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Champions du monde de l’escroquerie !

Plusieurs milliards de dollars extorqués chaque année via Internet : l’ingéniosité des aigrefins nigérians est décidément sans limites.

Depuis le 11 février, cinq Nigérians font face aux juges de la Haute Cour d’Abuja. Ils sont accusés d’avoir monté la « plus grosse escroquerie jamais réalisée dans le monde », selon Nuhu Ribadu, le président de la Commission de lutte contre les crimes économiques et financiers (EFCC). De fait, ils auraient dérobé 242 millions de dollars (190 millions d’euros) à une banque brésilienne, la Banco Noroeste. Nelson Sakaguchi, leur victime, n’était pourtant pas un novice. Directeur financier international, il avait trente-quatre ans de carrière derrière lui.
Le chef présumé de la bande se nomme Emmanuel Nwude. Il fut naguère le directeur et l’actionnaire majoritaire de l’Union Bank of Nigeria, un établissement connu dans le monde des affaires. Bien que tous les inculpés aient choisi de plaider non coupables, l’instruction a révélé une fraude de type « 419 », le numéro de l’article du code pénal nigérian qui la réprime. Elle consiste à abuser des étrangers en leur faisant miroiter des gains mirifiques en échange d’un coup de pouce financier à la réalisation d’une transaction.
En 1995, date du départ de l’affaire, Sakaguchi n’avait encore jamais entendu parler de ce genre d’escroquerie. Il s’est donc laissé convaincre que Nwude et ses acolytes avaient effectivement décroché un contrat pour la construction de l’aéroport international d’Abuja et n’a pas jugé suspecte la demande de prêt adressée à la Banco Noroeste et à d’autres établissements financiers. D’autant qu’une commission de 10 millions de dollars était censée rémunérer son rôle d’intermédiaire.
Pour concrétiser l’opération, il se rend au Nigeria, où il est présenté aux escrocs par l’un de ses amis, Hakim Ukeh, un homme d’affaires établi à Enugu depuis 1994. Nwude se présente comme étant Paul Ogwuma, le gouverneur de la Banque centrale du Nigeria. L’un de ses complices joue le rôle du vice-gouverneur chargé des opérations à l’étranger.
Le naïf Brésilien va réaliser de nombreux transferts de fonds pour financer ce projet imaginaire. Entre août 1995 et octobre 1997, il va notamment faire huit versements sur des comptes ouverts dans des banques nigérianes. Aisément localisé, cet argent a pu être bloqué par la Banque centrale. « L’affaire ne s’arrête pas à nos frontières, estime le président de l’EFCC. Ses ramifications mènent jusqu’au Royaume-Uni, en Suisse, aux États-Unis et même en Chine. »
L’élucidation de cette affaire est un beau succès pour les enquêteurs de l’EFCC. Elle devrait en outre contribuer à alerter le public international sur ce type d’escroquerie. Autrefois véhiculée par courrier postal ou par fax, les propositions frauduleuses connaissent depuis quelques années une nette recrudescence. Grâce à Internet. Des millions de courriels sont ainsi expédiés dans le monde entier à partir d’adresses « bidons ». Les agences internationales de contrôle bancaire estiment à plusieurs milliards de dollars par an le montant de ces escroqueries.
Il arrive que les malfaiteurs se présentent comme le fils ou la fille d’un dictateur déchu, offrant des fortunes à leurs interlocuteurs en échange de simples facilités administratives. Un courriel expédié par un certain Olusola Saraki, domicilié sur un serveur privé qui aboutit sur le site Internet de l’opérateur téléphonique indien Tata, illustre assez bien la tactique utilisée. « Je suis le fils du roi Saraki III, de l’État de Rivers, indique le message. J’ai hérité de 25 millions de dollars que je souhaiterais investir dans un pays plus sûr que le Nigeria. Je suis prêt à les transférer sur votre compte bancaire, pour que vous les placiez en mon nom. En échange de vos services, je vous verserai une commission de 20 %. »
Malheur à qui se laisse séduire ! Dès que les escrocs sont en possession du numéro de compte ou de carte bancaire de leur dupe, ils s’empressent d’en siphonner le contenu. C’est à peu près ce qui est arrivé à l’infortuné Nelson Sakaguchi et à la Banco Noroeste. Cette dernière est aujourd’hui en quasi-faillite.

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