Dossier

Cet article est issu du dossier «Ces cuisiniers qui régalent les puissants»

Voir tout le sommaire
Gastronomie

Ridha Khadher : le boulanger tunisien qui fournit ses baguettes à la République française (4/4)

Réservé aux abonnés | | Par
Mis à jour le 01 août 2020 à 17h39
Le boulanger Ridha Khadher, fournisseur officiel de l'Élysée, offre le petit déjeuner aux soignants.

Le boulanger Ridha Khadher, fournisseur officiel de l'Élysée, offre le petit déjeuner aux soignants. © Bruno Levy/divergence-images

Ces cuisiniers qui régalent les puissants (4/4) – Sa mère lui avait conseillé d’ouvrir une boulangerie. Quelques années plus tard, Ridha Khadher est devenu le fournisseur officiel de l’Élysée, de Matignon et du Parlement.

Le rendez-vous a été fixé dans sa boulangerie du populaire 14e arrondissement de Paris, où se pressent les habitants du quartier, tout autant que les touristes venus du monde entier pour déguster « la baguette de l’Élysée ». Un titre que Ridha Khadher affiche fièrement, à la fois sur la devanture de la boutique, mais aussi à l’intérieur, où trônent des portraits d’hommes politiques.

Élysée et Matignon

Issu d’une famille d’agriculteurs, Ridha Khadher est aujourd’hui le numéro un de la baguette dans la capitale française. Fournisseur officiel de l’Élysée, de Matignon et du Parlement, l’artisan est devenu incontournable. Pourtant, rien ne présageait un tel destin à ce jeune Tunisien. L’intéressé lui-même a encore du mal à réaliser ce qui lui arrive. « Vous imaginez un boulanger qui se retrouve dans des avions présidentiels ou à table avec des ministres et des présidents », lance-t-il, encore ébahi par son expérience. Un parcours hors du commun qui a même inspiré un documentaire actuellement en cours de tournage.

Pendant sept ans, il n’aura aucun jour de repos et sacrifiera sa vie de famille

Benjamin d’une famille de onze enfants, le boulanger a grandi dans la région de Sousse. Il n’a que 15 ans lorsque sa mère l’envoie chez son frère – pour les vacances, croit-il. Arrivé à Paris, le jeune homme déchante lorsque son aîné le réveille au beau milieu de la nuit pour le faire travailler dans sa boulangerie. « J’avais la tête qui tournait dans le fournil. J’ai tout de suite eu envie de retourner en Tunisie », sourit aujourd’hui l’artisan. Sur les conseils de sa mère, il s’accroche malgré « la barrière de la langue, la solitude, le climat ».

Au bout de quelques mois de labeur, Ridha Khadher finit par y prendre goût. Quelques années plus tard, il décide d’ouvrir sa propre affaire lorsque son frère lui refuse une augmentation de 50 euros. Difficile de convaincre les banquiers. Alors passionné de sport de combat, le colosse travaille comme garde du corps, tous les week-ends, pour financer son projet. Ainsi, pendant sept ans, il n’aura aucun jour de repos et sacrifiera sa vie de famille. « J’ai une fille que je n’ai pas vue grandir », confie à voix basse le boulanger.

Son secret ? Le pain de sa mère, qui en fabriquait elle-même le levain. « Après sept mois d’essai, j’ai réussi à obtenir la recette qui m’a permis de remporter la victoire au concours de la meilleure baguette de Paris en 2013. » Lauréat du premier prix, il n’a pas le temps de comprendre que l’emballement médiatique s’enclenche. En bas de chez lui, des journalistes du monde entier se bousculent pour raconter l’histoire de ce Tunisien qui réalise la meilleure baguette de la capitale française. Il devient pour un an – privilège du vainqueur – le fournisseur officiel de l’Élysée. « Quelques jours plus tard, je suis reçu dans les jardins du Palais par François Hollande. J’ai encore les photos », s’enorgueillit-il.

« Façonner le pain à la main »

Dès lors, le boulanger est de tous les voyages officiels en Tunisie, mais il refuse d’être un symbole. Si ce n’est celui du travail : « La reconnaissance, c’est une fierté pour moi, mais j’ai travaillé pour, c’est le message que je veux transmettre aux jeunes en France ou de l’autre côté de la Méditerranée. » L’homme le répète à l’envi : c’est à la force du poignet qu’il doit sa réussite.

À la tête d’une entreprise qui emploie aujourd’hui onze personnes, il confie « avoir du mal à recruter ». Il est pourtant pétri d’une envie de partage et a pour projet d’ouvrir des écoles en France, mais également en Tunisie.

Le boulanger devenu un phénomène veut se développer à l’international, mais pas à n’importe quel prix. « Ouvrir des établissements au Moyen-Orient, c’est un projet, mais il faut que la qualité soit au rendez-vous », prévient-il. Ridha Khadher refuse ainsi de céder aux sirènes de l’industrie et de brader son savoir-faire, préférant « façonner le pain à la main comme en France ».

Même en cas de guerre, un boulanger travaille toujours »

Ces plans ont été suspendus du fait de la crise sanitaire, même si, durant le confinement, le boulanger n’a pas chômé. Sa mère l’avait prévenu : « Même en cas de guerre, un boulanger travaille toujours. » Fournisseur du président Emmanuel Macron, il a dû redoubler de vigilance pour la fabrication de son pain dans de bonnes conditions sanitaires. « Le virus reste trois heures sur le pain », alerte-t-il, l’air grave.

Un film avec Omar Sy dans son rôle ?

Après sept ans au service de l’Élysée, Ridha Khadher vient de gagner une nouvelle fois l’appel d’offres de la présidence, renouvelant ainsi sa collaboration pour trois ans. Aussi heureux qu’au premier jour, il n’est pas prêt de s’arrêter. Après le documentaire, le boulanger n’exclut pas de faire l’objet d’un film relatant sa trajectoire hors du commun. « À condition qu’Omar Sy joue mon rôle ! » sourit-il.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3093_600b devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte