Justice

En Algérie, ces détenus VIP victimes du coronavirus

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Une fourgonnette transportant l'ancien Premier ministre algérien Abdelmalek Sellal arrive à la prison El Harrach d'Alger, en Algérie, le 13 juin 2019.

Une fourgonnette transportant l'ancien Premier ministre algérien Abdelmalek Sellal arrive à la prison El Harrach d'Alger, en Algérie, le 13 juin 2019. © ANIS/AFP

Alors que l’ex-ministre des Télécommunications, Moussa Benhamadi, est décédé en détention préventive vendredi 17 juillet après avoir contracté le coronavirus, l’état de santé de nombreux anciens hauts responsables incarcérés provoque l’inquiétude.

Les deux anciens Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal ont quitté, dimanche 19 juillet dans la matinée, le pavillon carcéral du CHU Mustapha-Pacha à Alger, après douze jours d’hospitalisation pour cause de contamination au Covid-19.

Les deux hommes occupaient des chambres mitoyennes à celle de l’ancien ministre des Télécommunications, Moussa Benhamadi, avant que celui-ci ne soit transféré, dans la nuit de jeudi à vendredi, au service des urgences médicales et mis sous respiration artificielle. Moussa Benhamadi y est mort le 17 juillet.

Placé en détention préventive le 19 septembre 2019, il était poursuivi dans une affaire supposée de corruption liée au groupe familial Condor, dirigé par son frère Abderahmane. Selon sa famille, il avait contracté le virus le 4 juillet. Mais ce n’est que neuf jours plus tard qu’il a été évacué en urgence vers une structure hospitalière.

L'ancien ministre algérien, Moussa Benhamadi, en 2012.

L'ancien ministre algérien, Moussa Benhamadi, en 2012. © FAROUK BATICHE/AFP

D’autres VIP atteints

L’ancien ministre des Travaux publics, de l’Agriculture et ex-wali de Tipaza Abdelkader Kadi serait lui aussi actuellement en soins intensifs. « Il est le seul ancien haut responsable actuellement à l’hôpital », affirme à Jeune Afrique une source médicale.

Abdelkader Kadi est poursuivi pour « octroi d’indus avantages » en faveur des enfants d’Abdelghani Hamel, l’ancien patron de la police nationale. Il leur aurait, selon le dossier judiciaire, affecté une assiette foncière de 14 000 m2, dans la localité de Douaouda (Tipaza), ce qui lui vaut son placement en détention préventive.

Ahmed Ouyahia, ancien Premier ministre d’Abdelaziz Bouteflika, a été mis sous oxygène tout au long de son séjour hospitalier. « Son état est désormais stabilisé », confie un proche. Âgé de 68 ans, il aurait contracté le Covid-19 lors de son déplacement au cimetière pour assister à l’enterrement de son frère et avocat, Laïfa Ouyahia.

Dès la confirmation de sa contamination, Ahmed Ouyahia a été mis sous traitement et placé en isolement au sein de la prison d’El Harrach. Mais son état a nécessité la poursuite des soins en milieu hospitalier. Souffrant déjà d’un cancer, l’ancien Premier ministre était apparu très fatigué lors de son audition au procès du patron de Cima Motors, Mahieddine Tahkout. Audition à l’issue de laquelle il avait été de nouveau condamné, le 15 juillet, à dix ans de prison ferme.

« Quarante-huit heures plus tard, son état s’est dégradé, au même titre que celui de l’ex-chef de gouvernement Abdelmalek Sellal, avec lequel il partageait le banc des accusés », avance un avocat. Déjà jugé pour trois affaires de corruption, Abdelmalek Sellal a écopé à chaque fois, en première instance, de dix à douze ans de prison. « Au-delà de l’affliction physique, il est très affecté moralement, ne supportant ni sa détention, ni ses multiples déplacements au tribunal », soutient sa défense.

La liste d’anciens hauts responsables détenus atteint du Covid-19 comprend également Amara Benyounes, ministre du commerce d’avril 2014 à juillet 2015, Youcef Yousfi, successivement ministre de l’Énergie et de l’industrie, ainsi que Hamid Melzi, qui régnait sur la société d’investissement hôtelier et de la résidence d’État Club des Pins, où sont logés les hauts fonctionnaires.

Selon nos informations, l’ancien ministre de la Justice Tayeb Louh a lui aussi été transféré au CHU Mustapha-Pacha le 14 juillet pour un scanner pulmonaire. « Tous ont fait un court séjour à l’hôpital dans le cadre de l’exploration habituelle, puis ont rejoint leur cellule. Leurs cas ne semblent pas préoccupants », assure un médecin.

Crainte d’une contagion de grande ampleur

Nabila Slimi, avocate du général à la retraite Ali Ghediri, a aussi confirmé la contamination de son client par le Covid-19, soutenant que son « état de santé est stable pour le moment ». À cause de la maladie, le candidat à la présidentielle avortée d’avril 2019, emprisonné à El Harrach depuis 13 mois pour entreprise de « démoralisation de l’armée », a dû mettre fin à sa grève de faim, entamée le 10 juillet comme ultime geste de protestation contre sa détention qu’il considère comme « politique ».

Craignant une contagion de plus grande ampleur, les autorités judiciaires ont fait passer des tests à plusieurs détenus.

Âgé de 87 ans, l’ancien ministre de la Solidarité nationale et secrétaire général du FLN, Djamel Ould Abbès, était lui très inquiet en raison de sa proximité récente avec Moussa Benhamadi lors d’une audition à la Cour suprême. Son test s’est révélé finalement négatif, selon sa défense.

Craignant une contagion de plus grande ampleur encore, les autorités judiciaires ont fait passer des tests à l’ancien patron de la police, Abdelghani Hamel, et aux anciens ministres Saïd Barkat, Amar Ghoul, Boudjemaâ Talai et Mahdjoub Bedda. Tous se sont révélés négatifs.

Selon nos informations, des grands patrons du secteur privé, notamment du BTP, ont eux aussi été évacués à l’hôpital au cours des derniers mois. Avant de revenir indemnes dans leurs cellules. La justice n’a à ce jour jamais communiqué sur le nombre de contagion en milieu carcéral. Mais la pression monte du côté des avocats.

Le bureau du conseil de l’ordre des avocats d’Alger presse le président et le procureur général de la Cour de la capitale de prendre des mesures urgentes pour enrayer les contaminations dans le milieu carcéral. De fait, des dizaines de membres d’équipe de défense et des employés d’établissements pénitenciers auraient aussi été contaminés.

L’Algérie connaît une recrudescence inquiétante des cas de coronavirus. Le 20 juillet, plus de 23 000 cas de Covid-19 avaient été officiellement enregistrés, dont 1 078 décès.

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