Religion

Guinée : l’imam qui conduisait la prière en malinké interdit de prêche

Réservé aux abonnés | | Par - à Conakry
Une rue de Kankan, capitale de la Haute-Guinée, en juillet 2014 (image d'illustration).

Une rue de Kankan, capitale de la Haute-Guinée, en juillet 2014 (image d'illustration). © Creative Commons / Flickr / Maarten van der Bent

L’imam Nanfo Ismaël Diaby, dont les prêches en malinké provoquent la désapprobation de la ligue islamique, a été interdit par l’État de conduire la prière en Guinée. Sa moquée avait été saccagée en début de semaine.

Nanfo Ismaël Diaby fait de nouveau parler de lui. Il y a un an, durant le ramadan 2019, cet imam de Kankan, capitale de la Haute-Guinée et deuxième ville du pays, jetait un pavé dans la marre islamique guinéenne en dirigeant la prière dans sa langue maternelle : le malinké. La ligue islamique, qui entend faire respecter l’obligation de conduire la prière dans la langue arabe, avait alors suspendu Nanfo Ismaël Diaby.

Ce dernier s’était depuis fait oublier. Jusqu’à ce que de nouvelles prières dans sa langue maternelle, malgré sa suspension, ne lui valent d’être convoqué le 11 juillet par le préfet de Kankan, Amara Lamine Soumah. Selon les proches de l’imam, ce dernier a ensuite été placé en garde à vue avec dix de ses partisans.

Les autorités ont nié toute interpellation de l’imam. « Nous n’avons pas interpellé Nanfo Ismaël Diaby, il nous a été confié par l’autorité administrative, a réagi le commissaire central de police de la ville, Abdoulaye Sano, joint par Jeune Afrique. On m’a dit : prenez-le et demain matin vous le ramenez. C’est tout ce que je sais ». Aucun motif juridique n’avait été communiqué pour justifier que l’imam soit confié à la police.

Interdit de conduire la prière

« Le préfet, qui est en poste depuis peu, a convoqué Nanfo Ismaël Diaby à son bureau, en présence des représentants de la ligue islamique. Ne connaissant pas l’influence de l’imam, il s’en est directement pris à lui, lui reprochant de conduire la prière en malinké, explique Sory Cissé, proche de l’imam. Il a ensuite donné la parole à la ligue islamique, qui a formulé le même reproche. Pendant sa convocation, Diaby a introduit son tour de parole par une prière de remerciement à Dieu en malinké. Ce qui a énervé le préfet, qui a appelé la police ».

L’imam a finalement été libéré lundi 13 juillet, après l’intervention du gouverneur de Kankan, Sadou Keita. Le préfet et le maire de la commune urbaine de Kankan étaient injoignables pour s’exprimer sur cette affaire.

Celle-ci fait grand bruit. Réuni pour trancher le litige mercredi, le secrétariat général des affaires religieuses – structure étatique en charge des religions – a décidé d’interdire Nanfo Ismaël Diaby d’officier la prière sur toute l’étendue du territoire.

Mosquée dégradée

De son côté, Nanfo Ismaël Diaby semble camper sur ses positions. Juste après sa libération le 13 juillet, un de ses partisans a ainsi publié une photo le montrant en train de diriger la prière dans sa famille en malinké.

Nulle part, le Livre Saint n’interdit de prier dans une autre langue ».

« C’est parce que le prophète était arabe que le Coran a été révélé dans cette langue », justifiait l’an passé à JA celui qui se présente comme un imam “guérisseur naturaliste”. Nulle part, le Livre Saint n’interdit de prier dans une autre langue. Le prophète non plus. Il a dit : “Priez comme vous m’avez vu prier”. Il a prié dans sa langue, nous devons le faire dans nos langues aussi ».

Sa doctrine suscite de vives oppositions. À tel point que plusieurs personnes non identifiées s’en sont prises le 13 juillet à sa mosquée, située dans le quartier Bordeaux, la démolissant en partie. Ses proches confient également que les pare-brises de deux de ses voitures ont été brisés. « Nous accusons la ligue islamique, qui avait déjà menacé de détruire la maison de Nanfo Ismaël Diaby », affirme Sory Cissé, annonçant que l’imam et ses partisans entendent porter plainte.

Interdit de prière en public

Des accusations démenties par la ligue. « Ce sont les jeunes du quartier qui ont attaqué la mosquée. Ils sont excédés de voir Nanfo Ismaël Diaby faire prier en malinké et lui intiment d’arrêter cela, réagit de son côté Ibrahima Kalil Kaba, secrétaire chargé de la communication de la ligue islamique de Kankan, contacté par Jeune Afrique.

« Il a transformé un lieu de prière familiale en mosquée, en lui adjoignant un minaret, dénonce de son côté Ibrahima Kalil Kaba. Il a commencé à y célébrer la prière du vendredi. Or, tout le monde sait que c’est un docteur et enseignant de l’alphabet N’ko (système de transcription des langues malinkés). Nous ne connaissons pas d’imam en N’ko et ne reconnaissons pas sa mosquée. Il peut diriger la prière dans sa famille, mais pas en public, avec une sonorisation. En conséquence, il ne peut pas non plus diriger la prière du vendredi ».

Des injonctions qui ne semblaient pas préoccuper l’imam outre mesure. En début de semaine, Nanfo Ismaël Diaby et ses proches faisaient savoir qu’ils envisageaient de demander aux fidèles de contribuer à la réfection de sa mosquée dégradée.

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