Dossier

Cet article est issu du dossier «Présidentielle en Côte d'Ivoire : le décès d'Amadou Gon Coulibaly rebat les cartes»

Voir tout le sommaire
Politique

Amadou Gon Coulibaly et Alassane Ouattara, trente ans d’amitié

Réservé aux abonnés | | Par
Amadou Gon Coulibaly reçu par le président Ouattara lors de sa nomination comme Premier ministre, en janvier 2017.

Amadou Gon Coulibaly reçu par le président Ouattara lors de sa nomination comme Premier ministre, en janvier 2017. © Thierry Gouegnon/REUTERS

Le 8 juillet 2020, le président Alassane Ouattara a perdu son Premier ministre, Amadou Gon Coulibaly, et l’un de ses plus fidèles compagnons.

« Pour conclure, monsieur le Président, je voudrais vous dire que je vous aime. » Cette phrase qui concluait un bref échange entre Alassane Ouattara et Amadou Gon Coulibaly, jeudi 2 juillet 2020 à l’aéroport Félix Houphouët-Boigny de Port-Bouët, n’a échappé à personne.

De retour après deux mois de convalescence à Paris, le Premier ministre ivoirien signait ainsi, avant l’heure, la fin d’une palpitante et longue histoire d’amitié, une fidélité de trois décennies.

Tout commence en novembre 1990. Lorsque Alassane Ouattara est nommé Premier ministre par Félix Houphouët-Boigny, Amadou Gon Coulibaly fait partie des premières personnes qu’il appelle à ses côtés.

Responsable des études économiques et financières à la Direction du contrôle des grands travaux (DCGTX, aujourd’hui Bureau national d’études techniques et de développement – BNETD), le fils du patriarche Gbon Coulibaly de Korhogo, compagnon d’Houphouët, est nommé conseiller technique à la Primature, chargé, entre autres, des grands dossiers de projets d’investissements. Dès lors, les deux hommes ne vont plus jamais se quitter.

Premier acte de fidélité

En 1994, Gon fait partie des membres fondateurs du Rassemblement des républicains (RDR) d’Alassane Ouattara et fait son entrée au comité central du parti.

Quand son mentor quitte la Côte d’Ivoire dirigée par Henri Konan Bédié, son grand rival à la succession d’Houphouët au sein du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), pour rejoindre le FMI, Gon doit choisir entre la DCGTX, où il est revenu prendre le poste de directeur général adjoint, et son militantisme au RDR.

Il retient la seconde option. C’est son premier véritable acte de fidélité à Ouattara. En octobre 1999, il est même arrêté par la police avec Henriette Diabaté, alors secrétaire générale du RDR, après des violences au cours d’une manifestation contre le régime Bédié. Condamné à deux ans de prison, il en sortira deux mois plus tard à la faveur du coup d’État du général Robert Gueï.

L’épreuve du Golf Hôtel

Alassane Ouattara renverra l’ascenseur à son compagnon de lutte en 2003, à l’issue des accords de Linas-Marcoussis, signés en France entre les rebelles qui contestent le pouvoir de Laurent Gbagbo et les différents partis politiques ivoiriens. Il le fait alors nommer ministre d’État dans le gouvernement de réconciliation nationale de Gbagbo.

Pendant la crise postélectorale, Gon est le confident attitré de Ouattara.

Sept ans plus tard, lorsque la crise postélectorale éclate, le député-maire de Korhogo s’impose comme le confident attitré de Ouattara, alors claquemuré, avec son équipe et ses alliés du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), au Golf Hôtel d’Abidjan. « Cette époque autant que cette épreuve resserrent leurs liens », souligne le journaliste Fernand Dédeh.

Après la chute de Gbagbo, Gon est logiquement nommé par Ouattara secrétaire général de la Présidence. Le président attire la lumière, tandis que son cadet de dix-sept ans reste dans l’ombre.

Un rempart face à Soro

À ce poste, Gon encaisse les coups destinés à son mentor, et en donne sans doute pour le défendre. Nommé Premier ministre, sans surprise, en janvier 2017, à la place de Daniel Kablan Duncan, nommé à la vice-présidence, Gon sert de rempart à Ouattara face à un Guillaume Soro par trop ambitieux, entré en dissidence au RHDP et allié de Bédié qui, lui aussi, a quitté le navire du pouvoir.

En mai 2019, « le lion » – comme l’appellent ses partisans en dépit de sa santé toujours fragile, sept ans après une opération du cœur -, descend dans le pays profond pour effacer les traces encore fraîches laissées par Soro. Dans certaines localités du Nord, l’ancien président de l’Assemblée nationale a multiplié les estocades contre Ouattara.

À Dabakala, Gon met en garde celui qui est alors considéré comme son principal rival dans le Nord (les deux sont natifs du pays sénoufo) : « Certains hommes politiques savent que nous allons régler les problèmes et ils parcourent le pays pour faire croire aux populations que c’est parce qu’ils sont eux-mêmes allés ici et là que le gouvernement a fait telle ou telle chose. Il faut leur dire qu’ils n’ont ni la capacité ni la compétence de faire injonction au gouvernement pour faire quoi que ce soit ».

« Candidat naturel »

Naturellement, c’est lui que Ouattara désigne, en mars, candidat à la présidentielle d’octobre 2020, en dépit de l’opposition de certains de ses proches comme Marcel Amon-Tanoh (qui finira par démissionner du ministère des Affaires étrangères) et au détriment d’Hamed Bakayoko, le puissant, sportif et ambitieux ministre de la Défense.

Ouattara salue « la mémoire d’un homme d’État de grande loyauté »

Le chef de l’État ne tarit pas d’éloges sur son fidèle compagnon : « C’est un grand travailleur qui fait par ailleurs preuve de beaucoup d’humilité. Cela fait trente ans qu’il travaille à mes côtés (…). Humainement, professionnellement et politiquement, en matière de compétences comme d’expérience, il réunit toutes les qualités nécessaires pour être le candidat naturel de notre formation », avait-il confié en mars, dans une interview à Jeune Afrique.

Mercredi, quelques heures après le décès de son ami, victime d’un malaise en conseil des ministres, il a salué « la mémoire d’un homme d’État de grande loyauté, de dévouement et d’amour pour la patrie » qui incarnait « cette jeune génération de cadres ivoiriens de grandes compétences et d’extrême loyauté à la nation ».

Alertes & newsletter Jeune Afrique

Soyez alertés en temps réel et recevez chaque jour par email les infos à ne pas manquer !

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3093_600b devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte