Technologie

[Tribune] La souveraineté numérique, nouvelle lutte pour l’indépendance ?

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Par  Jérôme Coutant

Ancien membre de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP) en France

Une programmeuse retravaille des lignes de code sur sa tablette.

Une programmeuse retravaille des lignes de code sur sa tablette. © Delmaine Donson/PeopleImages/E+/Getty

La souveraineté si difficilement conquise des États africains est en danger. Mais cette fois, la nouvelle forme de colonisation porte sur le numérique.

Il ne s’agit pas en soi d’internet, ce bien commun de l’humanité qui permet à chacun de prendre part à la vie économique et sociale de son pays, voire de la planète. Il ne s’agit pas non plus de la téléphonie mobile, fil de vie dans la plupart des pays africains car seul moyen de communication et d’accès aux services essentiels du quotidien – un domaine dans lequel l’Afrique a d’ailleurs montré son génie en inventant le micropaiement mobile.

Non, l’exploitation dont les Africains et les Européens sont l’objet porte sur les traces numériques qu’ils sèment à chaque instant par l’usage du mobile et d’internet. Recueillies en temps réel et exploitées sur d’autres continents comme des ressources minières, ces données servent en théorie à améliorer les services, en réalité à les rendre plus addictifs.

Guidage laser

Surtout, ces informations sont comme un guidage laser pour la publicité en ligne : aucune chance d’y échapper. Les Africains vivront-ils mieux grâce à des services venus d’ailleurs ? Et quelle part des 200 milliards de dollars de revenus publicitaires des géants américains et chinois du numérique revient à l’Afrique pour financer ses réseaux ?

La pandémie de Covid-19 révèle chaque jour la capacité d’organisation des États africains et la force de mobilisation de la société civile, comme avec #InForAfrica. De plus, le continent est riche de 700 millions de jeunes de moins de 25 ans pour qui le numérique est l’espoir d’un monde ouvert, participatif, solidaire et paritaire, porteur d’innovations et d’opportunités multiples. Quel autre continent dispose d’un tel capital humain ? Encore faut-il que leurs données et leurs idées ne soient pas pillées.

C’est un enjeu de cohésion et d’unité nationale

C’est le moment pour le continent de relever le défi de la souveraineté numérique. Des solutions existent, comme la protection des données personnelles (le RGPD européen est une bonne base) et le maintien des données sur le continent (la Cour de justice européenne a rendu le 17 juillet une décision très importante sur ce sujet).

Universalité, neutralité, fluidité

Ensuite, l’ensemble de la population et des entreprises doit bénéficier du meilleur du numérique. C’est un enjeu de cohésion et d’unité nationale. Quelques principes simples permettent d’agir : l’universalité de l’accès (par des approches innovantes sur le financement des investissements), la neutralité d’internet (par la loi, l’Europe y travaille), la neutralité des réseaux (par des montages contractuels public-privé de type concession), la fluidité dans la résolution des litiges (en privilégiant l’arbitrage ou les règlements de différends tels que pratiqués par l’Arcep en France).

Enfin, pour tirer pleinement parti de la révolution numérique, les États peuvent s’inspirer de l’Open Government mis en place par Barack Obama dès le premier jour de sa présidence et qui a nourri son discours à Accra le 11 juillet 2009.

Plus qu’un nouveau combat pour l’indépendance, la recherche de souveraineté numérique en Afrique est porteuse de cohésion sociale, d’opportunités et surtout de grandes transformations. Car, face aux géants du numérique, la souveraineté des États se gagnera collectivement, avec l’Union africaine.

 

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