Santé

Coronavirus : le calvaire de milliers d’Algériens toujours bloqués à l’étranger

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Mis à jour le 15 juillet 2020 à 16h46
À l'aéroport d'Orly, des Algériens sur le point de prendre un vol d'Air Algérie, le 19 mars 2020.

À l'aéroport d'Orly, des Algériens sur le point de prendre un vol d'Air Algérie, le 19 mars 2020. © Marc CHAUMEIL/Divergence

Depuis la prise de mesures sanitaires en mars, de nombreux Algériens en voyage à l’étranger ne peuvent rentrer. Dans l’attente d’une solution de rapatriement, ils doivent parfois se débrouiller par eux-mêmes.

« Pas encore de rapatriement, pas d’autorisation pour les Algériens de rentrer chez eux. Nous sommes donc bien coincés », confie Mohamed, 33 ans, consultant en digital. En Indonésie depuis quatre mois, il fait partie des citoyens algériens bloqués à l’étranger depuis le 17 mars, date de l’annonce de la fermeture des frontières terrestres et maritimes et de l’espace aérien algérien pour cause de pandémie de Covid-19.

Arrivé à Jakarta à la fin février pour une mission professionnelle, Mohamed devait rentrer à Alger à la fin du mois de mars. « Mais j’ai été surpris par la fermeture soudaine des frontières » qui a eu lieu « sans même notifier les ressortissants algériens encore partout dans le monde, sans même leur laisser de délais pour rentrer. »

Sans ressources

Une cinquantaine d’Algériens sont bloqués en Indonésie, entre Jakarta et Bali, selon Mohamed, qui a établi des contacts avec certains d’entre eux. Ils ne savent pas quand ils pourront rentrer. Mais les autorités indonésiennes ont informé les ressortissants étrangers détenteurs du « visa d’urgence » – qui leur a jusque là permis de rester dans le pays – qu’ils devront partir avant le 13 août sous peine de sanctions.

Des milliers d’autres Algériens sont bloqués aux États-Unis, en France, en Arabie saoudite, au Qatar, en Turquie, en Malaisie ou encore en Afrique du Sud. En plus d’être loin de leurs familles, ils se retrouvent parfois sans ressources pour se nourrir ou se loger.

Pour répondre à cette situation, les autorités algériennes ont mis en place une plateforme en ligne et des vols spéciaux avaient permis de rapatrier près de 13 000 ressortissants à la mi-juin, selon un bilan officiel.

Hafid, un musicien de 38 ans, est lui parti au Maroc au début de mars pour des vacances. Après la fermeture de l’espace aérien (les frontières étant fermées depuis 1994), il s’est retrouvé bloqué à Marrakech après avoir raté un premier vol de rapatriement le 19 mars.

Avec deux compatriotes, Hafid a d’abord loué un appartement en attendant de pouvoir rentrer. Mais « après le ramadan, nous n’avions plus d’économies pour renouveler la location. L’ambassade nous a trouvé un logement et nous a soutenu financièrement », explique-t-il. Après plus de deux mois, il a pu prendre un vol de rapatriement le 30 mai.

L’ambassade à Jakarta a appelé ces « naufragés » à se faire connaître. Mais aucun vol n’a été organisé.

Ces efforts n’ont cependant pas permis d’aider tout le monde. « Je suis un cas particulier car je suis pris en charge par ma société, indique Mohamed. Mais d’autres groupes, à Jakarta ou à Bali, n’ont pas cette chance. » Livrés à eux-mêmes sans savoir quand ils pourront rentrer chez eux, ils se retrouvent déprimés et démoralisés. « Deux couples sont arrivés à Bali pour leur lune de miel. Elle s’est transformée en cauchemar… », raconte-t-il.

L’ambassade algérienne à Jakarta a appelé ces « naufragés » à se faire connaître en vue d’un éventuel rapatriement, mais aucun vol n’a été organisé à ce jour. Pour Mohamed, même l’ambassade a été surprise par la décision soudaine de fermer les frontières et n’avait pas de ressources pour prendre en charge les ressortissants bloqués.

« À la fin du ramadan, ils ont reçu un budget et ont pu loger tout le monde dans des hôtels, mais ça n’a duré que vingt-cinq jours. Et il n’y a pas eu de nouveau versement du ministère des Affaires étrangères », ajoute-t-il.

Manifestations et hashtag

Pour beaucoup de ces citoyens bloqués, la situation est devenue intenable. Certains ont donc organisé des rassemblements, par exemple devant le consulat algérien à Montréal le 2 juillet ou devant l’ambassade à Paris le 6 juillet, pour réclamer leur rapatriement.

Sur les réseaux sociaux, les témoignages et les appels au rapatriement se multiplient.

D’autres ont exprimé leur frustration sur les réseaux sociaux. Taoufik Makhloufi, champion olympique du 1500 mètres, bloqué à Johannesburg où il s’était rendu dans le cadre d’un stage de préparation, s’est d’abord fait discret avant de s’indigner.

« Presque quatre mois que je suis bloqué en Afrique du Sud… Ni rapatriement, ni quelque chose qui y ressemble de la part de l’État algérien. Ça me prouve que je n’ai aucune valeur, ni comme citoyen algérien ni comme champion olympique qui a honoré le drapeau national », a-t-il écrit sur son compte Twitter le 4 juillet.

Sur Twitter, le hashtag #rapatriementalgerie lancé le 13 juillet rassemble ainsi des centaines de témoignages et des appels adressés aux autorités.

Celles-ci ont de leur côté annoncé que les frontières resteront fermées jusqu’à nouvel ordre. « L’État est attaché à préserver la santé de ces citoyens et à les rapatrier dans les meilleurs délais et conditions », a affirmé en conférence de presse le porte-parole de la Présidence algérienne, Belaïd Mohand-Oussaïd.

Tenir le coup

En attendant d’être rapatrié, Mohamed continue de survivre à Jakarta, tant bien que mal, sans savoir quand il pourra rentrer en Algérie. « J’ai tissé des liens d’amitié avec des Algériens qui résident en Indonésie. Ils me traitent comme leur petit frère et me donnent plein de conseils sur la vie ici », explique-t-il.

Ces nouvelles amitiés lui permettent de tenir le coup. « Au début, je me faisais beaucoup plus de souci pour ma famille que pour ma propre personne. Étant loin, je paniquais pour eux à cause de la pandémie », confie-t-il aujourd’hui.

L’expérience, bien qu’angoissante, lui a aussi permis de « repenser le sens » de sa vie. « Tu as tout le temps de le faire quand tu te retrouves confiné dans un pays où tu ne connais personne », confie Mohamed.

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