Cinéma

Cinéma : « Abou Leïla », sur la piste d’un mystérieux terroriste

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Deux amis policiers à la recherche d'Abou Leïla, un terroriste.

Deux amis policiers à la recherche d'Abou Leïla, un terroriste. © UFO distribution

Avec « Abou Leïla », sorti en France le 15 juillet, le réalisateur Amin Sidi-Boumédiène signe un film peu banal sur deux policiers à la poursuite d’un homme dans le désert algérien.

Disons-le d’emblée : Abou Leïla n’est pas un film difficile d’accès, mais c’est assurément un long-métrage qui ne ressemble à aucun autre et qui ne s’adresse pas au spectateur épris de rationalité ou d’intrigue claire. Son déroulement peut sans doute être évoqué en s’en tenant à une histoire simple, sinon linéaire.

Après un attentat sanglant, au milieu des « années noires » de la terrible décennie 1990 en Algérie, deux amis policiers, partent dans le désert à la recherche d’un dangereux terroriste nommé Abou Leïla, aussi insaisissable qu’un fantôme.

Le spectateur est invité à suivre leurs pérégrinations, entre scènes inattendues et épisodes violents. Mais ce bref résumé du scénario sous forme réaliste ne rend guère compte de ce que l’on voit à l’écran.

Mélange des genres

Pour son premier long-métrage, Amin Sidi-Boumédiène n’a pas hésité à traiter d’une façon très personnelle la guerre civile qu’a connue son pays à travers un film peu banal. D’abord parce qu’il n’éclaircit jamais les mystères qui sont au centre de l’histoire. S’il existe vraiment, qui est cet Abou Leïla, ce terroriste dont on ne verra le visage inquiétant que grâce à une photo d’identité et que poursuivent, on ne sait trop pourquoi car ils ne semblent pas chargés d’une mission, les deux policiers, l’un d’entre eux étant manifestement un déséquilibré en plein délire, pour ne pas dire un fou ? Et pourquoi le traque-t-on dans le désert alors même qu’on ne saura jamais où il est et que les lieux explorés sont indéfinis ?

Ensuite parce que le film n’appartient à aucun genre particulier, ou plutôt mélange les genres. Thriller ? Film d’aventures ? Western ou road-movie saharien ? Voyage au bout de la folie ? Regard sur la violence ? Histoire d’amitié entre deux hommes peu diserts, mais à la forte personnalité bien que fragiles ? Fable métaphysique ? Performance onirique et à l’occasion surréaliste ? Abou Leïla est, finalement, tout cela à la fois.

Images fortes

Il s’agit donc, on l’a compris, d’une œuvre ambitieuse pour rendre compte de façon métaphorique de cette période tragique de l’histoire de l’Algérie que le réalisateur a vécue alors qu’il était adolescent. Et qui a marqué à jamais toute une génération, la sienne, celle qui n’a pas connu la très meurtrière guerre d’indépendance, mais qui a subi pendant une décennie une guerre civile qui n’a jamais dit son nom, qui fut d’une violence inouie et qui n’a toujours pas livrée tous ses secrets.

Et c’est sans doute  justement parce que cette séquence historique reste nimbée de mystère que Amin Sidi-Boumédiène a choisi d’encercler allégoriquement son sujet – Abou Leïla ne serait-il pas que le nom du chaos dans lequel a plongé l’Algérie dans les années 1990 ? – plutôt que de le traiter de face.

Sans jamais ennuyer grâce à la succession de péripéties qui rythment l’avancée de l’histoire avec deux comédiens excellents, mais aussi et surtout grâce à son évident talent de cinéaste qui nous vaut des scènes très prenantes et des images fortes et souvent de toute beauté.

Déjà auteur de courts-métrages très prometteurs, il avait séduit les spectateurs à Cannes, où son film était présenté dans la section parallèle de la Semaine de la critique en 2019. Il refera parler de lui.

 

 

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