Transport aérien

Peut-on encore sauver Air Algérie ?

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Mis à jour le 20 juillet 2020 à 18h12
Un Boeing 737 de la compagnie Air Algérie (image d'illustration).

Un Boeing 737 de la compagnie Air Algérie (image d'illustration). © Alec Wilson / Flickr / CC

Plombé par une situation financière désastreuse, creusée depuis la crise sanitaire, le pavillon national espère un soutien de l’État pour se redresser.

35 milliards de dinars, soit 272 millions de dollars. C’est le montant des pertes que devrait afficher fin 2020 Air Algérie, si l’on en croit les propos samedi 18 juillet à Alger du nouveau ministre des Finances Aymane Benabderrahmane devant des hommes d’affaires et des représentants syndicaux, faisant le compte des pertes pour toutes les compagnies publiques.

Ceci constitue plus du double des pertes déclarées par le pavillon algérien en avril, s’élevant déjà à 16,31 milliards de dinars. « Des chiffres qui devraient être plus élevés que ça », craint un bon connaisseur de la compagnie, alors que 18 000 vols ont été annulés entre mars et début juin et alors que les frontières sont actuellement fermées jusqu’à nouvel ordre.

Deux-tiers des parts du marché des liaisons vers la France

30 à 40 % du programme de vols nominal devrait être assuré d’ici à la fin de l’année assure Amine Andaloussi, porte-parole de la compagnie, qui tablait en juin, auprès de l’agence de presse officielle APS, sur 89 milliards de dinars de manque à gagner cette année.

C’est que la crise sanitaire est tombée en plein milieu de deux périodes de pointe pour le remplissage des avions d’Air Algérie : le ramadan, qui s’est tenu cette entre le 23 avril et le 23 mai, et la saison des congés estivaux de juillet-août, traditionnel moment du retour des immigrés et des binationaux de France au pays.

Détenant 58 % de part de marché sur les liaisons vers l’Hexagone, son premier marché et sa principale source de revenus, Air Algérie est cinq fois plus sollicité à cette époque qu’en période creuse. Ce qui l’oblige même à affréter des avions …

Perfusion de l’État

Déjà mal en point depuis plusieurs années, la compagnie, qui n’a pas publié ses résultats depuis 2009, est sous perfusion permanente de l’État.  En 2017, même si le terme de « faillite », évoqué par la presse algérienne était balayé par le PDG Bakkouche Alleche, celui-ci confessait dans un courrier alarmiste « une situation des plus délicates, marquée par des résultats opérationnels négatifs […], un lourd endettement, une sérieuse dégradation de la trésorerie et de [la] capacité à investir » de la compagnie.

Sans plan stratégique défini et sans culture de la rentabilité, l’entreprise qui aurait accumulé en 2018 un déficit de 18 millions d’euros, souffre d’un sureffectif qui nuit gravement à sa compétitivité. Elle comprend près de 10 000 employés, soit le double de la Royal Air Maroc, qui possède une flotte de la même taille (56 appareils contre 61 pour la RAM).

Nous avons encore 65 milliards de DA de trésorerie. Et en dépit de la crise, nous avons des charges incompressibles que nous devons honorer

Propriétaire de ses avions, elle a dû continuer à régler le paiement de ses salariés et de son vaste réseau d’agents dans le monde. « Nous avons encore 65 milliards de DA de trésorerie. Et en dépit de la crise, nous avons des charges incompressibles que nous devons honorer, à savoir la maintenance des avions, la location des sièges, les charges des fournisseurs et prestataires et évidemment les salaires », soulignait en juin Amine Andaloussi à APS.

S’il est inimaginable qu’Alger ne vienne pas porter secours à son transporteur national, cela se fera cependant dans un contexte tendu inédit de division par deux du budget de l’État, sur fond de chute des rentrées pétrolières.

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