Dossier

Cet article est issu du dossier «[Classement] Les 100 Africains les plus influents en 2020»

Voir tout le sommaire
Société

[Classement] Les 100 Africains les plus influents : de 51 à 75

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Mis à jour le 07 août 2020 à 12h35
LES100_51-75

LES100_51-75 ©

Dirigeants de grandes entreprises, sportifs, artistes en vue, scientifiques ou politiques : qui sont les 100 personnalités africaines incontournables en cette année 2020 ? Jeune Afrique vous livre le troisième quart de son palmarès (de la 51e à la 75e place).

Dans ce quart, on retrouve des personnalités apparues à la faveur d’actualités récentes : Ons Jabeur, la tenniswoman tunisienne qui s’est hissée, en janvier, en quart de finale d’un tournoi du Grand Chelem, ou encore le Dr Salim Abdool Karim, médiatique patron de la force de riposte au Covid-19 en Afrique du Sud.

Mais aussi, à l’inverse, quelques stars du continent dont l’étoile s’est un peu ternie.  À l’image du styliste et musicien ghanéen Virgil Abloh, qui a eu l’idée pour le moins maladroite de communiquer sur le fait qu’il avait royalement versé… 50 dollars pour soutenir le mouvement Black Lives Matter.

75- Hassanein Hiridjee (Madagascar)

Hassanein Hiridjee

Hassanein Hiridjee © Eric Lefeuvre

S’il figurait déjà parmi les 100 Africains les plus influents en 2019, Hassanein Hiridjee, 44 ans, progresse fortement cette année grâce à une actualité très riche. Le groupe familial Axian, qu’il dirige depuis 2015, a lancé à la fin de juin un réseau de téléphonie mobile 5G à Madagascar, confortant son statut de leader national des télécommunications.

Il est également actif dans ce secteur au Sénégal et au Togo, pariant à terme sur une concentration continentale des opérateurs mobiles. Présent dans la banque, la distribution, l’immobilier et l’agroalimentaire, Axian intervient aussi dans le secteur de l’énergie, avec de vastes projets d’électrification en Ouganda et au Mali. À la fin de 2019, le groupe a par ailleurs ouvert à Antananarivo NextA, un incubateur de start-up inspiré de la Station F, à Paris, du milliardaire Xavier Niel.

74- Yérim Sow (Sénégal)

Discret mais incontournable. S’il n’aime guère se mettre en avant ni communiquer, Yérim Habib Sow, 53 ans, n’en est pas moins omniprésent dans le monde des affaires en Afrique de l’Ouest. D’abord centré sur les télécoms, son groupe Teyliom s’est peu à peu mué en un holding diversifié actif aussi bien dans la banque que dans la logistique, l’agro-industrie, l’immobilier ou encore l’hôtellerie.

Au début de la pandémie de Covid-19, Teyliom s’est allié à la CSE (Compagnie sahélienne d’entreprises) et à Free Sénégal (dont Yérim Sow est actionnaire aux côtés du Malgache Hassanien Hiridjee et du Français Xavier Niel) pour faire don de 450 millions de francs CFA (686 000 euros) au ministère sénégalais de la Santé.

La période a pourtant apporté son lot de difficultés au groupe, qui a dû mettre plusieurs chantiers en sommeil, dont celui du siège de la filiale ivoirienne de l’opérateur MTN, que le groupe Teyliom construit près de l’aéroport d’Abidjan. Les télécoms, encore et toujours.

73- Alaa Abdel Fattah (Égypte)

Alaa Abdel Fattah

Alaa Abdel Fattah © HASAN MOHAMED/AFP

On le surnomme « l’icône de la révolution de 2011 ». Militant des droits de l’homme de longue date, ce blogueur et informaticien de 38 ans s’est depuis engagé dans la lutte contre la torture des prisonniers politiques. Car son activisme lui attire de nombreux ennuis.

Il a été emprisonné sous Hosni Moubarak en 2004, puis en 2011 durant la période de transition brutale que le pays a connue quand le maréchal Tantawi en était à la tête, puis après l’élection à la présidence de Mohamed Morsi, en 2012. Après le coup d’État de juillet 2013 dirigé par Abdel Fattah al-Sissi, sa situation prend une tournure encore plus alarmante. Alaa Abdel Fattah est emprisonné en 2014 pour cinq ans pour avoir protesté contre une loi limitant le droit de manifester en Égypte.

Après avoir purgé sa peine, il est placé sous contrôle judiciaire et doit retourner chaque soir au poste de police de Dokki, au Caire, pour y passer la nuit. Le dimanche 29 septembre 2019, il n’en ressort pas, victime d’une vaste campagne d’arrestations lancée par le régime après une mobilisation contre le président Sissi.

72- Virgil Abloh (Ghana)

Designer Virgil Abloh

Designer Virgil Abloh accepts applause at the end of his the Off White Spring/Summer 2019 ready to wear fashion collection presented in Paris, Thursday, Sept. 27, 2018. (AP Photo/Thibault Camus)//18270725438291/1809272230 © Thibault Camus/AP/SIPA

Difficile de résumer Virgil Abloh en une seule étiquette. Recruté en 2018 par la vénérable maison Vuitton, soucieuse de dépoussiérer son image, le créateur travaille aussi avec plusieurs stars du sport et certains des musiciens les plus en vue de la scène hip-hop, quand il n’inonde pas les réseaux sociaux.

À 39 ans, il gère également avec succès sa marque de prêt-à-porter Off White. Pour 2020, il vient de présenter chez Louis Vuitton la collection LV2, conçue avec un autre créateur star, le Japonais Nigo. Tout semble donc aller pour le mieux, et pourtant, depuis quelques mois, Virgil Abloh multiplie en parallèle les bad buzz.

Choisi pour réaliser la pochette de l’album posthume du rappeur américain Pop Smoke, assassiné en février, il s’est attiré une avalanche de critiques, son travail ayant été jugé bâclé. Les attaques ont pris une ampleur supplémentaire lorsqu’un designer a reproché à Abloh d’avoir plagié son travail, au point que les fans de Pop Smoke ont lancé une pétition pour que la pochette de l’album soit modifiée.

Pis : lorsque le mouvement Black Lives Matter a commencé à prendre de l’ampleur, le créateur a cru bon de signaler sur les réseaux sociaux qu’il avait – comme d’autres stars telles que Beyoncé ou Rihanna – fait un don pour la cause. Problème, le don en question s’élevait à… 50 euros, ce qui a provoqué la fureur de certains, au point que des magasins distribuant les produits Off White ont été vandalisés lors des manifestations.

Depuis, Virgil Abloh a corrigé le tir en précisant qu’il avait versé de l’argent sous d’autres formes. Et a allumé un contre-feu en mettant aux enchères sur internet une paire de baskets Off White spécialement conçue pour l’occasion, toujours au bénéfice du mouvement militant. Histoire de redorer un blason légèrement écorné.

71- Anas Aremeyaw Anas (Ghana)

Le journaliste d’investigation le plus célèbre du Ghana a encore frappé. Après son documentaire sur la Confédération africaine de football (CAF), son enquête sur la corruption du secteur minier ou encore son travail sur le système judiciaire ghanéen, l’homme qui se cache derrière un voile de perles a révélé au début de juillet une escroquerie liée à l’épidémie de Covid-19.

Dans un reportage diffusé sur BBC News, Anas Aremeyaw Anas a infiltré un réseau de médecins ghanéens qui prétendaient disposer d’un remède miracle. Après analyse, il s’est avéré que les produits vendus, outre leur inefficacité, ne répondaient pas aux normes sanitaires et pouvaient provoquer des maladies graves.

Acclamé pour ses enquêtes réalisées en caméra cachée, le journaliste masqué compte bien continuer à révéler les dérives de la société ghanéenne, et notamment celles de ses élites.

70- Apollinaire Compaoré  (Burkina Faso)

Malgré une année 2020 mouvementée en raison de la crise sanitaire, l’influent patron du groupe Planor Afrique réaffirme son intention de poursuivre ses investissements dans les télécoms et la banque. Plus de 55 milliards de francs CFA (84 millions d’euros), dont la moitié sera débloquée cette année, sont nécessaires au renouvellement de la licence 4G de Telecel Faso, qui s’apprête à lancer Telecel Money, son service de mobile banking.

Chez le voisin malien, Apollinaire Compaoré entend investir près de 150 milliards de francs CFA pour développer Télécel Mali, qui a atteint le cap du million d’abonnés. Cette somme servira également à l’ouverture de deux filiales bancaires.

Le sexagénaire, par ailleurs patron des patrons burkinabè, étudie aussi l’option de lancer Wendkuni Bank International hors des frontières du pays. D’après nos informations, le Mali et la Côte d’Ivoire sont notamment dans sa ligne de mire.

69 – Nadia Fettah (Maroc)

Nadia Fettah

Nadia Fettah © MAP/AICP

Sa nomination, en octobre 2019, dans le gouvernement de Saadeddine El Othmani, en tant que ministre du Tourisme, de l’Artisanat, du Transport aérien et de l’Économie sociale, fut une surprise. Celle qui était alors la patronne de Sanlam Panafrica General Insurance avait également été présidente du conseil d’administration de Saham Assurance et directrice générale déléguée de Saham Finances.

Parmi ses faits d’armes, une offensive remarquée dans le secteur de l’assurance sur le continent, avec des acquisitions au Nigeria, en Angola ou encore au Rwanda. Nadia Fettah, qui a su se faire une place dans l’univers de la finance, un domaine particulièrement masculin, est également parvenue à obtenir un portefeuille gouvernemental stratégique.

La jeune femme est volontiers décrite par son entourage comme « dynamique », « passionnée » et « avide de défis ». Des qualités qui ne seront pas de trop pour relever le secteur du tourisme marocain, qui traverse l’une des plus graves crises de son histoire.

68- Patrick Soon-Shiong (Afrique du Sud-Chine)

Né et élevé en Afrique du Sud par des parents chinois qui avaient fui l’invasion japonaise, Patrick Soon-Shiong vit aujourd’hui à Los Angeles et a acquis la nationalité américaine. Ce chirurgien, chercheur et philanthrope de 68 ans a inventé et développé l’Abraxane, un médicament pour le traitement des cancers du sein, du poumon et du pancréas.

Pionnier de nouvelles thérapies, auteur de centaines d’articles scientifiques et de brevets dans le monde entier, le docteur allie rigueur scientifique et sens des affaires. De 1997 à 2010, il est à la tête de deux sociétés pharmaceutiques : American Pharmaceutical Partners et Abraxis BioScience. La vente de la première, en 2008, fait de lui un milliardaire.

Il y a un an, Patrick Soon-Shiong s’est offert un groupe de presse en déclin pour 500 millions de dollars. Il est ainsi le nouveau propriétaire du Los Angeles Times et du San Diego Union-Tribune, après avoir acquis le très populaire club de basket des Los Angeles Lakers. Président de trois organisations à but non lucratif, dont la Fondation de la famille Chan Soon-Shiong qui vise à éliminer les disparités de l’accès aux soins de santé, il s’est engagé à donner au moins la moitié de sa richesse à des œuvres philanthropiques.

67- Abdelmadjid Attar (Algérie)

Homme du sérail, ancien PDG de Sonatrach (1997-1999), Abdelmadjid Attar, 74 ans, a pris les commandes du ministère algérien de l’Énergie à la suite du remaniement gouvernemental partiel annoncé à la fin de juin, dans l’urgence de la crise du Covid-19.

Fin connaisseur du secteur, ce géologue de formation a passé l’essentiel de sa carrière au sein de la compagnie pétrolière publique avant de lancer son cabinet de conseil et d’études dans le domaine des énergies, au début des années 2000. Déjà ministre des Ressources en eau en 2002, il gérera cette fois un portefeuille hautement stratégique.

Lors de sa prise de fonctions, ce natif de Sétif a reconnu que le « secteur de l’énergie ne [pouvait] pas poursuivre avec la même organisation et les mêmes objectifs », estimant que « l’économie nationale [devait] oublier la rente pétrolière et travailler sur la production de nouvelles richesses à moyen terme ».

66- Felwine Sarr (Sénégal)

Felwine Sarr, écrivain.

Felwine Sarr, écrivain. © Léo-Paul Ridet pour JA

Découvert par le grand public grâce au succès de son essai Afrotopia en 2016, le Sénégalais de 47 ans est devenu une figure incontournable du paysage intellectuel continental. Depuis octobre 2016, Felwine Sarr organise dans son pays, avec le Camerounais Achille Mbembe, les Ateliers de la pensée, qui réunissent chaque année un vaste panel d’écrivains et d’universitaires africains et de la diaspora afin de « tracer de nouveaux chemins dans la pensée et dans la pratique, et de scruter le présent et le futur de notre monde à partir de l’Afrique ».

Touche-à-tout assumé, cet économiste de formation est à la fois universitaire (il a dirigé l’UFR civilisations, religions, art et communication de l’université Gaston-Berger, à Saint-Louis, et vient de rejoindre l’Université de Duke, en Caroline du Nord, en tant que Distinguished Professor of Humanities), musicien, écrivain, éditeur… En 2018, Emmanuel Macron a fait appel à lui pour mener, avec l’historienne de l’art Bénédicte Savoy, une mission d’étude sur la restitution aux pays d’origine du patrimoine culturel africain.

Leur rapport a fait l’objet de nombreuses critiques et tardait à déboucher sur des décisions concrètes, jusqu’à ce mois de juillet, lorsque le gouvernement français a présenté un projet de loi qui prévoit un transfert de propriété concernant le sabre d’Omar Saïdou Tall, déjà restitué aux Sénégalais sous forme de prêt, et le transfert des œuvres béninoises exposées au Quai Branly dès que sera achevée la construction du musée d’Abomey, qui doit les accueillir.

65- Ons Jabeur (Tunisie)

La tenniswoman tunisienne Ons Jabeur à l'Open d'Australie, en janvier 2020.

La tenniswoman tunisienne Ons Jabeur à l’Open d’Australie, en janvier 2020. © Dita Alangkara/AP/SIPA

Un dernier coup droit gagnant et elle lève fièrement le poing vers le ciel. Le 26 janvier, Ons Jabeur battait la Chinoise Qiang Wang en huitièmes de finale de l’Open d’Australie, devenant la première tenniswoman arabe à atteindre les quarts de finale d’un tournoi du Grand Chelem. Elle s’inclinera deux jours plus tard face à Sofia Kenin, futur vainqueur de la compétition.

La 39e joueuse mondiale a commencé à jouer au tennis dès l’âge de 3 ans. Double championne d’Afrique des moins de 16 ans, elle fut également médaillée d’or des premiers Jeux africains de la jeunesse, en 2010. À la suite de sa performance en Australie en janvier, Kaïs Saïed, le président tunisien, l’a qualifiée « d’exemple pour les femmes et pour les jeunes ».

64- Mohamed Ould Bouamatou (Mauritanie)

À 67 ans, Mohamed Ould Bouamatou est l’homme d’affaires le plus connu et peut-être le plus riche de Mauritanie. Parti de la boulangerie, il a étendu ses activités commerciales à la confiserie, aux cigarettes, à la téléphonie, au transport aérien, à l’assurance, aux médias et à la banque.

Sa fortune lui a permis de se poser en une sorte de George Soros africain, distribuant généreusement des fonds aux mosquées, aux ONG, et finançant l’hôpital ophtalmologique de Nouakchott ou la rénovation du lycée français.

Il a aussi aidé la grande majorité des partis politiques. En 2009, il a financé la campagne présidentielle victorieuse de son cousin, le général Mohamed Ould Abdel Aziz, avec lequel il s’est brouillé en 2010.

Exilé au Maroc puis menacé par un mandat d’arrêt en 2017, il est rentré en Mauritanie au début de l’année, le nouveau président Mohamed Ould Ghazouani ayant mis un terme aux poursuites à son encontre, avant de lui permettre de relancer les activités de ses différentes sociétés et notamment de son pilier bancaire, la Générale de banque de Mauritanie.

63- Salim Abdool Karim (Afrique du Sud)

S’il n’a acquis une notoriété mondiale qu’à la faveur de la pandémie de coronavirus, le Dr Salim Abdool Karim, qui vient tout juste de fêter ses 60 ans, est depuis longtemps une sommité en Afrique du Sud et au sein de la communauté scientifique internationale.

Épidémiologiste, il s’est d’abord distingué dans la recherche sur le VIH, au point d’être nommé à la tête du panel d’experts de l’Onusida. Une première consécration qui venait récompenser le travail effectué aux côtés de Quarraisha Abdool Karim, son épouse, mais également de son ancien camarade d’université Zweli Mkhize, aujourd’hui ministre de la Santé. C’est le Covid-19 qui les réunit au printemps 2020 : lorsqu’il met sur pied un conseil scientifique chargé de guider la riposte du gouvernement, le ministre fait logiquement appel à son prestigieux camarade.

Salim Abdool Karim devient, dès lors, l’un des principaux visages de la lutte contre le Covid en Afrique du Sud, et sur le continent. Sans langue de bois, il est le premier à prédire, alors que beaucoup croient encore que l’Afrique ne sera que peu touchée par le virus, que le pic de la pandémie pourrait ne survenir qu’en septembre. Et répète dans les médias que ses concitoyens doivent s’habituer à l’idée de vivre durablement avec le Covid.

62- Clare Akamanzi (Rwanda)

Clare Akamanzi

Clare Akamanzi © REUTERS/Jean Bizimana

Directrice depuis 2017 du très influent Rwanda Development Board (RDB), l’agence gouvernementale chargée d’attirer les investisseurs étrangers, Clare Akamanzi est, à 41 ans, l’une des principales figures du milieu des affaires au Rwanda.

Cheville ouvrière de la campagne Visit Rwanda, qui fait la promotion d’un tourisme de luxe au Pays des milles collines, elle a notamment œuvré pour les contrats de sponsoring signés avec le club de football anglais Arsenal, en 2018, et avec celui du Paris Saint Germain (PSG), conclu en décembre 2019.

Ancienne négociatrice du Rwanda à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), passée entre 2016 et 2017 par la Strategy and Policy Unit (SPU), cellule centrale de la présidence rwandaise chargée de conseiller le chef de l’État, elle est, depuis le début de mai, membre du conseil d’administration de la nouvelle Fondation de l’Organisation mondiale de la santé.

61- Carlos Lopes (Guinée-Bissau)

Carlos Lopes

Carlos Lopes © Bruno LEVY pour JA

« Après tout ce que le pays a enduré, il a le droit à un peu de répit de la part de ceux qui aiment “juger” et “évaluer”. Laissez le Rwanda tranquille ! » Le 4 juillet, par ce tweet publié à l’occasion de la fête de la Libération et illustré de photos montrant la transformation de la capitale, Kigali, Carlos Lopes a une nouvelle fois défendu le bilan du président Paul Kagame.

L’économiste bissau-guinéen est un fervent défenseur du chef de l’État rwandais, qui l’a nommé en 2016 parmi les membres de la commission de réforme de l’Union africaine (UA). Très présent dans les médias et sur les réseaux sociaux, l’ex-secrétaire général de la Commission des Nations unies pour l’Afrique milite plus largement pour que le continent devienne un acteur plus écouté au sein de la communauté internationale.

Désigné en 2018 représentant de l’UA pour les négociations avec l’Union européenne, il n’hésite pas à dénoncer des accords commerciaux qu’il estime trop peu favorables aux pays africains. Enseignant à l’Université du Cap, en Afrique du Sud, il donne aussi des cours aux étudiants de Sciences Po-Paris. En parallèle, il trouve le temps de conseiller plusieurs États comme le Togo ou Djibouti, mais aussi des institutions telles que la Banque arabe pour le développement économique en Afrique.

60- Acha Leke (Cameroun-Afrique du Sud)

Acha Leke

Acha Leke © Francois Grivelet pour JA

Président Afrique de McKinsey et membre depuis mai du Shareholders Council – une sorte de conseil d’administration au sein du cabinet de conseil américain –, Acha Leke, 47 ans, est un consultant qui compte sur le continent. Son mantra auprès des investisseurs : les économies africaines regorgent de potentiel. En cette période de coronavirus, il appelle à une collaboration plus étroite entre les gouvernements, le secteur privé et les institutions internationales.

Entré chez McKinsey il y a plus de vingt ans, diplômé de la Georgia Tech et de l’Université Stanford, aux États-Unis, et résidant en Afrique du Sud, Acha Leke a développé un vaste réseau parmi les gouvernants et les hommes d’affaires, en Afrique et dans le monde, Aliko Dangote en tête. Il conseille aussi les gouvernements, comme celui du Sénégal, pour lequel McKinsey a aidé à établir le Plan Sénégal émergent (PSE).

Proche de sa compatriote Vera Songwe, secrétaire exécutive de la Commission économique pour l’Afrique des Nations unies, il est membre, comme elle, de l’équipe de réforme institutionnelle de l’Union africaine mise en place par Paul Kagame, et de l’African Leadership Network. Il a par ailleurs cofondé l’African Leadership Academy, une institution implantée à Johannesburg visant à former les leaders africains de demain, et plus récemment l’African Leadership University, avec des campus à Maurice et au Rwanda.

59- Issad Rebrab (Algérie)

L’année 2019 aura été annus horribilis pour le PDG du groupe Cevital. Incarcéré pendant six mois pour une affaire de surfacturation et d’infraction à la législation relative au mouvement de capitaux – qu’il conteste –, il est condamné en janvier dernier à dix-huit mois de prison, dont six mois ferme.

Discret depuis sa remise en liberté, cet industriel d’origine kabyle n’en est pas moins actif au sein du groupe qu’il dirige avec ses trois fils et sa fille. Les ennuis judiciaires de ce patriarche de 76 ans n’ont pas empêché le conglomérat qu’il a créé en 1998 de maintenir sa position de leader. Premier groupe privé en Algérie, Cevital affiche un chiffre d’affaires de près de 4 milliards d’euros.

Estimée, quant à elle, à 3,4 milliards d’euros, la fortune personnelle d’Issad Rebrab fait de lui l’homme le plus riche d’Algérie et le sixième d’Afrique. La chute du régime du président Bouteflika, à l’origine des blocages de nombreux projets de Cevital, constitue une opportunité pour la famille Rebrab de diversifier ses activités.

58- Mike Adenuga (Nigeria)

Éternel challenger d’Aliko Dangote, Michael Adeniyi Agbolade Ishola Adenuga Jr est milliardaire et nigérian, comme son rival, et a bâti l’essentiel de sa fortune dans le secteur pétrolier, notamment avec sa société d’exploration Conoil. À 67 ans, il règne aussi sur le deuxième opérateur mobile du Nigeria, Globacom.

Diplômé de la Pace University de New York, ce père de sept enfants occupait au début de 2020 la troisième place du classement des milliardaires africains, derrière les inamovibles Aliko Dangote et Naguib Sawiris, avec une fortune estimée à 7,7 milliards de dollars selon Forbes.

57- Mohammed Dewji (Tanzanie)

Depuis son kidnapping très médiatisé en octobre 2018, le plus jeune milliardaire d’Afrique a revu ses priorités tant sur le plan professionnel que sur le plan personnel. Celui qui avait initialement pour ambition d’étudier la théologie, puis d’exercer à Wall Street, avant d’hériter de l’entreprise familiale, déclare avoir « perdu son appétit » pour les affaires.

Malgré tout, les activités du groupe MeTL, présent dans une dizaine de pays dans les domaines de l’agriculture, de l’assurance, des transports, de la logistique ou encore de l’agroalimentaire, semblent loin d’être ralenties avec la future ouverture d’une usine de détergent au Kenya ou celle d’une usine de fabrication de boissons en Ouganda.

Depuis son élection en tant que député de Singida, beaucoup s’interrogent sur une éventuelle candidature du milliardaire à la présidentielle de 2025. La réponse de l’intéressé est claire : il n’a aucune ambition politique…

56- Aboubaker Omar Hadi (Djibouti)

Ports, zones franches, aéroport, compagnie aérienne, corridors routiers, shipping… Aucun domaine visant à faire de Djibouti un nœud logistique mondial et polyvalent n’échappe à Aboubaker Omar Hadi, président de l’Autorité des ports et zones franches de Djibouti (DPFZA) depuis 2011.

Formé à la prestigieuse université maritime de Malmö, ce sexagénaire, qui a dirigé le port de Tin Can Island (près de Lagos) pendant trois ans, œuvre tout particulièrement à la diversification de l’économie.

Président de Great Horn Investment Holding (GHIH), la structure qui porte les investissements de l’État dans les infrastructures, il a signé au début de juillet un accord de coopération avec des entreprises chinoises d’une valeur de 2,5 milliards de dollars, comprenant la construction d’une raffinerie flottante sur le futur complexe pétrochimique de Damerjog, à la frontière somalienne.

Administrateur à ce titre du Fonds souverain de Djibouti, lancé à la fin de juin, le dirigeant suit aussi le développement d’un projet éolien de 60 MW près du lac Assal, après avoir confié au français Engie, en 2019, la construction d’une centrale solaire de 30 MW.

55- Paul Kammogne Fokam (Cameroun)

À plus de 70 ans, ce docteur en sciences de gestion devenu banquier est président d’Afriland First Group, holding bancaire basé en Suisse et implanté en Afrique, en France et en Chine. Il tire une bonne part de sa fortune de la Société africaine de participation (Sapa), un fonds de ­capital-risque qui participe à la création d’entreprises et grâce auquel il a un pied dans l’immobilier, les assurances ou la sécurité.

Paul Fokam se positionne comme promoteur de l’autonomisation financière et économique du continent. En 2006 il crée le PK Fokam Institute of Excellence pour former des financiers africains. Sa fille, Rolande Kammogne, a fondé la chaîne panafricaine VoxAfrica. Paul Fokam est surtout l’inventeur du modèle MC2 (microfinance communautaire de croissance), un réseau d’établissements de microfinance gérés de façon communautaire qu’il lance dans les années 1990. Il y voit un moyen de lutter contre la pauvreté, mais les MC2 ont aussi profité à sa banque.

Aujourd’hui, l’homme d’affaires doit surtout faire face à une atteinte à la réputation de sa banque. Dans un rapport diffusé au début de juillet, l’ONG Global Witness et la Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF) estiment qu’Afriland First Bank est liée à des fraudes en RD Congo. On parle de transactions douteuses en faveur de l’homme d’affaires israélien Dan Gertler et de ses associés, qui souhaitaient se soustraire aux sanctions américaines. La banque a porté plainte contre les auteurs du rapport.

54- Benedict Oramah (Nigeria)

Promoteur du commerce comme outil de développement du continent, Benedict Oramah entend faire de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), qu’il préside depuis septembre 2015, un acteur incontournable de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zleca).

La banque a été mandatée par l’Union africaine pour mettre sur pied un mécanisme d’ajustement, doté de 5 milliards de dollars, pour aider les États à « gérer l’impact des pertes de recettes tarifaires résultant de la mise en œuvre de la Zleca ».

Le leader nigérian, réélu pour cinq ans à la mi-juin, peut se féliciter de la très nette croissance des crédits accordés au commerce africain durant son premier mandat : 30 milliards de dollars entre 2015 et 2019, dont environ la moitié pour les échanges intra-africains, passés de 3 % à 28 % du portefeuille de prêts d’Afreximbank.

53- Kako Nubukpo (Togo)

L'économiste togolais Kako Nubukpo à Paris, en novembre 2019.

L’économiste togolais Kako Nubukpo à Paris, en novembre 2019. © Vincent Fournier/JA

Kako Nubukpo est, à 52 ans, un homme médiatique. Ses prises de position hostiles au franc CFA lui valent autant de partisans que de détracteurs. Mais que l’on applaudisse son audace ou que l’on vilipende son populisme, une chose est sûre : l’ancien ministre togolais de la Prospective est devenu, en quelques années, un acteur central du débat sur la réforme monétaire en cours en Afrique de l’Ouest.

Cela lui a d’ailleurs valu d’être auditionné sur le sujet en septembre 2019 par le Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA), qui épaule le président Emmanuel Macron, ainsi que par la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française à la fin de juin.

En désaccord avec les modalités du passage du franc CFA à l’eco (parité fixe par rapport à l’euro et maintien de la garantie française) proposées par Alassane Ouattara et son homologue français le 21 décembre à Abidjan, il milite pour un eco flexible avec un régime de ciblage de l’inflation pour les quinze membres de la Cedeao.

Régulièrement consulté au sein des présidences africaines, il entend organiser, avant la fin de cette année, des états généraux de l’eco pour proposer une feuille de route qui guiderait les chefs d’État et les parlementaires de la Cedeao.

52- Salif Keïta (Mali)

Salif Keita

© VINCENT DAMOURETTE/SIPA

Il avait marqué le début de 2019, année de ses 70 ans, par une série de concerts qui suivaient un album acclamé par la critique, Un autre blanc. Mais en novembre, dans une vidéo diffusée en live sur sa page Facebook et vue plusieurs centaines de milliers de fois, il chante une tout autre chanson.

S’adressant au président Ibrahim Boubacar Keïta, il lui demande de cesser de se « soumettre » à Emmanuel Macron, accusé d’armer les jihadistes : « Tu n’es pas au courant que c’est la France qui finance nos ennemis contre nos enfants ? »

Ces propos complotistes ne sont pas nouveaux. Dans un entretien à Jeune Afrique datant de 2016, Salif Keïta affirmait déjà : « Qui a armé la rébellion ? Pour moi, Paris est en partie responsable. » L’impact de la vidéo de 2019 a été si fort que l’ambassade de France au Mali a réagi en dénonçant les propos « diffamatoires » du roi de la musique mandingue.

51- Chimamanda Ngozi Adichie  (Nigeria)

Chimamanda Ngozi Adichie

Chimamanda Ngozi Adichie © Andrew Esiebo pour JA

La mort de George Floyd, le 25 mai, à Minneapolis, a redonné un écho particulier à son roman Americanah, publié en 2013. Devenue une référence de la littérature nigériane, Chimamanda Ngozi Adichie, 42 ans, y évoque les questions d’identité culturelle, de racisme et de double culture.

Depuis le succès de ce livre, elle fait entendre sa voix jusqu’aux États-Unis, où elle a été élue en 2017 à l’Académie américaine des arts et des sciences. La même année, elle est nommée parmi les 50 leaders du monde par le magazine Fortune, avant de publier Chère Ijeawele, un manifeste sur les grandes questions féministes.

Pour son titre Flawless, la chanteuse américaine Beyoncé ira jusqu’à sampler une partie de son discours « We Should All Be Feminist », prononcé lors d’une conférence TEDx en 2012.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA309_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer

Je me connecte