Politique économique

Gabon : l’équipe de choc de Rose Ossouka Raponda pour contenir l’économie

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Mis à jour le 24 juillet 2020 à 18h55
Rose Christiane Ossouka Raponda, la Première ministre gabonaise, le 17 juillet 2020.

Rose Christiane Ossouka Raponda, la Première ministre gabonaise, le 17 juillet 2020. © DR / Présidence gabonaise

Durement touché par la crise sanitaire, le pays pétrolier a vu son budget fortement amputé cette année. Le Gabon muscle son équipe ministérielle dédiée à l’économie, après l’arrivée de la nouvelle cheffe du gouvernement.

Le nouveau gouvernement, formé le 17 juillet, a voulu jouer la carte de la sécurité pour les portefeuilles et les postes liés à l’économie. En cette période de coronavirus, le pays pétrolier doit faire face à un budget réduit de 10 %. De la continuité avec Jean-Marie Ogandaga à l’Économie, et des renforts de poids à des postes clé comme Sosthène Ossoungou Ndibangoye qui arrive dans un ministère à nouveau détaché de l’Économie, le ministère du Budget, ou encore l’influente Madeleine Berre, nommée porte-parole du gouvernement.

  • Jean-Marie Ogandaga reconduit à l’Économie

Après avoir changé plusieurs fois de casquettes, l’homme politique gabonais devient ministre de l’Économie en 2018. Portefeuille qu’il conserve dans le cadre du remaniement, et pour lequel l’intitulé est quelque peu modifié : ministre de l’Économie et de la Relance.  Ce haut fonctionnaire a longtemps été directeur de la solde et est expert dans les questions de gestion de la fonction publique.

Il a mené plusieurs audits de la fonction publique et a été cheville ouvrière de certaines privatisations comme celle de Gabon Télécom. Son entrée au gouvernement en 2016 en tant que ministre de la Fonction Publique s’inscrit en cohérence avec son parcours.

Dans le contexte de la crise sanitaire, son ministère est particulièrement en avant s’agissant des mesures d’accompagnement pour les PME, alors que le budget du pays dépendant des revenus pétroliers a été réduit de 10 % cette année.

À noter, la division du portefeuille Finance en un département Économie (chargé de la mobilisation de ressources) et un département Budget (chargé des dépenses) n’est pas anodine. Depuis 2009 et l’arrivée du président Ali Bongo, ces deux portefeuilles étaient séparés, ce qui pour certains générait un manque de synergie entre ces deux portefeuilles complémentaires, d’après un bon connaisseur des institutions gabonaises.

C’est sous l’impulsion de Brice Laccruche Alihanga, l’ancien directeur de cabinet du président gabonais, que ces deux portefeuilles ont été associés en un seul ministère de l’Économie et des Finances avec, toujours selon notre source, pour premier titulaire l’homme de confiance de Brice Laccruche en matière économique, le banquier Roger Owono Mba, ancien patron de la Banque gabonaise de développement. Ce dernier a été interpellé dans le cadre de l’opération Scorpion qui vise officiellement à « l’assainissement des finances publiques gabonaises », et se concentre sur les proches de l’ancien directeur de cabinet du président.

À la suite de cette opération, Jean-Marie Ogandaga, qui détenait le portefeuille de l’Économie uniquement, récupère le portefeuille consolidé ressources et dépenses.

  • Sosthène Ossoungou Ndibangoye, un ancien directeur du Trésor au nouveau ministère du Budget

L’ancien ministère de l’Économie et des Finances s’est à nouveau scindé en deux, avec d’un côté l’Économie et de l’autre le Budget et les Comptes Publics. Et l’ex-ministre délégué à l’Économie, Sosthène Ossoungou Ndibangoye, en sort « gagnant » en décrochant le portefeuille du Budget.

Décrit comme un technocrate, de caractère « introverti » par un collègue ayant travaillé sous sa direction, Ossoungou Ndibangoye a été directeur général du Trésor jusqu’en juin 2019. Il a été remplacé dans ses fonctions par le banquier d’affaires Franck Yann Koubdje, qui a fait carrière à la BGFI Bank.

  • Madeleine Berre : une figure du patronat gabonais nommée porte-parole du gouvernement

Autre figure féminine au côté de la Première ministre Rose Ossouka Raponda, Madeleine Berre devient porte-parole du gouvernement. Diplômée de la Sorbonne en droit des sociétés commerciales, elle a commencé sa carrière dans les cabinets d’audit PwC et Deloitte – elle a notamment été DG du cabinet Deloitte Juridique et Fiscal au Gabon -, avant d’être plébiscité à la tête de la Confédération patronale gabonaise (CPG) de 2013 à 2015.

Madeleine Berre a la réputation d’être une femme à poigne, qui a su représenter une organisation d’environ 300 entreprises générant à elles seules près de 80 % du PIB national et employant 90 % des salariés du privé. Elle a succédé à ce poste à Henri-Claude Oyima, une autre figure du patronat gabonais.

Depuis son entrée en politique il y a cinq ans, la fille de la présidente par intérim du Gabon en 2009, Rose Francine Rogombé, enchaîne les portefeuilles ministériels. Elle incarne toutefois une forme de stabilité dans le département Emploi et Formation Professionnelle du ministère du Travail, où le turnover des ministres a été très important – allant jusqu’à quatre ministres en un an dans le cas de la formation professionnelle entre 2017 et 2018.

En parallèle de ses nouvelles fonctions de porte-parole du gouvernement, Madeleine Berre conserve donc le ministère du Travail rebaptisé « ministère de l’Emploi, de la Fonction Publique, du Travail et de la Formation Professionnelle ».

  • Nicole Roboty-Mbou: l’ex-directrice général adjointe de la Dette fait son entrée à l’Économie

Le poste de ministre déléguée auprès du ministre de l’Économie et de la Relance, a également été attribué à une femme : Nicole Janine Lydie Roboty, épouse Mbou.

Décrite par le nouveau porte-parole de la présidence, Jessye Ella Ekogha, comme une « économiste très expérimentée » et « appréciée des partenaires internationaux du Gabon », Nicole Roboty-Mbou était auparavant directrice général adjointe de la Dette.

Nommé le 22 juillet administratrice générale de la Zone économique à régime privilégié (ZERP) de Nkok, zone économique spéciale du Gabon, Anne Nkene Biyo’o était déjà adjointe de l’ex-administrateur Igor Simard.

Située à 27 km de Libreville, la vaste zone économique spéciale de Nkok rassemble de nombreuses industries de transformation du bois. Créée en 2010 en partenariat public-privé (PPP) entre l’entreprise singapourienne Olam et l’État gabonais, la ZERP est récemment passée sous la gestion du holding Arise, via sa branche Arise Integrated Industrial Platforms (IIP).

Conseiller à la présidence de 2011 à 2017, Igor Simard avait été nommé administrateur de la zone de Nkok en 2019. Il a été promu en juin dernier directeur d’Arise IIP et IS (Infrastructure Services) au Gabon, et directeur général de l’aéroport international de Libreville.

  • Hugues Mbadinga Madiya et Carmen Ndaot reconduits au Commerce et aux Investissements

Au ministère du Commerce, des Petites et Moyennes Entreprises, et de l’Industrie, le ministre Hugues Mbadinga Madiya, a conserve ses fonctions. Cet ancien directeur de cabinet de l’ex-Premier ministre Julien Nkoghe Bekale était devenu ministre des Transports en novembre 2019, puis du Commerce début décembre 2019. Ces remaniements intervenaient en pleine opération anti-corruption Scorpion, qui a évincé du pouvoir les proches de Brice Laccruche.

La ministre Carmen Ndaot a également conservé son poste pour le ministère en charge de la Promotion des Investissements, des Partenariats Publics-Privés, Chargé de l’Amélioration de l’Environnement des Affaires. Diplômée de droit des entreprises à l’université de Clermont-Ferrand, en France, elle a longtemps été responsable au sein de la compagnie de téléphonie Azur Gabon, elle a aussi été ministre des PME.

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