Justice

Soudan : Omar el-Béchir, à l’heure d’un nouveau procès

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Mis à jour le 17 août 2020 à 11h09
Omar el-Béchir, dans la cage du tribunal de Khartoum, le 31 août 2019 (archives).

Omar el-Béchir, dans la cage du tribunal de Khartoum, le 31 août 2019 (archives). © Mohamed Nureldin Abdallah/REUTERS

L’ancien président soudanais était devant ses juges, ce lundi. Accusé d’avoir violé l’ordre constitutionnel lors du coup d’État qui l’a porté au pouvoir en 1989, il risque la peine de mort.

Omar el-Béchir a repris le 21 juillet le chemin du tribunal. Déjà condamné à deux ans d’emprisonnement pour corruption en décembre dernier, l’ancien président soudanais, destitué le 11 avril, doit cette fois s’expliquer sur le coup d’État qui l’a amené au pouvoir en 1989.

Accusé d’avoir violé à l’époque l’ordre constitutionnel, il risque, à 76 ans, la peine de mort. Seize autres personnes, civiles et militaires, sont également jugées, dont l’ancien vice-président Ali Osmane Taha et le général Bakri Hassan Saleh.

Près de 200 avocats

Pour ce procès sans précédent dans le pays un tribunal spécial de trois juges a été constitué, dont le président de la Cour suprême. Près de 200 avocats sont attendus pour défendre les accusés tout au long des prochaines semaines. Fidèle à sa ligne de défense, Omar el-Béchir devrait garder le silence, invoquant la prescription des faits.

L’audience de ce lundi, qui n’aura duré qu’une heure, a d’ailleurs été presqu’immédiatement levée en raison du nombre d’avocats présents. « La salle du tribunal n’est pas assez grande pour accueillir tous les avocats de la défense qui sont 191. Nous devons prendre des mesures pour permettre l’accueil de tous les avocats », a précisé le président du tribunal, qui a fixé la prochaine audience au 11 août prochain.

L’ex-dictateur, déchu après trois décennies au pouvoir, est également visé par deux autres procédures judiciaires. La première, pour laquelle il a été formellement accusé en mai 2019, et dont le procès se tiendra à Khartoum dans les prochains mois, porte sur la répression des manifestations qui ont entraîné sa chute.

La seconde, peut-être la plus emblématique, a été lancée depuis 2009 par la Cour pénale internationale (CPI) dans le cadre de la guerre du Darfour. Omar el-Béchir devra répondre de crimes de guerre et de génocide, dans ce conflit qui a fait plus de 300 000 morts et des millions de déplacés entre 2003 et 2008.

Si le pouvoir actuel à Khartoum s’est engagé en février à livrer l’ancien chef d’État à la CPI, il reste un doute quant à son extradition à la Haye, le Soudan ne reconnaissant toujours pas la CPI.

La prison de Kober

En attendant, Omar el-Béchir restera emprisonné derrière les murs en béton du centre de Kober, où il a été placé en détention au lendemain de sa chute. Tout un symbole, puisque c’est dans cette prison construite à Khartoum par le colonisateur anglais que l’ancien président faisait incarcérer ses opposants.

« Tous ses droits sont garantis, comme pour n’importe quel prisonnier, affirme une source judiciaire proche du dossier. Il n’a jamais été mis en cellule d’isolement, mais placé dans une aile de la prison, avec une douzaine de personnes également incarcérées suite au changement de régime ». En attendant, donc, son éventuel transfert aux Pays-Bas. Seule certitude, que ce soit à Kober ou à La Haye, Omar el-Béchir risque de passer de nombreuses années derrière les barreaux.

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