Banque de développement

Ousmane Diagana – Banque mondiale : « L’Afrique est devenue notre priorité »

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Mis à jour le 28 juillet 2020 à 16h53
Ousmane Diagana est depuis le 1er juillet l'un des deux vice-présidents chargés du continent à la Banque mondiale.

Ousmane Diagana est depuis le 1er juillet l'un des deux vice-présidents chargés du continent à la Banque mondiale. © Ousmane Diagana

Plus de programmes, de financements et de stratégies ciblées… En choisissant deux vice-présidents pour couvrir l’Afrique, l’institution de Bretton Woods affirme ses priorités.

L’Afrique subsaharienne occupant une place de plus en plus importante dans les projets de développement de la Banque mondiale, celle-ci a décidé de dédoubler le poste de vice-président Afrique jusque-là chargé de 48 pays. Deux responsables différents se partagent désormais l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, d’une part, ainsi que l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe, d’autre part.

Depuis le 1er juillet, Ousmane Diagana occupe le poste de vice-président chargé des 22 pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale.

Né en 1962 à Kaedi (Mauritanie), il a poursuivi des études universitaires à Dakar, au Royaume-Uni et à Harvard, aux États-Unis, avant d’intégrer la Banque mondiale en 1992. Il y a notamment été directeur pays à Abidjan et à Bamako, coordonnateur de programme au Maroc, en poste au Yémen et à Djibouti, vice-président pour l’éthique.

 La nomination de deux vice-présidents Afrique est une nouvelle étape pour accélérer la réalisation des programmes

Depuis janvier 2018, il était vice-président chargé des ressources humaines du Groupe de la Banque mondiale. Dans un entretien à JA, il détaille les enjeux que l’institution de Washington entend relever face à la crise sanitaire dont les effets se font durement ressentir sur le continent.

Quelles sont les raisons qui ont incité la Banque mondiale à partager la responsabilité de l’Afrique subsaharienne ?

Ousmane Diagana : Au fil des ans, l’Afrique est devenue la priorité de la Banque. Cela s’est traduit par une augmentation significative de nos programmes, de leurs financements et des stratégies ciblées, par exemple sur les pays meurtris par les conflits. Rappelons qu’en 2018 la dernière reconstitution des fonds de notre Association internationale de développement (AID) dévolue aux pays les plus pauvres a collecté 70 milliards de dollars, dont 50 milliards destinés à l’Afrique subsaharienne.

La bonne utilisation de ces fonds nécessitait de renforcer le dialogue avec les responsables des pays bénéficiaires. La nomination de deux vice-présidents Afrique au lieu d’un seul est une nouvelle étape pour développer ce dialogue et accélérer la réalisation des programmes.

Les 371 projets des 22 pays de ma zone représentent 38 milliards de dollars

Depuis le 1er juillet, les effectifs de la Banque affectés à l’Afrique sont passées de 800 personnes à 2 100. Comme les problématiques sont communes sur le continent, nous travaillerons main dans la main avec mon collègue Hafez Ghanem, le vice-président chargé de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe. Nous partageons la responsabilité du Département de l’intégration régionale.

En quoi consiste votre fonction de vice-président ?

Elle comporte quatre volets. D’abord, le dialogue sur les questions de développement avec les pays clients de la Banque. Ensuite, la formulation et la supervision de la stratégie de développement arrêtée avec ces pays. Puis, le contact et le plaidoyer auprès des autres partenaires du développement afin de mobiliser davantage de ressources et de réduire les lenteurs et les coûts des opérations pour nos clients. Enfin, présenter pour approbation les programmes au conseil d’administration de la Banque mondiale.

Je félicite les pays africains pour les mesures rapides et courageuses qu’ils ont prises pour contenir l’épidémie

J’ai la responsabilité de 371 projets élaborés avec les 22 pays de ma zone. Ils représentent 38 milliards de dollars. Dans le cadre de ce que nous appelons « un cadre de partenariat » de quatre ans, notre travail est de répondre aux priorités fixées par les responsables de ces pays dans un large éventail de domaines : développement humain, développement durable, renforcement des institutions, amélioration de la gouvernance, construction d’infrastructures, etc.

Quelles ont été les aides de la Banque pour combattre le Covid-19 ?

Cette épidémie n’est malheureusement pas finie, mais je félicite d’ores et déjà les pays africains pour les mesures rapides et courageuses qu’ils ont prises pour la contenir.

Pour les aider à faire face à l’épidémie et à soutenir les populations dont le mode de vie a été bouleversé, la Banque a mis en place rapidement une stratégie destinée d’abord à aider les États à sauver des vies : 417 millions de dollars ont été affectés à des moyens de prévention comme les masques et des équipements de traitement des malades.

Pour conforter la reprise, il convient d’appuyer le secteur privé

Il s’agit aussi de redonner aux familles des moyens de subsistance grâce à des transferts monétaires au bénéfice des plus pauvres et de faire en sorte que la reprise économique soit rapide dès la fin du confinement sanitaire, y compris pour le secteur informel. 260 millions de dollars d’argent frais y seront consacrés. Nous restructurons les projets en cours pour réorienter ces ressources en fonction des urgences.

Que fait la Banque pour atténuer les énormes dégâts économiques et financiers provoqués par l’épidémie et le confinement ?

Face à la difficulté des États africains à mobiliser leurs ressources fiscales, notre président David Malpass a appelé la communauté internationale, en lien avec la directrice du FMI, à suspendre la charge de leurs dettes, afin de permettre aux gouvernements de faire face à leurs fonctions régaliennes. Le G20 a soutenu cette proposition qui est en cours d’application.

D’autre part, compte tenu de l’ampleur de la crise, il fallait une réponse massive et rapide. Des transferts budgétaires au profit des États concernés permettent d’accompagner les réformes destinées à rendre leur économie plus résiliente. Notre filiale, IFC, a pratiqué le même type d’appui avec le secteur privé.

Le Sahel est pour nous un objectif central

En effet, pour conforter la reprise, il convient de mener à bien des réformes structurelles destinées à créer un espace plus important pour les entreprises privées. Cela permettra de protéger les emplois et d’en créer de nouveaux.

Qu’allez-vous faire pour le Sahel en proie à des troubles graves ?

Le Sahel est pour nous un objectif central. Ses multiples fractures ont fait sa grande vulnérabilité. Il s’agit d’un espace extrêmement vaste, affecté en outre par des contingences physiques, une forte pression démographique et peu convoité par les investisseurs. Nous avons des ambitions beaucoup plus fortes pour les cinq pays du Sahel que par le passé.

Notre AID va mobiliser 7,6 milliards de dollars supplémentaires pour eux, afin de financer des projets novateurs qui faciliteront leurs transformations, mais aussi les pays voisins de la sous-région qui sont impactés par leur crise sécuritaire, économique et sociale comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Bénin. Nous adapterons nos programmes en conséquence.

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