des cours, du travail manuel dans des plantations et une formation militaire comme il sied à de futurs militants révolutionnaires. Les débuts sont difficiles : une quinzaine de « stagiaires » fuguent… En pensant pouvoir retrouver le Burkina à pied.

Mais rapidement, la solidarité entre les exilés aidant, tous finissent par prendre goût à ce parcours inattendu mais exaltant. Encore plus après une visite du président burkinabè à Cuba qui ne manque pas de venir les encourager, en 1987, s’imposant à jamais à leurs yeux comme une figure paternelle.

Consternés, ils apprennent quelques mois plus tard, sans vouloir y croire pendant un temps, l’assassinat de leur président et héros par des hommes à la solde de celui que l’on croyait être son meilleur ami, Blaise Compaoré, qui s’empare du pouvoir. « Pendant trois jours, personne n’a même mangé », témoigne une ancienne participante à l’aventure cubaine. Même si Fidel Castro décide, pour saluer la mémoire de Thomas Sankara, de continuer à soutenir l’expérience, plus rien ne sera comme avant.

Après l’assassinat de Sankara, la formation est interrompue, la bourse supprimée

À la demande express des nouvelles autorités burkinabè, la formation militaire – sait-on jamais, à quoi peut-elle servir une fois le régime sankariste balayé ? – est interrompue, et la partie de la bourse des jeunes versée par Ouagadougou est supprimée, laissant les bénéficiaires dans le plus grand dénuement. D’autant que cela se produit au moment où Cuba commence à subir les effets d’un blocus économique radical et connaît une terrible crise.

Quand, les formations terminées, sera venu le temps du retour au pays, la situation ne s’améliorera pas. On répartira les « enfants de Sankara » – comme ils seront surnommés – dans tout le pays pour qu’ils ne se regroupent pas et ne sèment pas une parole révolutionnaire que l’on redoute. On leur refusera également une équivalence de leurs diplômes, telle cette femme médecin formée à la gynécologie à Cuba et qui ne devra qu’à son talent et à un peu de chance de faire une belle carrière.

Nostalgiques et amers

“Les Orphelins de Sankara”, de Géraldine Berger, est édité en DVD et VOD chez L’Harmattan TV et disponible sur la plateforme DocsTV.

“Les Orphelins de Sankara”, de Géraldine Berger, est édité en DVD et VOD chez L’Harmattan TV et disponible sur la plateforme DocsTV. © Les films d’un jour

Les anciens de Cuba, on s’en doute, accueilleront avec enthousiasme le renversement du régime Compaoré. Aujourd’hui, ils disposent d’une association qui les réunit et vient en aide à ceux qui en ont besoin. Tous restent nostalgiques de leur très long séjour cubain tout en restant amers quant à son épilogue.

Ayant entendu parler de ce sujet peu banal, la documentariste française Géraldine Berger a décidé, il y a une dizaine d’années, de tourner un film sur ces « orphelins de Sankara ». Fondé sur quelques images d’époque prises à Cuba et au Burkina, une évocation élogieuse de la présidence Sankara et, surtout, sur les témoignages d’une poignée de ceux qui ont vécu l’aventure, le long métrage de Géraldine Berger est en fait une sorte d’amalgame de deux films.

La destinée des 600 jeunes est passionnante

L’un constitue une forme de portrait admiratif du capitaine Sankara et de son régime ainsi que de celui de Fidel Castro. Ce ne sera pas le plus convaincant, même pour les très nombreux supporters du président burkinabè devenu une icône révolutionnaire, puisque ce tableau hagiographique n’est quasiment accompagné d’aucune réflexion ni d’aucun commentaire par le texte ou l’image lui donnant une véritable consistance. L’autre film, qui retrace tout simplement le périple et la destinée des 600 jeunes, est passionnant parce que cet événement le fut. Ce qui suffit à justifier que l’on regarde cette page d’histoire inattendue qui renvoie à une période révolue mais exaltante.

 

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3093_600b devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte