Politique

Côte d’Ivoire : dans les coulisses de la discrète démission de Daniel Kablan Duncan

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Mis à jour le 15 juillet 2020 à 13h41
Alassane Ouattara (dr.) et Daniel Kablan Duncan après la démission de ce dernier du poste de Premier ministre, le 9 janvier 2017, à Abidjan.

Alassane Ouattara (dr.) et Daniel Kablan Duncan après la démission de ce dernier du poste de Premier ministre, le 9 janvier 2017, à Abidjan. © Issouf Sanogo/AFP

Le secrétaire général de la présidence ivoirienne a annoncé ce 13 juillet la démission de Daniel Kablan Duncan. Voici pourquoi le vice-président a quitté son poste.

Selon nos informations, Alassane Ouattara (ADO) a finalement accepté le 8 juillet la démission pour « convenance personnelle » de Daniel Kablan Duncan, son vice-président et dauphin constitutionnel. Ce dernier l’avait officiellement notifié de sa décision par courrier dès le 27 février.

Le chef de l’État a gardé cette information secrète, n’en informant qu’une petite poignée de fidèles. La crise était latente entre les deux hommes.

Toujours selon nos informations, Daniel Kablan Duncan avait remis une première lettre de démission à ADO en juin 2018 , après avoir tenté sans succès de rapprocher le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) et son président Henri Konan Bédié du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Ce dernier avait en effet menacé de quitter la coalition au pouvoir.

Hué lors d’un bureau politique du PDCI en 2018, il s’était senti humilié. ADO, qui avait refusé d’accepter sa demande, s’était par la suite opposé à la création de son parti PDCI-Renaissance au sein du RHDP.

De plus en plus ambitieux

L’ancien vice-président, dont l’influence sur les ministres transfuges du PDCI d’Henri Konan Bédié se réduisait, devenait surtout de plus en plus ambitieux depuis son élection au poste de député de Grand-Bassam en 2016. Il espérait succéder au chef de l’État, en étant désigné candidat du RHDP.  Marcel Amon Tanoh, l’ancien ministre des Affaires étrangères, le poussait en ce sens.

Mais ce choix était impossible pour ADO : non seulement Daniel Kablan Duncan a le même âge que lui (ils ont respectivement 78 et 77 ans), mais il n’a pas de réelle base électorale. Sans compter que le PDCI-Renaissance pèse peu et qu’il n’avait pas la préférence du Rassemblement des républicains (RDR), majoritaire au RHDP.

Alassane Ouattara lui a fait part de ces difficultés, que Kablan Duncan a comprises, tout en lui expliquant se sentir mal à l’aise au sein de la nouvelle hiérarchie au sommet de l’État.

Ses relations avec le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, décédé le 8 juillet, étaient en effet devenues difficiles. Plusieurs dossiers que pilotait le vice-président avaient été transférés à ce dernier et à Patrick Achi, le secrétaire général de la présidence : le Millenium Challenge Account Côte d’Ivoire (MCA-CI) ou les questions cruciales liées à la santé (et notamment au VIH-Sida) et à l’eco, la future monnaie unique.

Ultime conseil présidentiel

Fin février, de retour d’un voyage à Mougins, dans le sud de la France, Alassane Ouattara lui a fait part de son choix de ne pas briguer de troisième mandat et de faire désigner Amadou Gon Coulibaly, candidat du RHDP pour la présidentielle d’octobre. Une décision difficile à accepter pour Daniel Kablan Duncan.

Mais le président ne voulait pas créer de rupture avec son vice-président, avec lequel il a continué à discuter afin de tenter de le raisonner. Il a envoyé auprès de lui plusieurs émissaires dont le roi de Grand Bassam, Awoulae Tanoe Amon, et le ministre de la Défense Hamed Bakayoko. De son côté, Nanan Aka Boni III, la reine mère des Baoulés, a dépêché un représentant.

ADO a même autorisé le vice-président à présider un ultime conseil présidentiel le 8 juillet, aux côtés d’Amadou Gon Coulibaly, de Patrick Achi et d’Hamed Bakayoko. Mais cette réunion a fait rejaillir les tensions entre Gon Coulibaly et Kablan Duncan. Cela a contraint le chef de l’État à signer le décret de démission de ce dernier, son ami depuis plus de quarante ans.

Enfin, dans la matinée du 13 juillet, le vice-président a été reçu en audience par Alassane Ouattara au Palais présidentiel, puis a regagné son domicile sans assister au Conseil des ministres extraordinaire, qui a acté le déconfinement des membres du gouvernement.

Lors de cette réunion, le chef de l’État les a informés de la démission du vice-président, tout en leur promettant de leur donner davantage de détails ultérieurement.

Tandis que le prochain Conseil des ministres se réunira le 29 juillet, les deux hommes doivent se revoir prochainement pour envisager la suite.

 

 

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3093_600b devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte