Économie

Décryptage : Isabel dos Santos perd face à l’Angola dans un litige à 850 millions de dollars

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Mis à jour le 17 juillet 2020 à 09h49
Nouveau revers pour la fille de l'ancien président angolais, devant le tribunal arbitral de Paris cette fois.

Nouveau revers pour la fille de l'ancien président angolais, devant le tribunal arbitral de Paris cette fois. © Paulo Duarte/AP/SIPA

Une décision d’un tribunal arbitral donne raison à la présidence Lourenço contre la fille de l’ancien chef de l’État angolais dans un conflit sur l’attribution controversée d’une concession portuaire.

Dans le bras de fer qui oppose depuis plusieurs mois Isabel dos Santos à la présidence Lourenço, cette dernière vient de remporter une victoire. Selon une décision à laquelle Jeune Afrique a eu accès, un tribunal arbitral a donné raison à l’État angolais dans un différend qui l’oppose à la société Atlantic Ventures, en partie détenue par la fille de l’ancien président José Eduardo dos Santos, sur l’attribution polémique d’une concession portuaire située au nord de la capitale Luanda, à Barra do Dande.

Dans le document de 66 pages, daté du 10 juillet, le tribunal arbitral se déclare incompétent pour trancher le litige, rejoignant ainsi la position défendue par les autorités angolaises. Celles-ci expliquent que, malgré la tenue d’échanges entre les deux parties sur la concession, aucun contrat ni aucune clause sur le règlement d’un éventuel différend n’ont été signés, rendant impossible l’exercice d’une justice arbitrale, une argumentation validée par le tribunal.


>> > Lire aussi notre dossier Angola : le déclin de l’empire dos Santos <<<


Ce dernier condamne en outre Atlantic Ventures à payer 132,8 millions de kwanzas (environ 228 000 dollars) aux autorités angolaises, correspondant au remboursement des frais engagés dans la procédure.

Extrait de la décision du tribunal arbitral de Paris rendue le 10 juillet dernier.

Extrait de la décision du tribunal arbitral de Paris rendue le 10 juillet dernier. © Jeune Afrique

Une décision qui « donne raison à l’État angolais »

Atlantic Ventures, dont Isabel dos Santos est actionnaire, voulait, au contraire, voir le litige tranché par une instance arbitrale et réclamait 850 millions de dollars d’indemnisation après l’annulation par le président João Lourenço, arrivé au pouvoir en 2017, de la concession octroyée par José Eduardo dos Santos.

La présidence Lourenço a salué dans un communiqué du 13 juillet, une décision qui « donne raison à l’État angolais », soulignant qu’elle a été « prise à l’unanimité et qu’elle n’est susceptible d’aucun autre recours ».

Peu après, la société Atlantic Ventures a réagi via l’agence de relations publiques portugaise LPM Comunicação, qui s’occupe également de la communication d’Isabel dos Santos. Contestant la lecture de la décision faite par les autorités angolaises, Atlantic Ventures a refusé de parler d’une « défaite ».

Second revers sur ce dossier

Si le tribunal arbitral n’a pas statué sur le fond du dossier, à savoir la validité du retrait de la concession portuaire devant donner lieu à un projet d’1,5 milliard de dollars, sa décision de se déclarer incompétent barre la route à la volonté d’Atlantic Ventures de régler le litige en dehors des tribunaux angolais.

Ce revers intervient après un premier échec. En juin 2018, la Cour internationale d’arbitrage de la Chambre de Commerce Internationale (ICC Paris), qui avait été saisie par Atlantic Ventures, s’était déclarée incompétente pour trancher le litige. C’est ce refus qui avait entrainé l’ouverture d’une demande d’arbitrage ad hoc, via le tribunal arbitral qui vient de statuer.

L’attribution de la concession portuaire de Barra do Dande à Atlantic Ventures, décidée par un décret présidentiel signé par José Eduardo dos Santos quelques jours avant de quitter le pouvoir en septembre 2017, avait déclenché de vives critiques dans le pays, alimentant les soupçons récurrents de népotisme et de mauvaise gouvernance. Le décret en question avait été annulé par un autre décret présidentiel, celui-ci signé de la main de João Lourenço, en juin 2018.

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