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Cet article est issu du dossier «Finance - Six mois qui ont ébranlé la BAD»

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Banque de développement

BAD : quatre enseignements du rapport Robinson qui exonère Adesina

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Mis à jour le 30 juillet 2020 à 10h21
Mary Robinson, ancienne présidente de l'Irlande, doit faire partie du groupe chargé de réexaminer le rapport du comité d'éthique de la BAD, qui avait blanchi Akinwumi Adesina début mai.

Mary Robinson, ancienne présidente de l'Irlande, doit faire partie du groupe chargé de réexaminer le rapport du comité d'éthique de la BAD, qui avait blanchi Akinwumi Adesina début mai. © Richard Drew/AP/SIPA

Le panel de revue dirigé par l’ex-présidente irlandaise a rejeté les accusations contre le patron de la BAD et validé le travail du comité d’éthique.

« Nous espérons que le rapport aidera chaque gouverneur à résoudre cette question et à préserver l’intégrité du Groupe de la Banque et ses mécanismes de gouvernance », a écrit Mary Robinson, l’ex-présidente de l’Irlande, le 27 juillet à l’Ivoirienne Nialé Kaba, présidente du bureau du conseil des gouverneurs de la Banque africaine de développement (BAD).

Le rapport en question, un document de 31 pages consulté par Jeune Afrique, comprend les conclusions du panel de revue dirigé par Mary Robinson, désigné le 1er juillet dernier pour examiner le travail du comité d’éthique de la banque quant aux allégations de lanceurs d’alertes contre Akinwumi Adesina, le président de l’institution panafricaine.

>>> Lire aussi notre enquête Adesina, son vrai bilan à la tête de la BAD <<<

Le panel composé de Mary Robinson, de l’ex-juge gambien Hassan Jallow et du Sud-Africain Leonard Frank McCarthy, ancien vice-président pour l’intégrité à la Banque mondiale, a rejoint sur l’intégralité des points le rapport du comité d’éthique, dont il a par ailleurs salué le travail. Assisté de Nial Fennelly, ancien juge à la Cour européenne de justice, le panel international a également examiné les réponses apportées par Akinwumi Adesina à ses détracteurs – ce que n’avait pas fait le comité d’éthique, pour des raisons statutaires – et a trouvé ses réponses « cohérentes avec son innocence et convaincantes ».

Ci-dessous, quatre leçons clés à tirer de ce (dernier ?) rapport sur les allégations des lanceurs d’alerte contre Akinwumi Adesina.

  • Des accusations « frivoles » et « infondées », mais pas que…

Dans leur réponse au rapport du 26 avril du comité d’éthique de la BAD rejetant leurs allégations, les lanceurs d’alerte avaient appelé à l’ouverture d’une enquête indépendante, sans laquelle « cette affaire ne sera pas réglée ». « Notre but était de déclencher des enquêtes, de confirmer ou d’infirmer ces violations présumées du code de conduite par le président », ont-ils insisté le 9 mai dans une « communication » aux gouverneurs de la BAD.

Dans son rapport, le panel de revue se range aux conclusions du comité d’éthique. Si l’équipe de Mary Robinson rejette le terme « charge de la preuve », utilisé par le comité d’éthique et le conseiller juridique de la BAD parce que ne figurant pas dans les statuts, elle estime cependant, elle aussi, qu’il revenait aux lanceurs d’alerte d’apporter des éléments précis, prouvés, soutenant leurs allégations. Et a rejeté les arguments avancés par les salariés anonymes qui indiquaient ne pas pouvoir apporter de preuves « parce que cela aurait révélé nos identités » ou « parce que cela aurait probablement annulé les preuves obtenues illégalement ».

Sur l’ensemble des seize accusations portées contre Akinwumi Adesina, le panel de revue a donné raison au comité d’éthique qui les a rejetés après un examen préliminaire. Sur certains points, Mary Robinson et ses pairs sont même allés au-delà des conclusions du comité d’éthique, estimant par exemple que les critiques levées contre les voyages et rencontres avec les chefs d’États (jugés excessifs) d’Akinwumi Adesina étant en particulier frivoles. « [L]e président, en tant que chef élu de la Banque, doit s’engager dans une démarche diplomatique », rappelle le panel.

Sur deux points cependant, le panel a pris une légère distance avec le comité d’éthique.

  • Des limites aux pouvoirs du président de la BAD

S’il a reconnu que statutairement le président de la BAD dispose d’un vaste pouvoir discrétionnaire en matière de ressources humaines – plusieurs nominations et promotions ayant été critiquées par les lanceurs d’alerte – les panélistes ont rappelé cependant que ce pouvoir n’est pas illimité.

les plaignants n’ont présenté aucune preuve d’un écart réel du président par rapport aux règles

« La Banque dispose de règles et de règlements régissant le recrutement, la promotion et la gestion du personnel, qui doivent être respectés en particulier par le président de l’institution afin de maintenir la confiance du public dans l’institution », ont-ils souligné dans leur rapport. Ils ont cependant conclu que « les plaignants n’ont présenté aucune preuve d’un écart réel du président par rapport à ces règles ».

Une critique des lanceurs d’alerte concernait les absences et les voyages à l’étranger jugés excessifs de plusieurs haut-cadres de la banque. Si les panélistes ont reconnu, comme le comité d’éthique, que les cas évoqués ne concernaient ni n’impliquaient nullement le président de la BAD, ils ont cependant appelé à ce qu’ils soient examinés par les autorités compétentes.

« Ces abus présumés de la politique de voyage par la haute direction, en particulier ceux spécifiés par les plaignants, devraient être examinés pour s’assurer que les règles et règlements de la Banque concernant les voyages et les congés sont pleinement respectés. Cela n’affecte pas l’opinion du panel selon laquelle la plainte contre le président a été correctement rejetée », ont-ils conclu.

  • Reconnaissance du travail du comité d’éthique

« Notre but était de déclencher des enquêtes, de confirmer ou d’infirmer ces violations présumées du code de conduite par le président et d’encourager ainsi un comportement éthique à l’échelle de la Banque […] », avaient insisté les lanceurs d’alerte dans leur réponse aux conclusions du comité d’éthique. Ils avaient ainsi estimé qu’en s’en tenant à un examen préliminaire de leurs accusations – limites statutaires du mandat du comité d’éthique – ce dernier ne pouvait établir la réalité ou non des faits reprochés à Akinwumi Adesina.

Le panel est convaincu que le comité d’éthique a examiné les plaintes qu’il a reçues le 19 janvier 2020 de manière complète et responsable et a suivi des procédures correctes

Dans son rapport, le panel de revue estime au contraire que le comité d’éthique de la BAD a bel et bien examiné de façon détaillée chacune des allégations avant d’en rejeter 14 sur 16 dans un premier temps, puis les deux dernières après consultation du bureau d’audit. Ces dernières allégations concernaient un contrat dans le domaine agricole et divers voyages liés à des prix reçus par Akinwumi Adesina, dont les frais auraient indûment été pris en charge par la BAD.

« Le panel est convaincu que le comité d’éthique a examiné les plaintes qu’il a reçues le 19 janvier 2020 de manière complète et responsable et a suivi des procédures correctes. […] Le groupe d’experts partage les conclusions du comité en ce qui concerne toutes les allégations à l’encontre du Président et estime qu’elles ont été dûment examinées et rejetées par le comité », a conclu l’équipe de Mary Robinson.

  • La défense convaincante d’Adesina

Cette dernière a également examiné les arguments avancés par Akinwumi Adesina, dans sa longue et détaillée réponse aux accusations des lanceurs d’alerte. Et s’est rangée sur l’essentiel aux points développés par ce dernier. « La commission est consciente du fait que ‘l’absence de preuve n’est pas une preuve d’absence’. En même temps, il nous semble que c’est une charge excessive que d’attendre du titulaire d’une haute fonction dans une organisation internationale qu’il fasse une démonstration [de son innocence] par la négative, en l’absence de motifs suffisants ».

Si les panélistes n’excluent pas la possibilité de « défaillances institutionnelles » à la banque, ils n’ont pas été convaincus que ces dernières concernaient directement le comportement de son président. Si le panel s’est retenu, conformément à son mandat, de « porter un jugement sur les preuves » apportées par Adesina, il a cependant examiné « les observations du président » de prime abord « et les a jugées convaincantes et conformes à [ses protestations] d’innocence ».

Il reste désormais à savoir si les conclusions de ce panel indépendant et constitué de personnalités irréprochables mettra enfin un terme à la saga déclenchée fin janvier par le courrier des lanceurs d’alerte. Et convaincra les actionnaires de la BAD de confier un second mandat à Akinwumi Adesina, lors de l’assemblée générale prévue à la fin d’août.

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