Diplomatie

Tchad : Amine Abba Siddick, le nouveau chef de la diplomatie choisi par Déby

Réservé aux abonnés | | Par - à N"Djamena
Mis à jour le 16 juillet 2020 à 14h14
Le ministre tchadien des Affaires étrangères, Amine Abba Sidick, ici au Palais de l'Elysée en octobre 2017.

Le ministre tchadien des Affaires étrangères, Amine Abba Sidick, ici au Palais de l'Elysée en octobre 2017. © Photo by LUDOVIC MARIN / AFP

Nommé ministre des Affaires étrangères et de l’Intégration africaine à la faveur du remaniement du 14 juillet, Amine Abba Siddick était jusque-là ambassadeur du Tchad à Paris. Portrait de ce diplomate discret choisi par Idriss Déby Itno.

C’est l’un des principaux changements au sein de l’exécutif tchadien. Le 14 juillet, Idriss Déby Itno a remanié son gouvernement, qui compte désormais 35 membres. Amine Abba Sidick, qui était jusque-là ambassadeur du Tchad à Paris, a été nommé ministre des Affaires étrangères, où il succède à Mahamat Zene Chérif qui, lui, devient ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement.

En prenant les rênes de la diplomatie tchadienne, Amine Abba Siddick, sexagénaire plutôt taiseux mais très cultivé, selon ses proches, hérite dans l’immédiat d’un premier dossier important. Le 20 juillet, les pays membres de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) vont en effet désigner le vice-président et les commissaires de la Communauté, au cours d’un sommet par vidéoconférence.

Le Tchad, qui brigue la vice-présidence et plusieurs postes de commissaires, aura fort à faire : il ne reste que sept des onze places à prendre. Le nouveau ministre des Affaires étrangères d’Idriss Déby Itno devra démontrer ses talents de diplomate.

G5 Sahel et crise en Libye

Il lui faudra ensuite prendre à bras-le-corps les dossiers sahélo-saharien, principale préoccupation des États de la région et leurs partenaires occidentaux, aux premiers rangs desquels l’opérationnalité du G5 Sahel au sein duquel le président Tchadien ne souhaite plus envoyer des troupes et la crise Libye où la communauté internationale peine à imposer la paix.

Il aura aussi l’occasion de défendre un sujet dont la diplomatie tchadienne a fait l’une des ses priorités depuis plusieurs années : le placement de ressortissants Tchadiens à des postes clefs au sein des organisations internationales.

Un père fondateur du Frolinat

Fils d’Abba Siddick, l’un des pères fondateurs du Front national de libération du Tchad (Frolinat), le mouvement politico-militaire qui a pris les armes dès 1966 contre  François Tombalbaye, le père de l’indépendance, Amine Abba Siddick a passé sa jeunesse à Abéché dans l’Est du Tchad. Le lycée Franco-arabe de cette ville, ouvert sur le monde oriental a formé la plupart des cadres originaires de l’Est et du Nord du Tchad.

« Du fait de l’engagement de son père, il a passé une grande partie de son enfance avec ses oncles jusqu’au bac », raconte un de ses camarades de lycée. Pour la même raison, il n’obtiendra pas de bourse pour ses études à l’étranger et devra patienter jusqu’en 1976 après le coup d’État contre Tombalbaye avant de pouvoir partir du Tchad pour des études supérieures.

C’est à Dakar, à l’Université Cheikh Anta Diop qu’il entamera des études de mathématiques sanctionnées au début des années 1980 par une maîtrise. Il n’en délaisse cependant pas pour autant les humanités et la littérature. « C’est un rat de bibliothèque. Il a des tonnes de livres », témoigne un de ses compagnons à l’Université Cheikh Anta Diop qui est resté son ami.

Son père, qu’il n’a pas beaucoup vu pendant ces années où le Tchad était plongé dans la guerre civile, devenu ministre de l’Éducation nationale d’Hissein Habré, lui rend visite sur le campus en 1983.

Les premiers pas en politique

Embauché à la fin de ses études par l’État de Côte d’Ivoire comme enseignant, il s’installe au pays d’Houphouët Boigny, d’où il rejoint la dissidence contre le régime d’Habré qui sera renversé par Idriss Déby le 1er décembre 1990.

C’est sous Idriss Déby que le nouveau chef de la diplomatie tchadienne va faire ses premiers pas sur la scène politique. Conseiller, puis directeur de cabinet du chef de l’État, il ne quittera plus les cercles du pouvoir. Idriss Déby l’enverra ensuite défendre les intérêts du Tchad en tant qu’ambassadeur, au Proche et au Moyen-Orient, qui deviennent ses terrains de prédilection. Il a ambassadeur été plénipotentiaire en Egypte, en Syrie et au Liban.

Rentré au pays, il ne tardera pas à refaire ses valises pour Malabo, où il a été nommé secrétaire général de la Commission interparlementaire de la Communauté économique des états de l’Afrique centrale. De retour au pays, il est nommé ambassadeur du Tchad en France, en mars 2017.

Rapprochement avec Paris

Le Tchadien Idriss Déby Itno et le Français Emmanuel Macron lors du sommet sur l'immigration avec les dirigeants européens et africains, à Paris, le 28 août 2017.

Le Tchadien Idriss Déby Itno et le Français Emmanuel Macron lors du sommet sur l'immigration avec les dirigeants européens et africains, à Paris, le 28 août 2017. © Alfonso Jimenez/SIPA

À la rue des Belles-Feuilles, le siège de l’ambassade du Tchad dans le XVIIIème arrondissement de Paris, le diplomate plutôt réservé a travaillé à maintenir les relations entre N’Djamena et l’Élysée, où venait de s’installer Emmanuel Macron.

Et entre Idriss Déby Itno et ce dernier, les relations ont parfois été en dents de scie. Surtout lorsque, pendant la campagne électorale de 2017, le chef de l’Etat Tchadien a reçu dans son village natal la candidate du Front national, Marine Le Pen…

Mais désormais, il n’y a – presque – plus de nuages. Et c’est l’un des principaux artisans de ce réchauffement qu’Idriss Déby Itno a choisi comme nouveau chef de la diplomatie tchadienne.


Le nouveau gouvernement tchadien, nommé par un décret du 14 juillet 2020

Ministre d’Etat, ministre secrétaire général de la Présidence de la République : Kalzeubé Payimi Deubet

Ministère des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Tchadiens de l’étranger : Amine Abba Sidick

Ministre de la sécurité publique et de l’immigration : Mahamat Tahir Orozi

Ministre de l’Administration du territoire et des Collectivités autonomes : Mahamat Ismael Chaibo

Ministre de la Communication, porte-parole du Gouvernement : Mahamat Zene Cherif

Ministre délégué à la Présidence, chargé des armées, des anciens combattants et des victimes de guerre : Mahamat Abali Salah

Ministre de la Santé publique et de la Solidarité nationale : Dr. Abdoulaye Sabre Fadoul

Ministre de la Justice, garde des sceaux, chargé des droits humains : Djimet Arabi

Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation : David Houdeingar Ngarimaden

Ministre de l’Economie, de la Planification du développement et de la Coopération internationale : Dr. Issa Doubragne

Ministre des Finances et du Budget : Tahir Hamid Nguilin

Ministre des Postes et de l’Economie numérique : Dr. Idriss Saleh Bachar

Ministre des Infrastructures et des Transports : Ahmat Abakar Adjid

Ministre de l’Education nationale et de la Promotion civique : Aboubakar Assidick Tchoroma

Ministre de l’Energie : Mme. Ramatou Mahamat Houtouin

Ministre de la Fonction publique, du Dialogue et de l’Emploi social : Ali Mbodou Mbodoumi

Ministre de la Formation professionnelle et des Métiers : Mme. Achta Ahmat Breme

Ministre du Développement industriel, Commercial et de la Promotion du secteur privé : Lamine Moustapha

Ministre de l’Hydraulique urbaine et rurale : Mme. Tahani Mahamat Hassan

Ministre de la Jeunesse et des Sports : Routouang Mohamed Ndonga Christian

Ministre du Pétrole et des Mines : Oumar Torbo Djarma

Ministre de l’Aménagement du territoire, du développement de l’Habitat et de l’Urbanisme : Mme. Amina Ehemir Torna

Ministre de l’Agriculture : Abdoulaye Diar

Ministre de l’Aviation civile et de la Météorologie nationale : Sebgué Nandeh

Ministre de l’Élevage et des Productions animales : Ahmat Mahamat Bachir

Ministre de l’Environnement et de la Pêche : Brahim Mahamat Djamaladine

Ministre du Développement touristique, de la Culture et de l’Artisanat : Patalé Geo

Ministre de la Femme et de la Protection de la petite enfance : Mme. Amina Priscille Longoh

Ministre secrétaire générale du gouvernement, chargée des relations avec l’Assemblée nationale et de la Promotion du bilinguisme dans l’administration : Mme. Mariam Mahamat Nour

Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères : Mme. Eveline Fakir Kanassawa

Secrétaire d’Etat à la Santé et à la Solidarité nationale : Dr. Djiddi Ali Sougoudi

Secrétaire d’Etat à l’Education nationale et à l’Education civique : Moustapha Mahamat Talko

Secrétaire d’Etat aux Finances et au Budget : Mme. Alix Naimbaye

Secrétaire d’Etat à l’Economie, de la Planification du développement et de la Coopération internationale : Dr. Abderahim Younous

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