Sciences

Émirats arabes unis : demain, une puissance spatiale ?

Réservé aux abonnés | | Par
Hazza Al-Mansouri est le premier citoyen des Émirats arabes unis à avoir voyagé dans l'espace.

Hazza Al-Mansouri est le premier citoyen des Émirats arabes unis à avoir voyagé dans l'espace. © Stanislav Krasilnikov/Tass/ABACA

Après avoir envoyé un astronaute arabe dans l’espace en 2019, les Émirats viennent de lancer avec succès une sonde vers Mars.

Un mélange de joie, de fierté et d’inquiétude. Le 19 juillet dernier, alors qu’il regarde le décollage de la sonde Hope depuis le Centre spatial de Tanegashima, au Japon, Hazza Al-Mansouri est envahi par un sentiment familier. Il se souvient de l’émotion qui l’a traversé le 23 septembre 2019, quelques heures avant qu’il n’embarque à bord de la fusée Soyouz pour rejoindre la Station spatiale internationale. Ce jour où il a fait entrer son pays, les Émirats arabes unis, dans l’histoire légendaire de la conquête spatiale.

Il se met à prier, pour que tout se passe bien, pour que cette petite perle technologique conçue dans un laboratoire du Colorado par une équipe mixte d’ingénieurs américains et émiratis franchisse sans encombre les premières étapes de son voyage de 493 millions de kilomètres vers la planète Mars. 

Science-fiction

C’est à ce robot, désormais, qu’il revient de porter les rêves et les ambitions d’une jeune nation déterminée à inscrire son nom au firmament. Une jeune nation de bientôt 50 ans, qui ne s’interdit pas de rêver à ce jour où elle pourra peut-être établir une colonie sur Mars. Cette scène digne d’un roman de science-fiction, elle l’imagine dans un futur pas si lointain, en 2117. Si la sonde Hope atteint comme prévu la planète rouge, en février 2021, elle se mettra en orbite pour étudier son atmosphère. Elle tentera de mieux comprendre le système climatique de Mars, et s’intéressera plus particulièrement aux raisons pour lesquelles elle perd son eau plus vite que prévu. Tout un symbole pour un pays établi au cœur d’une des régions les plus arides du monde.

De symboles, il en est beaucoup question dans cette aventure spatiale. L’espace est un formidable outil de communication politique, comme le rappelle Florence Gaillard-Sborowsky, chargée des questions spatiales auprès de la Fondation pour la recherche stratégique. Avec cette nouvelle prouesse, les Émirats arabes unis entendent apparaître, une fois de plus, comme un fer de lance de la civilisation arabe et se présenter comme le leader régional dans ce domaine.

La campagne de communication n’est pas seulement à destination de l’étranger : elle vise aussi, et peut-être surtout, la jeune génération émirienne. « Nous vivons dans une région très compliquée. Il est important d’apporter de l’espoir et d’ouvrir de nouveaux horizons », nous confiait Mohammed Al-Ahbabi, le directeur de l’agence spatiale émirienne, en septembre 2019.

Des ambitions spatiales pour des enjeux bien terrestres

Que la sonde ait été baptisée al-Amal, qui veut dire « espoir », en arabe, est donc lourd de sens. Hazza Al-Mansouri ne manque pas de le souligner lorsqu’il témoigne devant un journal local de ses impressions lors du lancement de la sonde Hope. Ses enfants lui ont posé de nombreuses questions sur la planète rouge et sur la mission. « Des questions intelligentes, se réjouit-il. Et c’est ce que notre pays cherche, encourager ce type de connaissances dans la génération qui vient. » À travers l’aventure spatiale, le pays veut donner à sa jeunesse le goût des sciences et des technologies. Et pousser sur cette voie une économie trop dépendante. Des ambitions spatiales pour des enjeux bien terrestres, donc.

Première mission arabe interplanétaire

En initiant la première mission arabe interplanétaire, les Émirats ont frappé un grand coup. Ils avaient déjà réussi à marquer les esprits en envoyant un astronaute dans l’espace. Avant Mansouri, cela faisait plus de trente ans qu’un Arabe n’avait plus défié les lois de la gravité. Sultan Ben Salmane, fils de l’actuel roi d’Arabie saoudite, avait participé à une mission de la NASA en 1985. Deux ans plus tard, Mohammed Faris, un Syrien, s’était envolé avec un équipage russe. Comment Abou Dhabi va-t-il continuer à garder son public en haleine ?

1400 femmes ont posé leur candidature

Une nouvelle campagne de recrutement d’astronautes a eu lieu, et 1 400 femmes ont posé leur candidature. Elles représentent plus de 45 % de l’équipe de l’agence spatiale émirienne, et sont nombreuses à occuper des postes d’ingénieurs, collaborant notamment à la mission vers Mars et à des projets de satellites nationaux. Autant d’indices qui montrent qu’une femme arabe et musulmane pourrait bien reprendre, à l’avenir, le flambeau porté jusqu’ici par Hazza Al-Mansouri. Un joli coup.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3093_600b devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte