Politique

[Tribune] Palestine : la lettre ouverte de Lakhdar Brahimi à ses amis arabes pour contrer Trump et Netanyahou

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Mis à jour le 24 juillet 2020 à 14h05

Par  Lakhdar Brahimi

Ancien ministre des Affaires étrangères algérien.

Donald Trump et Benyamin Netanyahou, à la Maison Blanche, le 28 janvier 2020.

Donald Trump et Benyamin Netanyahou, à la Maison Blanche, le 28 janvier 2020. © Susan Walsh/AP/SIPA

L’ancien ministre algérien des Affaires étrangères Lakhdar Brahimi ne se résout pas à voir abandonnée la cause palestinienne face aux conséquences du « deal du siècle ».

Diverses personnalités du monde arabe se sont associées pour déposer prochainement une pétition auprès de plusieurs organisations internationales (ONU, OMC, Ligue arabe, Union africaine, Union européenne, etc.). L’objectif : (ré-)affirmer leur opposition au plan de paix américain de janvier 2020, dit « deal du siècle », censé résoudre le conflit israélo-palestinien. JA reproduit ici le message que Lakhdar Brahimi, l’ancien médiateur de l’ONU, a pris l’initiative d’adresser à ces figures du monde arabe pour les mobiliser.

« J’adresse cette lettre aux amis arabes – anciens responsables gouvernementaux, officiels, intellectuels et militants – dont j’ai réussi à rassembler les adresses. Mais, comme il apparaîtra plus loin, mon ambition est d’atteindre une audience plus large encore, dans le monde arabe et au-delà.

Je ne prête aucune attention aux affiliations politiques, quelles qu’elles soient. J’estime que ce que font les Israéliens et l’Administration américaine doit nous mener à mettre de côté nos divisions internes et les divisions entre États. Aussi, cette lettre parviendra à des personnes que je n’ai pas eu le privilège de rencontrer personnellement. Leurs noms me sont connus par leurs écrits, ou bien ils m’ont été suggérés par des amis communs.

Le Premier ministre israélien décide, l’Administration  américaine exécute

La dépossession brutale, systématique et continue par Israël du peuple palestinien atteint son paroxysme avec le soi-disant “deal du siècle”. Depuis des décennies, Israël bénéficie du soutien illimité des États-Unis en particulier, et des principaux gouvernements européens en général. Cet appui a désormais franchi la dernière limite : le Premier ministre israélien décide, l’Administration  américaine exécute.

« Accord du siècle ? »

Hébron, en Cisjordanie.

Hébron, en Cisjordanie. © SURROCA LAURA/SIPA

Dans quelle mesure cette dernière a-t-elle réellement contribué à la rédaction de cet accord du siècle ? Netanyahou s’est publiquement vanté d’avoir désigné une équipe entièrement israélienne qui s’est assurée avec zèle que le texte paraisse tel quel.

Le seul Américain à avoir un tant soit peu participé aux discussions de fond, selon les Israéliens, fut David M. Freedman, l’ambassadeur des États-Unis en Israël. Nous savons tous que l’homme est, a été, et demeurera un promoteur dévoué et un bailleur de fonds de la colonisation israélienne de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est.

Le but de cette lettre n’est pas de débattre des réactions des gouvernements arabes, et encore moins de leur prodiguer des recommandations. Mon objectif est de voir si, en tant qu’individus, nous pouvons agir ensemble. Et je crois que nous le pouvons.

Les Israéliens n’ont jamais daigné accorder la moindre attention au Plan de paix arabe

Les Israéliens n’ont jamais daigné accorder la moindre attention au Plan de paix arabe – pas même un commentaire sérieux, pour autant que je sache. Ils avaient leur propre plan, bien avant la déclaration de Balfour, en 1917 : ils ont créé leur État, et poursuivi avec constance l’application progressive de leur grand projet.

Impuissance du leadership palestinien

Je crois qu’à un certain moment, très tôt, les leaders israéliens ont été surpris de constater qu’ils seraient même en mesure de s’approprier toute la Palestine. Ils ont avancé en ce sens à pas de géant. Ces deux dernières années, ils ont franchi les deux marches les plus importantes : la loi sur l’État-nation juif et l’annexion de Jérusalem, du plateau du Golan et, à tout moment maintenant, de 30 % de la Cisjordanie.

Les Palestiniens sont bien trop faibles pour défier les menées israéliennes. Ils font ce qu’ils peuvent, et je crois qu’ils feront davantage encore. Les gouvernements arabes sont tout aussi faibles et seraient tout aussi inefficaces s’ils étaient désireux de faire quelque chose. Mon propos n’est pas de soulever ici le débat du manque d’unité des dirigeants palestiniens, ou celui de la désormais absence presque totale de coopération entre gouvernements arabes. La Ligue des États arabes ne peut pas prendre de position plus ferme que celle que ses membres lui permettent collectivement de prendre.

Officiels et intellectuels arabes peuvent parler haut et fort

Des officiels arabes à la retraite et des intellectuels seraient, à l’évidence, encore plus impuissants à mener par eux-mêmes la moindre action. Mais ils peuvent parler haut et fort. Et s’ils le font, ils seront entendus. Ils savent pertinemment que leurs vues seraient partagées par l’immense majorité des Arabes, qu’ils vivent dans leur pays ou ailleurs dans le monde.

Je suggère une déclaration qui ferait simplement le constat de l’impuissance du leadership palestinien et des gouvernements arabes face aux menées du Premier ministre Netanyahou et de l’Administration Trump. Mais qui affirmerait solennellement que nous, en tant qu’individus, et en tant que groupe, considérons ces actions – déjà condamnées par les Nations unies et par quasiment chacun de ses États membres – illégales et illégitimes.

Boycott, désinvestissement et sanctions

Elles sont et doivent rester nulles et non avenues. Nous soutenons avec force leur rejet par les dirigeants palestiniens et le peuple palestinien des Territoires occupés, de Jérusalem, de Gaza, d’Israël et de la diaspora. Nous soutenons aussi le droit du peuple palestinien à se battre contre cette insupportable injustice par tous les moyens à sa disposition. Nous soutenons en particulier le BDS [boycott, désinvestissement et sanctions] et appelons le monde entier à y prendre part activement, comme cela a été le cas contre l’apartheid en Afrique du Sud, avec le succès que l’on sait.

Permettez-moi d’insister : il s’agit ici d’une initiative strictement personnelle. Je suis convaincu que nous partageons tous les mêmes sentiments de colère et d’impuissance, que nous voyons tous que ce à quoi le peuple palestinien est soumis est injuste, totalement inacceptable et aussi humiliant pour lui que pour nous. »

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