Diplomatie

Libye : la bataille pour Syrte aura-t-elle lieu ?

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Mis à jour le 21 juillet 2020 à 10h12
Des membres de l'ANL à Benghazi, en Libye, en juillet 2017.

Des membres de l'ANL à Benghazi, en Libye, en juillet 2017. © Esam Omran Al-Fetori/REUTERS

Alors que Le Caire se montre prêt à intervenir en Libye face à l’annonce d’une offensive du GNA sur Syrte, quelle est la part de bluff et de réalité dans ces menaces ? Éléments de réponse.

Les troupes du Gouvernement d’accord national (GNA), présidé par Fayez al-Sarraj ont commencé, le 18 juillet, à se diriger vers la ville de Syrte, située au nord-ouest du stratégique croissant pétrolier. Objectif : reprendre le contrôle de cette zone tenue par l’Armée national libyenne (ANL), dirigée par le maréchal Khalifa Haftar, et des combattants ayant des liens avec le groupe de sécurité privée russe Wagner.

Des commandants militaires du GNA ont ainsi déclaré qu’environ 200 véhicules sont en route depuis Misrata. À mesure que ces troupes se rapprochent de cette ville stratégique, la menace d’une confrontation entre les différentes factions rivales libyennes et leurs parrains internationaux prend de l’ampleur.

De fait, Le Caire, allié du maréchal Khalifa Haftar, étudie différentes options militaires pour contrer cette avancée des forces loyales au GNA et de son allié turc. Selon le média égyptien Al-Ahram, le Parlement égyptien doit se réunir lundi 20 juillet pour discuter de la situation militaire en Libye. Les débats devraient être suivis d’un vote mandatant le président al-Sissi à intervenir militairement en Libye.

« L’armée la plus puissante d’Afrique »

Lors d’une réunion le 16 juillet au Caire entre le président égyptien et des chefs de tribus libyennes, ces derniers lui ont demandé d’autoriser les forces armées égyptiennes « à intervenir pour protéger la sécurité nationale de la Libye et de l’Égypte ». Le président al-Sissi leur a promis son soutien, après l’approbation du Parlement égyptien intervenue lundi soir au Caire, à l’unanimité des députés, conformément à l’article 152 de la Constitution, qui stipule que le chef de l’armée ne peut envoyer des forces à l’extérieur ou déclarer la guerre sans demander l’avis du Conseil de la défense nationale et l’approbation de la majorité des députés du Parlement.

Dans une résolution adoptée le 13 juillet, la Chambre des représentants libyenne – sise à Tobrouk et soutenant les forces de l’ANL – avait demandé aux forces armées égyptiennes et libyennes de « coopérer pour garantir la défaite de l’occupant et préserver la sécurité nationale commune face aux dangers que représente l’occupation turque ».

Lors de sa rencontre avec les tribus libyennes jeudi, Abdel Fattah al-Sissi a déclaré que l’Égypte possède « l’armée la plus puissante de la région et d’Afrique ». Il a également répété que Syrte et Al-Jufra constituaient une ligne rouge pour l’Égypte, sans préciser les contours d’une éventuelle intervention égyptienne en territoire libyen.

Crainte d’une « guerre sans fin »

Le président al-Sissi a également déclaré que les forces armées égyptiennes poursuivront leur collaboration avec l’ANL, notamment par la formation des officiers et en fournissant des armes aux tribus de l’est libyen, pour la plupart soutiens des troupes de Khalifa Haftar. « Mais l’armée égyptienne est une force très sage, et elle n’est pas intéressée à monter des opérations d’occupation », a ajouté le président égyptien.

« L’Égypte sait que si elle envoie son armée de terre à Syrte, elle inaugurera en fait une guerre sans fin. »

Le scénario d’une intervention directe égyptienne laisse ainsi plusieurs observateurs sceptiques. « La Turquie a annoncé qu’elle intervenait ouvertement dans l’ouest de la Libye en décembre-janvier. Durant cette période de près de neuf mois, l’Égypte n’est pas intervenue pour contrer la Turquie , rappelle ainsi Jalel Harchaoui, politologue spécialiste de la Libye et chercheur à l’Institut Clingendæl de La Haye. Depuis fin mai, l’écrasante majorité du travail effectué afin de s’assurer que le GNA ne puisse pas prendre Syrte a été réalisée par Wagner, assisté de très près et avec enthousiasme par les Émirats arabes unis. »

Le député Hussein Abou Gad, membre du parti de la majorité parlementaire Mostaqbal Watan a estimé dans le média égyptien Al-Ahram que les menaces militaires égyptiennes ne se traduiront pas nécessairement par l’envoi de troupes en Libye ou par des missions de combat sur le territoire libyen.

« L’Égypte sait que si elle envoie son armée de terre à Syrte, elle inaugurera en fait une guerre sans fin dans un avenir prévisible. Le coût humain et financier peut déstabiliser un gouvernement qui a déjà plusieurs problèmes importants, dont la débâcle du barrage du Nil, la pandémie du coronavirus, une crise économique particulièrement douloureuse et la situation dans le Sinaï qui ne cesse de s’aggraver » prévient Jalel Harchaoui.

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