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Arab News, la nouvelle arme du soft power saoudien pour conquérir les francophones

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Mis à jour le 16 juillet 2020 à 11h47
Les tombes du site archéologique d'Al-Hijr, à Madain Saleh.

Les tombes du site archéologique d'Al-Hijr, à Madain Saleh. © Eric Lafforgue/AFP

Deux ans après l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, le groupe de médias détenu par la famille royale saoudienne lance Arab News en français pour renouer avec les francophones et redorer l’image du royaume. 

Après Arab News Pakistan en 2018 et Arab News Japon en 2019, le pouvoir saoudien a lancé, à l’occasion de la fête nationale française, le 14 juillet, la troisième édition numérique internationale du principal quotidien panarabe de langue anglaise, Arab News, en francais.

Propriété de la famille royale, le média saoudien porte le point de vue de Riyad et se veut la voix d’une Arabie saoudite « ouverte et moderne », selon la vision du prince héritier Mohammed Ben Salmane.

C’est le président de Djibouti, Ismaïl Omar Guelleh, qui a annoncé le lancement officiel du site lors d’un webinaire. « Guelleh est aussi francophone, il est donc un bon lien entre la France et le royaume. Et les Saoudiens disposent d’une grande influence sur lui », explique Quentin de Pimodan, analyste au Research Institute for European and American Studies (RIEAS). Ce spécialiste du Golfe rappelle également que « la plus grande base militaire française à l’étranger se trouve dans les eaux territoriales de Djibouti ».

« Les relations entre nos deux nations [Djibouti et l’Arabie saoudite] ont dépassé le cours classique des échanges entre gouvernements et ont maintenant atteint tous les niveaux d’échanges, y compris le secteur privé, auquel appartient Arab News », a déclaré le président djiboutien. Une relation bilatérale solide s’est en effet forgée entre l’Arabie Saoudite et la petite République depuis l’indépendance de cette dernière, en 1977, et les deux pays sont aujourd’hui liés par de nombreux intérêts communs.

Rapprochement culturel

Également présents lors du lancement du site, le ministre saoudien de l’Information par intérim, Majid al-Qasabi, le rédacteur en chef du groupe Arab News, Faisal Abbas, et l’ambassadeur de France à Riyad, François Gouyette, ont tous insisté sur le rapprochement culturel entre le royaume et la France.

Le ministre des Affaires étrangères, Adel al-Jubeir, qui a notamment mené une campagne médiatique pour défendre le prince héritier dans le contexte de l’assassinat de Jamal Khashoggi, a qualifié Arab News en français de « port de communication entre un média arabe indépendant et les lecteurs en langue française, partout dans le monde ».

La journaliste réputée Randa Takieddine est nommée au poste de correspondante en chef à Paris

Le quotidien, basé à Riyad, a annoncé la nomination de la journaliste réputée Randa Takieddine au poste de correspondante en chef à Paris. Elle connaît bien le milieu des médias français, puisque depuis 1974, elle a été chef de bureau de plusieurs médias panarabes à Paris et a réalisé de nombreux reportages pour Al-Hayat ou Annahar. Elle a été décorée de la Légion d’honneur, qui lui a été remise personnellement par le défunt président Jacques Chirac.

« Elle sera assistée par une équipe de reporters hautement qualifiés à Paris et dans d’autres pays arabes et africains francophones », a précisé Faisal Abbas.

Cette journaliste chevronnée sera-t-elle simplement chargée de promouvoir le point de vue de Riyad ? « Je ne pense pas que Rania Takieddine soit une marionnette », commente simplement Quentin de Pimodan.

Redorer l’image saoudienne

Quoi qu’il en soit, le royaume et son leadership ont, à l’évidence, besoin de redorer leur image à l’international. Le drame humanitaire yéménite, l’emprisonnement de militants, l’assassinat de Jamal Khashoggi et la politique impulsive d’un prince héritier qui se montre pourtant volontiers libéral et moderne, ont quelque peu fait pâlir son étoile.

« Le pays souffre en effet d’une très mauvaise réputation accentuée par le meurtre de Khashoggi et la guerre au Yémen, confirme Quentin de Pimodan. L’idée d’axer sur le monde francophone et pas seulement la France est une façon de s’opposer à la narration turque, qui réussi à augmenter son influence dans certaines régions, notamment en Afrique. »

Par ailleurs, Riyad est engagé dans une guerre de communication avec son voisin et rival qatari. Depuis 1996, la chaîne Al-Jazeera relaie efficacement son approche des problématiques régionales.

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