Politique

Algérie : pourquoi les anciens Premiers ministres Sellal et Ouyahia sont hospitalisés

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Mis à jour le 20 juillet 2020 à 10h59
Abdelmalek Sellal et Ahmed Ouyahia, en mars 2016, à Alger.

Abdelmalek Sellal et Ahmed Ouyahia, en mars 2016, à Alger. © Farouk Batiche / AFP

Incarcérés depuis juin 2019, les deux anciens Premiers ministres algériens souffrent du coronavirus.

Condamné le 15 juillet à une nouvelle peine de dix ans de prison dans l’affaire Mahieddine Tahkout, l’ex-Premier ministre Abdelmalek Sellal n’était pas présent à l’énoncé du verdict. Le procureur a justifié son absence par son hospitalisation.

Transféré à la fin du mois de mai à la prison de Koléa, où il occupe une cellule individuelle mitoyenne à celle de l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia, il a en effet admis dans la soirée du 9 juillet à l’hôpital Mustapha-Pacha après avoir fait un malaise.

Sellal positif au coronavirus

Il a quitté cet établissement vers 4 heures du matin, après avoir reçu les premiers traitements, mais a été de nouveau admis le 12 juillet dans le service infectiologie, dans un état de fatigue générale. Des tests ont alors montré qu’il est atteint du Covid-19.

Si son entourage familial confirme son infection et sa présence au CHU Mustapha-Pacha, elle affirme que son état de santé s’est légèrement amélioré. Son avocat, Mourad Khader, lui a également brièvement rendu visite le 16 juillet dans le jardin de l’hôpital.

Pour le moment, on ignore comment Sellal a été contaminé. A-t-il été infecté au tribunal, où il a été appelé à comparaître, ou en prison ?

Quoi qu’il en soit, d’autres avocats qui se rendaient régulièrement à El Harrach, où il était précédemment incarcéré, confiaient déjà avant cette hospitalisation que le détenu de 71 ans était amaigri et moralement très affecté par son incarcération et ses multiples condamnations. Déjà jugé dans trois autres affaires, il a écopé à chaque fois d’une peine de 12 ans d’emprisonnement.

Selon Mourad Khader, Sellal a d’ailleurs pris la décision de boycotter le reste de son procès. « C’est bon ! Je n’en peux plus ! », lui aurait-t-il dit.

Invoquant un « harcèlement judiciaire », l’avocat estime que les conditions pour une justice équitable et impartiale ne sont pas réunies. « Sellal est un commis de l’État qui a exercé ses fonctions dans un cadre précis, explique-t-il. En aucun cas les faits qui lui sont reprochés ne revêtent un caractère pénal. »

Sellal ne reviendrait sur sa décision que s’il devait être jugé devant la Haute cour de l’État, conformément à l’article 177 de la Constitution, et non par un tribunal ordinaire. Sauf que cette juridiction, qui doit juger le chef de l’État pour « haute trahison » et le Premier ministre pour « crimes et délits » commis dans l’exercice de leurs fonctions n’a pas encore été créée.

Ouyahia hospitalisé en oncologie

Les soucis de santé d’Ahmed Ouyahia, 68 ans, également condamné dans trois affaires différentes, sont encore plus sérieux. Il souffre d’un cancer diagnostiqué au printemps 2019, à l’époque où il était encore à la tête de l’exécutif. Peu de temps après son incarcération, le 12 juin 2019, il avait été autorisé à consulter son médecin mais avait manqué deux séances de soins qu’il devait effectuer dans un hôpital d’Alger.

Évacué le 9 juin à l’hôpital Mustapha-Pacha, Ouyahia y était encore le 15 juillet.

Après avoir gardé le secret sur sa maladie, Ahmed Ouyahia l’a finalement révélée devant le juge du tribunal de Sidi M’Hamed, à Alger, dans le cadre du procès Mahieddine Tahkout. Le 9 juin, lors d’une audience, l’ex-Premier ministre a été évacué au service oncologie de l’hôpital Mustapha-Pacha. Il s’y trouvait encore le 15 juillet en raison de la détérioration de son état de santé.

Selon plusieurs sources judiciaires, Ouyahia aurait lui aussi été testé positif au coronavirus. Il l’aurait vraisemblablement contracté lors des obsèques de son frère – qui était également son avocat, -auxquelles il a assisté le 22 juin, des menottes aux poignets.

Contacté par Jeune Afrique, son avocat Amine Benkraouda confirme l’hospitalisation de son client, mais dit ignorer s’il est atteint du Covid-19. « Son état de santé est bon », affirme-t-il.

Également poursuivi dans l’affaire Tahkout, l’ancien ministre de l’Industrie Youcef Yousfi, âgé de 78 ans, était absent à l’audience du 15 juillet en raison de son état de santé.

Selon des sources médicales, deux autres anciens ministres qui font l’objet de poursuites judiciaires ont également été admis à l’hôpital Mustapha-Pacha pour y passer des scanners pulmonaires, suite à des soupçons de contamination au Covid-19.

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