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Société

[Classement] Les 100 Africains les plus influents : de 76 à 100

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Mis à jour le 07 août 2020 à 19h03
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Dirigeants de grandes entreprises, sportifs, artistes en vue, scientifiques ou politiques : qui sont les 100 personnalités africaines incontournables en cette année 2020 ? Jeune Afrique vous dévoile le dernier quart de son palmarès (de la 76e à la 100e place).

Beaucoup de nouveaux noms ayant émergé avec l’actualité récente se retrouvent dans ce segment, comme le patron de la compagnie pétrolière libyenne, Moustapha Sanalla, la jeune activiste ougandaise considérée comme la « Greta Thunberg africaine », Vanessa Nakate, ou encore l’entraîneur de l’équipe algérienne de football, gagnante de la CAN 2019, Djamel Belmadi.

Et parce sa notoriété et son influence restent réelles malgré ses déboires, on trouve à la 100e et dernière place une Africaine puissante mais aujourd’hui reléguée dans la rubrique judiciaire des journaux : Isabel Dos Santos.

100- Isabel dos Santos (Angola)

Isabel dos Santos, le 15 mars 2019.
Unitel Angola/AP/SIPA

Ébranlée depuis l’arrivée au pouvoir en 2017 du nouvel homme fort de l’Angola, João Lourenço, la fille de l’ancien président José Eduardo dos Santos a encaissé deux coups durs à quelques semaines d’intervalle. Après le gel préventif de ses avoirs en Angola (puis au Portugal), décrété à la fin de 2019, Isabel dos Santos, visée par des enquêtes pour détournement de fonds publics, a été mondialement exposée au début de 2020 par les Luanda Leaks, qui ont révélé l’opacité de son empire financier.

Depuis, la « princesse », dont la fortune est estimée à 1,7 milliard de dollars, rend coup pour coup : tweets critiquant l’administration Lourenço, mobilisation de grands cabinets d’avocats pour récupérer ses actifs, recours à l’agence de communication offensive Powerscourt pour dénoncer une justice angolaise aux ordres du pouvoir politique. Et rien ne détournera Isabel dos Santos de sa croisade pour défendre son nom et son statut.

99- Imane Ayissi ( Cameroun)

Défilé Imane Ayissi, à la Fondation Mona Bismarck, Paris le 2 juillet 2018.
Camille Millerand pour JA

C’est après une carrière de danseur au sein du Ballet national du Cameroun qu’Imane Ayissi, 52 ans, s’investit dans la mode. D’abord styliste pour le plus grand atelier de fabrication du pays, il s’installe à Paris au début des années 1990 et entame une carrière de mannequin pour Lanvin, Dior ou encore Valentino.

C’est à cette époque qu’il se recentre sur le stylisme, s’inspirant des cultures du continent pour concevoir ses collections. En janvier, il est devenu le premier styliste subsaharien à présenter ses créations à Paris lors de la Semaine de la haute couture.

98- Alaa Salah (Soudan)

Alaa Salah, le 12 juin 2019 sur les bords du Nil Blanc, à Khartoum.
Gioia Forster/dpa/MAXPPP

Le 8 avril 2019, la photo de celle que l’on surnomme la « femme en blanc » faisait le tour du monde. Debout sur une voiture au milieu d’une centaine de personnes, Alaa Salah laissait entendre sa voix au cœur de la révolution soudanaise. Celle qui avait interrompu ses études d’architecture pour rejoindre le soulèvement populaire est devenue l’icône de toute une nation.

Et pour cause, trois jours après la diffusion du célèbre cliché, Omar el-Béchir est renversé par un coup d’État militaire, après avoir dirigé le pays pendant trente ans et y avoir instauré une politique islamique de prédation. Le pays bascule alors dans une période transitoire de trois ans pour tourner la page des dérives du précédent régime. Aujourd’hui, l’étudiante de 23 ans multiplie les déplacements à travers le monde et accorde des interviews à de nombreux médias pour tenter de faire sortir le Soudan de l’ombre.

97- Lady Sonia (Congo)

Avec plus de 1 million de fans sur les réseaux sociaux, Sonia Mabiala, alias Lady Sonia, est la nouvelle star du coaching de vie. À 45 ans, cette Congolaise prodigue ses conseils sur les réseaux sociaux.

À travers des conférences aux quatre coins du monde ou via des cours en ligne, la femme d’affaires enseigne « comment trouver ou réveiller l’amour » ou encore « les secrets de l’épanouissement ». La « #BossLady » compte désormais parmi ses sponsors des banques, des sociétés privées, des ONG, mais aussi des donateurs particuliers.

96- El Anatsui (Ghana)

Prolongée jusqu’au 1er novembre 2020 au Kunstmuseum de Berne, en Suisse, l’exposition Triumphant Scale présente les œuvres phares de l’artiste ghanéen, superstar discrète qui vit et travaille à Nsukka, au Nigeria. Connu pour ses immenses draperies de métal constituées de bouchons pliés et reliés entre eux par des fils de cuivre, El Anatsui est aujourd’hui l’un des artistes africains les plus cotés sur le marché de l’art.

Son œuvre Recycled Dreams (Uniting the World with a Stitch) a ainsi été vendue 1,5 million de dollars chez Christie’s en 2018. Le sculpteur de 76 ans fait par ailleurs de nombreux émules parmi les artistes africains et représente une source d’inspiration pour la jeune génération. Depuis le 15 juillet et jusqu’au 8 août, la galerie londonienne October Gallery présente une série de ses sculptures, mais aussi une sélection d’impressions réalisées avec l’atelier Factum Arte de Madrid.

95- Bassem Loukil (Tunisie)

Bassem Loukil à l'Africa CEO Forum d'Abidjan en 2016.

Bassem Loukil à l’Africa CEO Forum d’Abidjan en 2016. © Jacques Torregano/Divergence/AFRICA CEO FORUM/JA

Après l’Afrique, le monde. Le directeur général du groupe Loukil (automobile, agro-industrie, BTP, TIC, immobilier, etc.) a lancé à la fin de juin le Tunisia Business Council Worldwide (TBCWW), ce qui l’a amené à quitter la présidence du Tunisia-Africa Business Council (TABC) qu’il occupait jusque-là. Sa mission est de faire rayonner l’entrepreneuriat tunisien dans le monde. Ces cinq dernières années, Bassem Loukil aura organisé une quinzaine d’événements continentaux pour tenter de convaincre les décideurs tunisiens que le pays a un rôle à jouer en Afrique.

Si l’histoire s’est provisoirement terminée en queue de poisson en mars avec le refus de l’Assemblée tunisienne de ratifier le traité de Zone de libre-échange continentale africaine (Zleca), ce dirigeant de 55 ans continue d’investir sur le continent par l’intermédiaire des 35 filiales de son groupe.

Il n’est pas non plus étranger à l’accélération de l’implantation, ces trois dernières années, d’entreprises tunisiennes en Côte d’Ivoire (de 13 à 57) et au Sénégal (de 3 à 15). Avec la TBCWW, Bassem Loukil élargit encore son horizon et retrouvera une proximité avec les États-Unis, lui qui a dirigé la Tunisian American Chamber of Commerce (TACC, 1991-1995) après avoir obtenu un doctorat en management industriel à la Georgia State University.

94- Mehdi Qotbi (Maroc)

Étrangement, la fiche Wikipédia qui le concerne n’évoque quasiment que son travail d’artiste : « Mohammed Qotbi, dit Mehdi, né en 1951 à Rabat, est un peintre franco-marocain. » Pourtant, ce petit homme dynamique et pressé est en quelque sorte le ministre de la Culture de son pays.

Président de la Fondation des musées du royaume du Maroc depuis 2011, Mehdi Qotbi a l’oreille des puissants, et en particulier celle du roi, Mohammed VI. Il est de tous les événements culturels ou presque, grandes expositions et autres biennales. À l’instar de celle de Rabat, lancée en 2019 et pour laquelle le commissaire franco-algérien Abdelkader Damani a eu l’audace de ne sélectionner que des femmes.

Homme de réseaux hyperactif, communicant habile et véritable amoureux des arts, Mehdi Qotbi est indubitablement l’un des acteurs majeurs de la politique extérieure du Maroc, en particulier vis-à-vis du continent africain : il en promeut une séduisante image d’ouverture et de modernité.

93- Achille Mbembe (Cameroun)

Achille Mbembe, en 2018.

Achille Mbembe, en 2018. © Idriss Bigou-Gilles/HansLucas

Professeur d’histoire et de sciences politiques à l’Université du Witwatersrand, à Johannesburg, régulièrement invité à enseigner à Duke et à Harvard, aux États-Unis, ce spécialiste de la lutte pour l’indépendance camerounaise est un observateur aguerri de l’évolution de notre monde.

Depuis la parution de son ouvrage De la postcolonie, en 2000, l’auteur de Sortir de la grande nuit (2010) et de Critique de la raison nègre (2013) décrypte les mutations africaines et les confronte aux évolutions des sociétés postcoloniales européennes, les unes étant liées aux autres et inversement.

Dans Brutalisme, son dernier essai, publié en février, il dénonce les effets d’une idéologie dominante liée aux nouvelles technologies et une violence généralisée envers les populations.

92 – Djamel Belmadi (Algérie)

Le sélectionneur de l'Algérie, Djamel Belmadi, fêté par ses joueurs après la victoire en finale de la CAN 2019 face au Sénégal, le 19 juillet au Caire, en Égypte.

Le sélectionneur de l’Algérie, Djamel Belmadi, fêté par ses joueurs après la victoire en finale de la CAN 2019 face au Sénégal, le 19 juillet au Caire, en Égypte. © Ariel Schalit/AP/SIPA

Depuis qu’il a conduit l’équipe nationale de football à son ­deuxième sacre continental, en juillet 2019, après vingt-neuf années de disette, Djamel Belmadi, 44 ans, est devenu quasiment intouchable en Algérie. La nouvelle idole des supporters de la sélection semble décidé à s’inscrire dans la durée, avec devant lui deux grands défis : la défense du titre acquis au Caire lors de la CAN 2022 au Cameroun et une qualification pour la Coupe du monde 2022 au Qatar.

Un pays qu’il connaît bien pour y avoir joué puis entraîné, et où il réside plusieurs mois par an. Malgré des offres faramineuses émanant de clubs du golfe Persique et l’intérêt supposé de quelques formations de l’élite française, le discret Djamel Belmadi – qui a toutefois publiquement soutenu le Hirak – n’a jamais laissé entendre qu’il pourrait quitter l’Algérie avant la fin de son contrat, en 2022.

91- Mohamed El Kettani (Maroc)

Mohamed el-Kettani, au CEO Forum de 2012.

Mohamed el-Kettani, au CEO Forum de 2012. © Bruno Levy pour JA

En presque treize ans, Mohamed El Kettani a réussi à hisser la filiale bancaire du holding Al Mada parmi les plus importantes banques du continent. Devenue un acteur de premier plan au service de la bancarisation en Afrique grâce à son large réseau de presque 5 000 agences réparties dans quinze pays, Attijariwafa Bank gère actuellement 10 millions de clients.

Après avoir conquis l’Afrique de l’Ouest, le groupe marocain espère connaître autant de réussite dans l’est du continent, où il devrait se déployer à moyen terme. Depuis le début de cette année, et après avoir perdu son fidèle bras droit, Boubker Jai, parti à la retraite, Mohamed El Kettani a opéré une réorganisation des instances dirigeantes autour de lui pour préparer la nouvelle ère de la banque.

90- Kamel Daoud (Algérie)

Kamel Daoud.

Kamel Daoud. © Bachir Belhadj

Lorsque cet auteur de renommée internationale ne fait pas l’actualité avec ses livres ou ses essais, les chroniques qu’il publie en Algérie dans Le Quotidien d’Oran, dans le magazine français Le Point ou dans le prestigieux New York Times sont lues et commentées par des dizaines de milliers de personnes.

Qu’il s’exprime dans les médias et sur les réseaux sociaux ou qu’il garde le silence, Kamel Daoud ne laisse jamais indifférent. Natif de Mostaganem, dans l’ouest de l’Algérie, il a connu la consécration en 2015 lorsque son roman Meursault, contre-enquête, paru chez Actes Sud ainsi qu’aux Éditions Barzakh en Algérie, a obtenu le prix Goncourt du premier roman.

Confiné dans la ville d’Oran pour cause d’épidémie de Covid-19, Kamel Daoud s’attelle à l’écriture d’un roman et d’un essai dont la parution devrait intervenir dans le courant de l’année prochaine.

89- William Kentridge (Afrique du Sud)

Âgé de 65 ans, l’artiste sud-africain William Kentridge est le créateur d’une œuvre monumentale et protéiforme. Ses installations, exposées partout dans le monde, font intervenir à peu près tous les arts : dessin, danse, musique, cinéma, sculpture, performance, théâtre…

Universel, son travail s’enracine dans la réalité de son pays, où il est très impliqué auprès des jeunes artistes. Le racisme et l’apartheid, l’exploitation de l’homme par l’homme, la (dé)colonisation, la politique et la violence innervent une démarche qui reste pourtant empreinte d’humour et de poésie.

Fils de l’avocat Sydney Kentridge, qui défendit Nelson Mandela lors du fameux « procès de la trahison », dans les années 1960, William Kentridge continue de travailler dans ses ateliers de Johannesburg. Il bénéficie cette année, pour la première fois en France, d’une remarquable rétrospective au LAM de Lille, prolongée jusqu’au 13 décembre 2020.

88- Robert Shuter (Afrique du Sud)

En mars, Rob Shuter pensait pouvoir attaquer sereinement sa dernière année en tant que patron du groupe sud-africain MTN. Grâce à son arrivée, en 2017, en provenance de Vodafone, le premier opérateur mobile du continent en nombre de clients avait mis un terme à son différend avec les autorités du Nigeria en payant une amende record de 1,5 milliard de dollars, mais aussi amélioré sa rentabilité et annoncé son recentrage sur ses activités essentielles.

Une restructuration aux accents financiers qui n’a pas surpris de la part de celui qui, après avoir commencé sa carrière dans l’audit au sein de Deloitte, a ensuite occupé des postes de premier plan chez Standard Bank et Nedbank.

Mais il était écrit que le passage de Rob Shuter au sein de MTN, dirigeant aussi discret qu’efficace, serait marqué par des événements exceptionnels. À la suite de la crise du coronavirus, ce fan de randonnée a pris la décision de réduire de 20% les investissements de son groupe cette année. Il préserve ainsi sa capacité à investir en Éthiopie s’il parvient à y décrocher une licence. Un dossier dont il n’est pas sûr de voir le dénouement avant la date de son départ, prévu en mars.

87- Rebecca Enonchong (Cameroun)

La Camerounaise Rebecca Enonchong.

La Camerounaise Rebecca Enonchong. © Patrick Nelle pour JA

C’est en tant qu’entrepreneure que Rebecca Enonchong, 53 ans, s’est fait un nom dans l’écosystème mondial des nouvelles technologies. Mais l’aura de la fondatrice d’AppsTech (fournisseur de logiciels de gestion) a depuis dépassé les frontières de la tech.

Au Cameroun, cette originaire du Nord-Ouest anglophone est aussi l’une des voix du combat contre les injustices sociales. En 2017, elle a porté à bout de bras la mobilisation #BringBackOurInternet, après que le gouvernement eut coupé l’accès à internet dans les régions anglophones en proie à une importante crise sociopolitique.

Depuis lors, Rebecca Enonchong n’hésite pas à se servir de son audience grandissante (plus de 105 000 abonnés sur Twitter) pour dénoncer les injustices dans son pays. ActiveSpaces, l’incubateur de start-up qu’elle a lancé au Cameroun, continue d’étendre son réseau. En juillet, la jeune entreprise a ouvert une nouvelle branche dans l’ouest du pays.

86- Tiken Jah Fakoly (Côte d’Ivoire)

Tiken jah Fakoly, le 13 janvier 2013 à Bamako.

Tiken jah Fakoly, le 13 janvier 2013 à Bamako. © Youri Lenquette

Il n’est plus monté sur scène depuis plusieurs semaines à cause du coronavirus. Sa voix, pourtant, Tiken Jah Fakoly continue de la faire entendre. Du haut de ses 52 ans, le reggaeman ivoirien est toujours un leader écouté et suivi par la jeunesse africaine francophone. À la mi-mai, il diffusait un nouveau clip pour sensibiliser les populations aux gestes barrières contre le Covid-19.

Mais c’est surtout sur le terrain politique que Tiken Jah Fakoly continue de distiller ses messages, comme il le fait depuis plus de vingt ans. À la fin de 2019, son duo Troisième dose-Amoulanfé avec le rappeur sénégalais Didier Awadi devenait l’un des hymnes du mouvement de contestation populaire contre le troisième mandat du président Alpha Condé, en Guinée.

Plus récemment, celui qui avait été contraint de fuir la Côte d’Ivoire en 2003 et de s’installer en exil à Bamako s’est prononcé sur l’élection présidentielle incertaine d’octobre dans son pays. Dans une vidéo publiée le 24 juin sur sa page Facebook, suivie par près de 2 millions de personnes, il appelait ses compatriotes à barrer la route à Alassane Ouattara, à Laurent Gbagbo et à Henri Konan Bédié, estimant que « leur temps [était] passé » et qu’ils devaient maintenant transmettre le témoin à une nouvelle génération.

85-David Adjaye (Ghana-Royaume-Uni)

David Adjaye, architecte du musée national de la culture et de l'histoire afroamericaines, a Washington.

David Adjaye, architecte du musée national de la culture et de l’histoire afroamericaines, a Washington. © JUSTIN T. GELLERSON/The New York Times-REDUX-REA

La crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 a coïncidé avec le premier anniversaire du retour de David Adjaye à Accra, au Ghana. Le « starchitecte » de 53 ans a mis à profit cette situation pour se replonger dans l’histoire du pays dont il est originaire.

En 2019, celui qui regrettait que le Royaume-Uni ne dispose d’aucun musée « consacré à la culture africaine » a fait sensation à la Biennale de Venise en concevant le pavillon du Ghana pour accueillir les œuvres des pointures de l’art contemporain que sont ses compatriotes Ibrahim Mahama, El Anatsui et John Akomfrah.

Sir David Adjaye, qui a installé ses bureaux à Londres, à New York et à Berlin, rencontre le succès aux quatre coins du globe. En janvier 2020, il signait à Los Angeles l’architecture de l’enseigne The Webster, tout en courbes de béton rose.

84- Jérôme Munyangi  (RD Congo)

Ce médecin de 35 ans, spécialiste de l’artemisia, s’est réfugié en France en mars 2019, déclarant faire l’objet de pressions en RD Congo. À Paris, il continue de vanter les bienfaits de la plante médicinale pour soulager les malades du paludisme.

Sitôt connus les premiers cas de coronavirus, il fait partie des chercheurs suggérant de tester la plante contre la maladie, adressant courriers et notes détaillées à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), à l’Union africaine et à l’ensemble des pays du continent.

Ce qui lui vaut finalement d’être rappelé au pays par le président Félix Tshisekedi. De retour à Kinshasa, il intègre la task force présidentielle chargée de lutter contre la pandémie, et sa notoriété devient vite internationale. Il dirige depuis le mois de juin le tout premier essai clinique randomisé dans le but de démontrer que le principe actif de l’artemisia peut être bénéfique face au Covid-19.

83- Touria El Glaoui  (Maroc)

La Marocaine Touria El Glaoui, fondatrice et directrice de 1:54, foire internationale d'art africain contemporain, à Paris en 2015.

La Marocaine Touria El Glaoui, fondatrice et directrice de 1:54, foire internationale d’art africain contemporain, à Paris en 2015. © Vincent Fournier/JA

La dernière édition physique de la foire d’art contemporain africain 1-54 s’est tenue à Marrakech, à la fin du mois de février. Quelques jours plus tard, de nombreux pays optaient pour le confinement de leur population. Mais il faudrait plus qu’une crise sanitaire mondiale pour que Touria El Glaoui, créatrice de l’événement en 2013 et fille du peintre Hassan El Glaoui, renonce à ses projets.

En raison du coronavirus, la foire prévue à New York en mai a eu lieu en ligne. Et, depuis quelques semaines, 1-54 propose chaque mercredi un webinaire consacré à des thématiques liées à l’art contemporain. Pour l’heure, sauf dégradation des conditions sanitaires, la foire – qui attire chaque année 18 000 visiteurs –, devrait bien se tenir comme prévu au début d’octobre à Somerset House (Londres). Un rendez-vous attendu par le milieu de l’art contemporain africain et auquel Touria El Glaoui sait offrir sa chaleur, son enthousiasme et son professionnalisme.

82- Moustapha Sanalla  (Libye)

Le président de la Compagnie nationale pétrolière (NOC) libyenne est quasiment le seul élément de stabilité du pays. Nommé en mai 2014, au moment même où le pays se scindait en deux politiquement et militairement, l’ingénieur en chimie de 59 ans a survécu à toutes les crises, tapant du poing sur la table quand il le jugeait nécessaire. Dernière sortie en date, sa colère, à la fin de juin, contre la présence de mercenaires russes dans le Sud empêchant la reprise normale de la production du champ de Sharara, le plus important du pays.

Moustapha Sanalla se sait indispensable depuis qu’il a réussi à maintenir l’unité de la NOC quand celle-ci était convoitée par les autorités de l’Est et de l’Ouest. Épaulé par la Banque centrale, l’homme à la barbe poivre et sel a maintenu la distribution de la manne pétrolière sur tout le territoire, y gagnant la « protection » des États-Unis. Né à Benghazi mais originaire d’une famille de Misrata, Moustapha Sanalla a ses entrées partout en Libye.

 

81- Mahamadou Bonkoungou (Burkina Faso)

Mahamadou Bonkoungou.

Mahamadou Bonkoungou. © DR

Le discret homme d’affaires burkinabè a réussi, en une trentaine d’années, à conférer une stature internationale à son groupe, Entreprises Bonkoungou Mahamadou et fils (Ebomaf), qui emploie plus de 3 000 personnes dans six pays d’Afrique de l’Ouest.

En plus de son pays d’origine, où il a notamment eu la charge des chantiers de viabilisation du projet Zaca – une zone immobilière – et de la route Koudougou-Dedougou, ce champion du BTP parvient à décrocher des marchés dans plusieurs pays voisins.

En juin, Ebomaf a ainsi signé avec le gouvernement togolais deux contrats pour la réalisation d’infrastructures routières et de drainage des eaux dans le sud du pays. La réussite du groupe a permis à son fondateur de tisser des liens étroits avec plusieurs chefs d’État de la région. En plus des travaux publics, l’homme d’affaires est actif dans l’immobilier, l’hôtellerie, le secteur bancaire et le transport aérien à travers sa compagnie de jets privés Liza Transport international.

80- Aziz Mebarek (Tunisie)

Pionnier du capital-investissement avec AfricInvest, créé en 1994, le diplômé de l’École des ponts-ParisTech surgit toujours là où on ne l’attend pas. En partenariat avec la société de gestion Cathay Capital, Aziz Mebarek, 57 ans, a lancé en 2019 un fonds de 150 millions d’euros à destination des jeunes pousses africaines.

Jusqu’ici, les actifs gérés par AfricInvest, 1,3 milliard d’euros, étaient investis dans les secteurs traditionnels de la construction et du commerce. Avec ce nouveau véhicule, l’entreprise s’aventure pour la première fois dans l’économie numérique.

Mais, pour le Tunisien, c’est autant un pari financier qu’un choix philosophique, celui de proposer un fonds panafricain pour les entrepreneurs continentaux. L’ancien dirigeant du sidérurgiste Tunisacier a su s’adapter à la nouvelle économie tout en cultivant la même discrétion. Il s’échine maintenant à identifier les nouvelles opportunités à saisir dans le contexte de la pandémie de Covid-19.

78- Enoch Adeboye (Nigeria)

Ancien mathématicien devenu homme de Dieu, Enoch Adeboye accueille des foules de fidèles venus du monde entier dans sa célèbre Redeemed Christian Church of God (RCCG) de Lagos, qui recense près de 2 000 paroisses dans tout le Nigeria et possède aussi des milliers de maisons, des routes, des banques et des supermarchés.

Né en 1942 au sein d’une famille très pauvre, le pasteur le plus célèbre du Nigeria aspire à révolutionner le concept même d’Église en créant différentes structures religieuses, et ce à l’échelle internationale. La RCCG compte déjà plusieurs Églises sur le continent, notamment en Côte d’Ivoire, en Afrique du Sud ou encore au Ghana. En Europe, c’est en France, au Royaume-Uni et en Allemagne qu’elle s’est installée, après son succès aux États-Unis et dans les Caraïbes.

À l’aide de son épouse, Folu, il dirige également la Redeemer’s High School, créée en 1998, qui accueille des centaines de fils de pasteurs et de missionnaires dont l’admission s’appuie sur le mérite. En début d’année, le pasteur avait confié avoir reçu un message céleste lui informant qu’il y aurait des « vacances obligatoires dans le monde entier à travers une peste pour prouver que Dieu est le tout-puissant ». Le Covid-19 serait-il cette peste ?

77- Vanessa Nakate (Ouganda)

L’activiste ougandaise Vanessa Nakate, à Kampala le 28 janvier 2020.

L’activiste ougandaise Vanessa Nakate, à Kampala le 28 janvier 2020. © ISAAC KASAMANI/AFP

« Activist & Organizer » : c’est ainsi que Vanessa Nakate, Ougandaise de 23 ans, se présente sur son compte Twitter. La jeune femme diplômée en marketing se consacre quasi exclusivement à la cause environnementale. C’est, paradoxalement, en étant « invisibilisée » qu’elle a gagné en notoriété.

En 2019, lors du Forum de Davos, en Suisse, elle donne une conférence sur l’urgence climatique aux côtés de jeunes activistes, parmi lesquels la célèbre Suédoise Greta Thunberg. Sur une image publiée par l’agence Associated Press, elle est exclue du cadre : seuls les jeunes militants occidentaux sont visibles. Nakate s’indigne, Thunberg la soutient. Les médias ougandais et internationaux (Al Jazeera, The Guardian…) lui tendent le micro.

Son engagement remonte à 2018. « J’avais des lectures théoriques d’un côté. De l’autre, je découvrais les retombées du réchauffement climatique sur les populations de mon pays », explique-t-elle à Jeune Afrique. Durant le printemps 2019, elle se rend régulièrement – seule – sur la Jinja Road, à proximité du Parlement, à Kampala, pancartes écolos en mains. Investie dans différents projets, comme l’installation de panneaux solaires dans des écoles rurales, elle fonde le Rise Up Movement, qui rassemble de jeunes militants dans une dizaine de pays du continent. Le mouvement mène deux campagnes pour défendre le Parc national de Nairobi, au Kenya, et la forêt du bassin du Congo, menacée par l’exploitation forestière et minière.

Le ton calme et posé de Nakate porte un discours tranché. « On peut se poser la question de savoir si le capitalisme et l’écologie sont compatibles. Nous, habitants du Sud, nous le savons : les investissements du Nord sont souvent synonymes d’augmentation d’émissions de CO2 », nous dit-elle. Plus que les jeunes militants européens, Nakate relie la protection de l’environnement aux droits économiques et au respect des populations indigènes. « En RD Congo notamment, les premières victimes de la déforestation sont les habitants des forêts », insiste-t-elle. Droits des femmes et défense de l’environnement vont aussi de pair pour elle : « Les changements climatiques affectent les plus fragiles, parmi lesquels les femmes, dont les travaux aux champs sont compliqués par les sécheresses, par exemple. » Nakate conclut par son mantra : « Mon ambition, c’est d’affirmer que l’Afrique a une voix, qu’elle peut raconter sa propre histoire climatique. »

76- James Mwangi (Kenya)

En 2012, James Mwangi est entré dans l’Histoire en devenant le premier Africain désigné entrepreneur de l’année par Ernst & Young. C’est lui qui a sorti Equity Bank de la faillite, à son arrivée, en 1993, pour en faire le premier établissement financier d’Afrique de l’Est. Au premier trimestre 2019, Equity Group Holding Ltd comptait près de 12,4 millions de clients en Afrique de l’Est.

Après avoir ouvert la banque au plus grand nombre, ce multimillionnaire (sa fortune personnelle est estimée à environ 50 millions d’euros) a lancé sa propre fondation pour envoyer ses jeunes compatriotes les plus méritants dans les meilleures universités du monde. Plus de 1 200 étudiants kényans ont déjà bénéficié de ce programme.

 

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