Politique

Au Mali, l’implication de la force antiterroriste dans la répression en question

Réservé aux abonnés | | Par - à Bamako
Mis à jour le 15 juillet 2020 à 15h15
Lors de la manifestation anti-IBK, le 10 juillet 2020 à Bamako.

Lors de la manifestation anti-IBK, le 10 juillet 2020 à Bamako. © REUTERS/Matthiew Rosier

Des hommes de la Force spéciale antiterroriste (Forsat) ont été déployés face aux manifestants à Bamako lors des affrontements qui ont fait au moins 12 morts et 164 blessés. Qui en a donné l’ordre ? La polémique monte au Mali.

Quelques jours après les manifestations anti-IBK qui ont fait au moins douze morts et 164 blessés, et alors que les leaders de la contestation réunis au sein du  Mouvement du 05 juin – Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) ont prévu d’organiser un meeting de « recueillement », ce vendredi à Bamako, la polémique ne cesse d’enfler sur l’implication d’éléments de la Force spéciale antiterroriste (Forsat) dans la répression.

Mardi, dans un courrier confidentiel adressé au ministre de la Sécurité intérieure, Salif Traoré – démissionnaire depuis le 11 juin dernier – estampillé « urgent », Amadou Ousmane Touré, directeur de cabinet du Premier ministre Boubou Cissé, a adressé des demandes d’explications dans des termes fermes.

Qui a décidé de « l’engagement » de la Forsat ?

« Il m’est revenu  de constater que la Force spéciale antiterroriste rattachée au ministère de la Sécurité et de la protection civile a été déployée lors des opérations de maintien d’ordre du 10 juillet 2020 et jours suivants, pour appuyer les unités des forces de sécurité déployées dans le cadre  de la sécurisation des manifestations de désobéissance civile par le M5-RFP », constate notamment le directeur de cabinet du Premier ministre, avant d’exiger un rapport sur «  les raisons de l’engagement de la Forsat, l’autorité ayant ordonné son engagement et le respect ou non de la procédure prévue en la matière ». L’authenticité de ce courrier, qui a fuité sur les réseaux sociaux, alimentant d’autant la polémique, a été confirmée à Jeune Afrique par un cadre de la primature.

Dénoncé d’abord par les membres du M5-RFP, le déploiement de ces militaires face aux manifestants a également été pointé du doigt par le Parena, pourtant l’un des partis membres de la majorité présidentielle. Dans un communiqué publié le 12 juillet, le parti de Tiébilé Dramé, le ministre des Affaires étrangères, exprimait ainsi « sa vive préoccupation devant les violences qui ont entrainé pertes en vies humaines » et déplorait « le détournement des missions de la Force spéciale anti-terroriste ».

Boubou Cissé indexé

Dans l’opposition et au sein de la coalition M5-RFP, les critiques se concentrent sur le Premier ministre. « Boubou Cissé ne peut plus rester à la primature, il a du sang sur les mains », estime ainsi Issa Kaou Djim, l’un des leaders du M5-RFP qui avait été arrêté lors des manifestations du week-end dernier avant d’être remis en liberté par les autorités.

Créée aux lendemains des attaques terroristes ayant frappé Bamako en 2015 – à La Terrasse en mars, puis çà l’hôtel Radisson Blu en novembre – la Forsat « a une compétence nationale et n’intervient que sur ordre du Ministre de la Sécurité », précise le décret du 22 mars 2016 portant création de la Force spéciale antiterroriste. Elle « est chargée de lutter contre le terrorisme sous toutes ses formes. Aucune autre mission de Sécurité ne peut lui être assignée », insiste encore le texte. Composée d’unités d’élite déjà existantes auparavant au sein de la police, de la gendarmerie et de la garde nationale – le Groupe d’intervention de la police nationale (GIPN), le Peloton d’intervention de la gendarmerie nationale (PIGN) et les Forces spéciales de la garde nationale – , la Forsat compte 180 hommes au total.

« Les gens se trompent et ne font pas la différence entre le GIPN et la Forsat. Le GIPN est une des composantes de la Forsat. Ce dernier est sorti faire du maintien de l’ordre durant les dernières manifestations, car c’est l’une de ses missions. Mais la Forsat, elle, n’a jamais été déployée. Elle s’occupe uniquement de missions antiterroristes et seul le ministre de la Sécurité a autorité sur elle. Or il n’y en a pas pour l’instant » a assuré à Jeune Afrique un gradé de la Forsat.

Ce n’est pas la première fois, depuis sa création, que cette unité antiterroriste est pointée du doigt pour son implication dans le maintien de l’ordre face à des manifestations. En juin dernier, le Front pour la sauvegarde de la démocratie (FSD, qui regroupe les partis de l’opposition), avait déjà affirmé que des unités de la Forsat avaient été déployées à Sikasso face aux manifestants protestant contre les résultats des législatives proclamés par la Cour constitutionnelle.

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