Diplomatie

Hospitalisation du roi saoudien et de l’émir du Koweït : quelles conséquences pour la région ?

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Le roi Salman, en mars 2020.

Le roi Salman, en mars 2020. © BANDAR AL-JALOUD/AFP

Les hospitalisations récentes du roi Salman, 84 ans, et de l’émir du Koweït, 91 ans, rappellent l’imminence de changements à la tête de plusieurs États du Golfe. L’axe Riyad-Abou Dhabi devrait en sortir renforcé.

Les États de la péninsule arabique ont beau compter une population plutôt jeune – l’âge médian des Saoudiens est ainsi de 30 ans –, ils sont pour la plupart dirigés par des chefs vieillissants, à la santé parfois chancelante, comme l’ont rappelé les hospitalisations consécutives du Roi Salmane d’Arabie et de l’émir du Koweït Sabah al-Ahmad al-Sabah.

La Saudi Press Agency (SPA) indique que le souverain saoudien, âgé de 84 ans, a été admis lundi dans un hôpital de la capitale Riyad, pour des tests médicaux liés à une inflammation de la vésicule biliaire. Au pouvoir depuis 2015, le roi Salman est le dernier monarque saoudien fils du fondateur du royaume, Abdelaziz Ibn Saoud.

Une photo de l'hôpital où le roi saoudien Salman a été admis le 20 juillet 2020.

Une photo de l'hôpital où le roi saoudien Salman a été admis le 20 juillet 2020. © AFP

Le 10 janvier dernier, c’est le sultan Qabous d’Oman qui disparaissait après un demi-siècle de règne, laissant la place à son cousin Haïtham ben Tariq, 65 ans. « Les Saoudiens se montraient lassés de la position de neutralité d’Oman, mais la stature du sultan Qabous et son image positive en Occident freinaient leurs attaques », analyse Quentin de Pimodan, analyste au Research Institute for European and American Studies (RIEAS) et spécialiste du Golfe.

Oman accusé de duplicité

Depuis la mort du sultan, les médias et les réseaux sociaux saoudiens et émiratis multiplient les critiques contre leur voisin ibadite – l’ibadisme est la troisième branche de l’islam –, l’accusant de complaisance vis-à-vis de l’Iran et de complicité dans la fourniture d’armements iraniens aux combattants houthis yéménites. De vieux extraits audios de conversation entre Mouammar Kadhafi et le ministre omanais des Affaires étrangères – Youssef al-Alawi, toujours en poste –, dans lesquelles le guide libyen évoque un complot contre les Saoud ont ainsi ressurgi ces dernières semaines pour mettre en exergue la supposée duplicité du sultanat.

Quant à l’émir du Koweït, le doyen des chefs d’États arabes à 91 ans, il a été hospitalisé samedi 18 juillet pour des tests médicaux, sans davantage de précision. L’été dernier, il avait déjà connu une importante baisse de forme et avait effectué un séjour dans un hôpital aux États-Unis. Dans l’attente de son rétablissement, ses pouvoirs ont été temporairement confiés à son frère, le cheikh Nawaf Al-Ahmad Al-Jaber Al-Sabah, prince héritier du Koweït et commandant adjoint des forces armées, âgé de… 83 ans.

Saoudiens et Émiratis ont la même impatience face à la neutralité du Koweït, qu’ils ménagent peut-être davantage au nom des liens tribaux et du fait du sunnisme de la famille régnante. »

À l’instar d’Oman, le Koweït s’est distingué dans la région par une active politique de médiation entre l’Iran, le Qatar, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. L’émir a d’ailleurs reçu des vœux de rétablissement de la part du Roi Salman, de l’émir du Qatar Tamim ben Hamad Al Thani et du ministre iranien des Affaires étrangères Javad Zarif.

Nouvelle génération

« Mais Saoudiens et Émiratis ont la même impatience face à la neutralité du Koweït, qu’ils ménagent peut-être davantage au nom des liens tribaux et du fait du sunnisme de la famille régnante », affirme Quentin de Pimodan. Les médias saoudiens proches du pouvoir pointent ainsi fréquemment la présence des Frères musulmans au Parlement koweïtien.

« L’affaiblissement de l’émir du Koweït pourrait ainsi ouvrir la voie à une pression saoudienne accentuée sur le petit émirat, d’autant que l’entourage du prince héritier saoudien, notamment le controversé Turki Al-Sheikh, a déjà adressé des critiques acerbes sur les liens entre le Koweït et le Qatar », poursuit Quentin de Pimodan. Doha subit depuis 2017 un blocus de la part de ses voisins émirati, saoudien et Bahreïn, qui l’accusent pêle-mêle de soutenir l’Iran, de financer le terrorisme et de déstabiliser le monde arabe.

Côté saoudien, la succession a déjà été bouclée avec la montée en puissance de Mohammed Ben Salman, le fils du roi âgé de 34 ans, qui a récupéré la plupart des leviers du pouvoir depuis 2015. « Mais le roi Salman conserve la haute main sur les dossiers internationaux importants. Il a ainsi calmé le jeu avec la Turquie après l’affaire Khashoggi, ou encore sifflé la fin de la récréation sur le statut de Jérusalem, rappelant la position historique de Riyad sur la question », explique Quentin de Pimodan.

L’avènement d’une nouvelle génération de dirigeants dans le Golfe, dans le sillage de Mohammed Ben Salman, devrait ainsi renforcer l’axe Riyad-Abou Dhabi et accélérer la recomposition des équilibres régionaux.

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