Diplomatie

Mali : pourquoi le huis clos des chefs d’État a échoué

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Mis à jour le 24 juillet 2020 à 19h11
Ibrahim Boubacar Keïta et Mahamadou Issoufou, lors de la rencontre à huis clos qui s'est tenue à Bamako, le 23 juillet 2020.

Ibrahim Boubacar Keïta et Mahamadou Issoufou, lors de la rencontre à huis clos qui s'est tenue à Bamako, le 23 juillet 2020. © DR / Présidence du Mali

Le 23 juillet, Muhammadu Buhari, Mahamadou Issoufou, Alassane Ouattara, Nana Akufo-Addo et Macky Sall ont tenté de jouer les médiateurs à Bamako entre Ibrahim Boubacar Keïta et son opposition. En vain.

Arrivés à Bamako dans la matinée du 23 juillet, les présidents Muhammadu Buhari et son prédécesseur Goodluck Jonathan, Mahamadou Issoufou, Alassane Ouattara (“ADO”), Nana Akufo-Addo et Macky Sall se sont rendus à l’hôtel Sheraton où ils ont retrouvé leur homologue Ibrahim Boubacar Keïta (“IBK”). Selon nos informations, cette mission avait été préparée en amont, entre autres, par Sidi Mohamed Kagnassi. Cet homme d’affaires, qui s’est entretenu avec ADO le 20 juillet, avait été envoyé par le président ivoirien en éclaireur à Bamako, où il a rencontré IBK et son opposition.

Débat entre chefs d’État

Au cours de ce huis clos, qui a duré deux heures, Goodluck Jonathan, le chef de la précédente mission de la Cedeao (15-19 juillet), a briefé les chefs d’État, avant que ceux-ci ne prennent la parole et expliquent leur vision personnelle de la sortie de crise.

Puis, la question du maintien en poste du Premier ministre a suscité un débat. Alors que l’aile dure de la contestation réclame purement et simplement la démission d’IBK, l’aile modérée du Mouvement du 5 juin (M5-RFP), qui partage les positions de l’imam Mahmoud Dicko, demande en effet a minima la nomination d’un Premier ministre de consensus.

Les présidents ouest-africains réunis autour de Ibrahim Boubacar Keïta, le 23 juillet 2020 à Bamako.

Les présidents ouest-africains réunis autour de Ibrahim Boubacar Keïta, le 23 juillet 2020 à Bamako. © DR / Présidence du Mali

Estimant que le président doit conserver la prérogative de nommer son chef de gouvernement, certains chefs d’État ont soutenu que Boubou Cissé devait conserver ses fonctions, tandis que d’autres étaient ouverts à l’idée qu’il se sépare de son proche collaborateur. Mahamadou Issoufou, en tant que président en exercice de la Cedeao, a alors suggéré de rouvrir ces discussions lors d’un sommet extraordinaire qui réunira les chefs d’État de cette organisation le 27 juillet par visioconférence.

Le réquisitoire du M5-RFP

Toujours à l’hôtel Sheraton, les présidents ont ensuite reçu une délégation du M5-RFP (accompagnée par Mountaga Tall et Ali Bathily, responsables de centrales syndicales) à laquelle s’est joint Mahmoud Dicko. C’est la première fois que l’imam et les représentants du mouvement participaient ensemble à une telle rencontre.

L’ancien ministre de l’Économie numérique Choguel Maïga, s’est exprimé au nom du mouvement. Selon une source présente à cet entretien, les contestataires ont fait un réquisitoire « très sévère » contre le président, expliquant leur souhait qu’il démissionne pour des raisons liées à la « crise sécuritaire », ou encore à la « corruption ». De leur côté, les chefs d’État ont insisté sur le fait qu’ils ne soutiendraient pas un président qui ne serait pas démocratiquement élu, afin de ne pas créer un tel précédent au sein de la Cedeao.

Enfin, les médiateurs (sauf ADO, qui était en route pour l’aéroport) ont rencontré des chefs de partis de la majorité présidentielle, à l’instar de Bokary Treta, chef du Rassemblement pour le Mali ou encore l’ex-ministre des Affaires étrangères, Tiéman Hubert Coulibaly. Ils leur ont demandé de contribuer à la résolution de la crise en acceptant de dialoguer avec tous les protagonistes, avant de leur suggérer de conseiller aux 31 députés dont l’élection est contestée, de démissionner.

La position de la France

Côté français, la porte-parole du Quai d’Orsay a déclaré, lors d’un point presse le 24 juillet, que la « France reste préoccupée par le retard pris dans la mise en œuvre des recommandations déjà émises. Celles-ci offrent les voies pour sortir de la crise que connaît le pays depuis de nombreuses semaines, pour rétablir la légitimité des institutions mises en cause, la Cour constitutionnelle et l’Assemblée nationale, et répondre aux demandes de l’opposition et la société civile, dans le strict respect de la Constitution. »

Selon nos sources et contrairement à une rumeur insistante à Bamako, Emmanuel Macron n’a pas appelé IBK à ce sujet. Il s’est par contre entretenu au téléphone avec quelques-uns des chefs d’États membres de la délégation.

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