Agroalimentaire

Kalaa Mpinga et un ex-conseiller d’Obama à la rescousse de l’huile de palme congolaise

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Plantations de palmiers à huile (photo d'illustration)

Plantations de palmiers à huile (photo d'illustration) © Nabil Zorkot pour JA

Leur fonds d’investissement, KKM, a racheté les parts de Feronia dans les Plantations et huileries du Congo (PHC) et s’engage à injecter 10 millions de dollars dans l’entreprise.

Onze ans après avoir repris la participation d’Unilever dans les Plantations et huileries du Congo (PHC) en 2009, pour lesquelles le canadien a levé près de 200 millions de dollars, quatre fois plus que ses prévisions initiales d’investissement, sans jamais atteindre la rentabilité, Feronia passe la main.

Le 20 juillet, Straight KKM 2 Limited, l’entité installée à Maurice, qui a investi 17,5 millions de dollars (14,8 millions d’euros) dans Feronia en septembre 2017, a annoncé le rachat de la participation de Feronia dans PHC.

Soutien des banques de développement

Après avoir mandaté Ernst & Young le 2 juin pour la mise en vente de Feronia à une tierce partie, KKM a présenté la seule offre de reprise. L’opération consiste en un paiement de 500 000 dollars en cash pour finaliser la transaction et la mise en conformité avec la législation canadienne sur les banqueroutes. KKM injectera par ailleurs 10 millions de dollars supplémentaires. Le transfert de propriété sera effectif le 7 septembre prochain.

Derrière Straight KKM 2 Limited, deux figures de la finance et des mines africaines. Walé F. Adeosun, Américain d’origine nigériane, fondateur du fonds Kuramo Capital Management, domicilié à New York, Lagos et Nairobi, a investi dans plus de 100 entreprises dans tous les secteurs dans une vingtaine de pays africains. C’est avec son fonds Kuramo qu’il a cocréé Straight KKM 2. Walé F. Adeosun avait été nommé en 2014 au conseil consultatif mis sur pied par le président Obama, pour promouvoir les liens commerciaux entre le continent et les États-Unis.

À ses côtés, le Sud-Africain Kalaa Mpinga, natif du Kasaï (RDC), fils de l’ancien Premier ministre du Zaïre Mpinga Kasenda, ancien d’Anglo American et fondateur en 2001 de Mwana Africa (diamant, or et nickel en RDC, au Zimbabwe et en Afrique du Sud), qu’il a dirigé jusqu’en juin 2015.

Pertes colossales

L’opération de rachat du producteur d’huile de palme congolais a pu être bouclée avec l’aide de plusieurs banques de développement, soutiens de long terme de Feronia, qui ont conclu un accord de restructuration de la dette de l’entreprise, condition sine qua non de la poursuite de ses activités. Premier concerné, le britannique CDC qui possédait une participation de 41 % dans l’opérateur. La Banque africaine de développement, le hollandais FMO et le belge BIO ont également partie prenante du deal, mais le détail de la restructuration de la dette et le nouvelle répartition du capital de PHC entre Straight KKM 2 et Kinshasa ne sont pas connus.

Contacté par JA, Kalaa Mpinga a indiqué que le processus de restructuration des finances de Feronia et de son activité opérationnelle a débuté et sera achevé sous 30 jours.

Cette restructuration de Feronia devra être sévère. En mai, les résultats de l’exercice 2019 étaient calamiteux : l’exploitation des 10 000 hectares de palmiers à huile situées dans le nord du pays, première source d’emploi direct et indirect de 100 000 personnes dans ces régions, avait encore enregistré une perte colossale de 91,1 millions de dollars. L’entreprise était alors dans l’incapacité d’honorer ses échéances de remboursement et était au bord de la faillite.

Négociations foncières

Walé F. Adeosun a indiqué à JA  que Straight KKM 2 voulait faire de PHC une entreprise profitable, en capacité de contribuer au développement économique des Congolais qui en dépendent, avec un management proche des activités et en diminuant les coûts de structure. Le retrait de Feronia, et donc de la cotation au Toronto Stock Exchange, doit par exemple contribuer à réduire les coûts de structure de l’entreprise.

Autre défi, la plainte déposée fin 2018 auprès de la Banque allemande de développement, la Deutsche Investitions- und Entwicklungsgesellschaft (DEG), par quatorze villages, soutenus par le Réseau d’information et d’appui aux ONG (RIAO-RDC), une ONG congolaise, et plusieurs ONG européennes.

Par le dépôt de cette plainte devant l’Independent Complaints Mechanism (ICM), l’organisme arbitral créé en 2014 par la DEG et le FMO, les habitants de ces villages espéraient pousser Feronia à une nouvelle négociation sur les concessions foncières de l’entreprise, dont ils estiment qu’une partie leur revient.

Peut-être ont-ils été entendus ? Début juin, dans un communiqué, RIAO-RDC se félicitait que Feronia ait décidé de rétrocéder une partie des plantations aux communautés villageoises.

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