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Avec Sangomar, le russe Lukoil s’offre une place de choix dans l’offshore sénégalais

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Mis à jour le 28 juillet 2020 à 10h06
Exploitation offshore de Lukoil (photo d'illustration).

Exploitation offshore de Lukoil (photo d'illustration). © Lukoil

Le britannique Cairn Energy cède ses intérêts au russe Lukoil, moyennant 400 millions de dollars. Un deal qui doit encore être validé par les autorités.

C’est un chèque de 400 millions de dollars, hors remboursement des dépenses d’investissement (évaluées à 330 millions de dollars pour l’année 2020), que Cairn Energy doit récupérer de son homologue russe Lukoil en contrepartie de la vente de la totalité de sa participation (40 %) dans les blocs offshore Rufisque, Sangomar et Sangomar Deep (RSSD) – dont l’actif clé est le projet Sangomar.

Si le prix de la transaction est considéré comme légèrement inférieur à la valeur comptable des actifs sénégalais, estimée autour de 600 millions de dollars selon les analystes, « elle reflète toutefois l’environnement macro-économique incertain, le planning pour les prochaines phases de développement de Sangomar, et probablement un taux d’actualisation plus élevé utilisé par l’industrie pour le Sénégal (10 %) », estime Michael J. Alsford, analyste du marché O&G à Citigroup.

Effective de manière rétroactive au 1er janvier cette année, cette opération doit donner lieu au versement de 250 millions de dollars minimum sous forme de dividendes aux actionnaires, lors de la conclusion définitive de l’accord, attendue au cours du 4T cette année, indique Cairn Energy dans une communication financière.

Ancrage ouest-africain pour Lukoil

« Entrer dans le projet avec des réserves déjà explorées, à un stade précoce de leur développement, s’inscrit pleinement dans notre stratégie et nous permet de renforcer notre présence en Afrique de l’Ouest », déclare Vagit Alekperov, le président de Lukoil, le plus grand producteur pétrolier russe, déjà présent au Cameroun, au Ghana et au Nigeria, ainsi qu’en Égypte.

Le russe a en outre remporté une licence d’exploration pour du gaz en Guinée équatoriale l’an passé, et pris 25 % des parts dans Marine XII au Congo.

Selon les prévisions du nouveau partenaire sur le projet, les réserves d’hydrocarbures récupérables du champ sénégalais de Sangomar représentent environ 500 millions de barils d’équivalent pétrole – pour un niveau de production espéré autour de 5 millions de tonnes de pétrole brut par an.

Un potentiel qui n’a pas ébranlé la place moscovite, le titre Lukoil étant resté relativement stable depuis l’annonce de la transaction.

Voyants au vert à la Bourse de Londres

L’annonce de l’opération dans la matinée ce lundi 27 juillet a en revanche immédiatement poussé le cours de l’action Cairn Energy à la hausse à l’ouverture des marchés à la Bourse de Londres. Affichant un rebond de près de 7 %, à 1,34 livre (1,47 euro environ), à la mi-journée.

« La monétisation de ses actifs par Cairn Energy et, surtout, la restauration de perspectives de bilan positives, ainsi qu’un engagement de redistribution des capitaux, seront probablement prises positivement », estime pour sa part James Thompson, analyste financier auprès pour JP Morgan à Londres.

Cette transaction est conforme à l’approche rigoureuse de Cairn en matière de gestion de son portefeuille et d’allocation du capital

Cairn Energy pratique en effet une politique affichée de redistribution des bénéfices. Un engagement d’autant plus remarqué cette année, alors que la crise liée au Covid-19 plombe les perspectives du marché pétrolier depuis le début de l’année. « Cette transaction est conforme à l’approche rigoureuse de Cairn en matière de gestion de son portefeuille et d’allocation du capital, et à sa stratégie à long terme de retourner du capital aux actionnaires », précise en effet l’entreprise.

Les investisseurs semblent par ailleurs sensibles au fait que la vente du projet en développement de Sangomar signifie que Cairn Energy aura supprimé près de 1,5 milliard de dollars d’engagements d’investissements à court terme, commente James Thompson. Cependant qu’aucun autre projet de majeur n’est prévu pour consommer les capitaux de l’entreprise, eu égard au contexte mondial morose pour le secteur.

À noter que la pétrolière indépendante – active essentiellement en Inde et en Mer du Nord -, quitte le continent après l’abandon de deux puits en 2014 au Maroc, et à présent son retrait du Sénégal.

5 millions de tonnes de brut par an

En début d’année, Cairn Energy avait annoncé une réévaluation de son exposition dans le projet de développement pétrolier de Sangomar, qui représente un investissement de 4,2 milliards de dollars, avec ses partenaires les australiens Woodside (35 %) et FAR (15 %). Ce, au vu du contexte particulièrement difficile pour l’industrie pétrolière, avec un prix du baril de Brent autour de 40 dollars en « roue libre » depuis le début de la crise sanitaire.

De son côté, Dakar via la société nationale sénégalaise Petrosen, actionnaire à hauteur de 10 % dans le projet de Sangomar, avait déjà dû montrer son intention de voler au secours du projet fin juin, et annoncé la reprise des parts de FAR, en défaut de paiement. Pour rappel, la pétrolière australienne devait régler, en 2020, quelque 100 millions de dollars à la coentreprise du projet mené par Woodside.

À présent, les autorités – qui n’étaient pas disponibles dans l’immédiat pour répondre à nos questions – doivent valider le projet de cession pour qu’il devienne définitif. Quant au lancement de la production du champ Sangomar, il a été repoussé à 2023.

Pour rappel, les blocs objets de la transaction sont compris dans 2 212 km2, au large des côtes sénégalaises, à une profondeur de mer de 800 à 2 175 mètres. Ils comprennent deux découvertes : Sangomar et FAN.

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