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« Génération Ocasio-Cortez », ces activistes qui veulent faire tomber Donald Trump

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Mis à jour le 13 juillet 2020 à 12h19
Alexandria Ocasio-Cortez lors d'un meeting de Bernie Sanders, à New York.

Alexandria Ocasio-Cortez lors d'un meeting de Bernie Sanders, à New York. © Preston Ehrler/SOPA Images/Sipa

Le journaliste de Mediapart Mathieu Magnaudeix nous emmène à la rencontre des nouveaux activistes américains, en guerre contre Donald Trump et artisans du mouvement né après la mort de George Floyd.

« C’est le mouvement qu’ils attendaient. Tout leur travail, parfois silencieux, y a contribué. » Alors que l’Amérique se soulève en réaction à l’asphyxie de l’Africain-Américain George Floyd sous le genou d’un policier blanc, Mathieu Magnaudeix voit dans cette mobilisation historique le fruit des efforts des organizers.

Des activistes qui orchestrent, à travers les États-Unis, des actions collectives contre toutes les formes d’oppression – sociale, économique, de race, de classe et de genre – et dont ce journaliste de Mediapart dresse le portrait optimiste et pluriel dans Génération Ocasio-Cortez.

Gauche en réveil

Après avoir suivi la politique française, et notamment la campagne d’Emmanuel Macron, Mathieu Magnaudeix est parti aux États-Unis pour « documenter cette gauche américaine en réveil ». Il a rencontré ces militants, souvent issus d’Occupy Wall Street ou de Black Lives Matter, déçus par le premier président noir Barack Obama avant d’être dévastés par l’élection de Donald Trump.

Manifestations contre les brutales politiques migratoires, sit-in contre les énergies fossiles, marches contre les armes à feu, dénonciation des violences policières… Du Midwest au Texas, de Ferguson à New York, ils se mobilisent pour un avenir radicalement différent.

"Génération Ocasio-Cortez, les nouveaux activistes américains", de Mathieu Magnaudeix, est paru aux éditions La Découverte (288 pages, 19 euros).

"Génération Ocasio-Cortez, les nouveaux activistes américains", de Mathieu Magnaudeix, est paru aux éditions La Découverte (288 pages, 19 euros). © Éditions La Découverte

En première ligne – et en couverture du livre –, Alexandria Ocasio-Cortez, ancienne serveuse à Manhattan devenue la plus jeune élue au Congrès. En 2018, cette jeune Hispanique, alors âgée de 28 ans, a créé la surprise en entrant, avec Ilham Omar, une réfugiée d’origine somalienne portant le hijab, et deux autres femmes issues de minorités, dans une Chambre des représentants majoritairement blanche et masculine.

Soutien sans faille de Bernie Sanders, elle porte le programme politique de cette nouvelle gauche frondeuse : un « Green New Deal » pour répondre à l’urgence climatique et sociale.

Ces « nouveaux activistes américains » dont elle est devenue le symbole sont parfois trop jeunes pour avoir assisté à l’effondrement des tours jumelles de New York, mais déjà assez vieux pour avoir connu plusieurs crises, de la guerre en Irak et en Afghanistan au désastre des subprimes et, aujourd’hui, à la pandémie de coronavirus.

Alexandria Ocasio-Cortez (centre) au Capitol, à Washington, le 15 juillet 2019. À sa droite, Ilhan Omar.

Alexandria Ocasio-Cortez (centre) au Capitol, à Washington, le 15 juillet 2019. À sa droite, Ilhan Omar. © Scott Applewhite/AP/Sipa

« Une dérive fasciste du capitalisme »

Pour « réorienter le cours du monde s’il en est encore temps », ils réinventent des méthodes d’action collective imaginées par des intellectuels dont Mathieu Magnaudeix a recueilli les témoignages et dont il expose les théories, certaines résonnant de façon troublante avec l’actualité. Comme celle de l’écologiste Murray Bookchin, qui prédisait dès 1982 « une dérive fasciste du capitalisme au moment où celui-ci serait confronté à la catastrophe climatique ».

Sous la plume du journaliste de Mediapart, le lien entre les militants d’hier et d’aujourd’hui transparaît. Engagée contre le racisme institutionnel à Chicago, Destiny Harris, 19 ans, se voit comme l’héritière d’Angela Davis ou du Black Panther Party, « ces femmes qui faisaient la même chose que Malcolm X ou Martin Luther King » sans attirer autant de lumière.

Le plus grand mouvement de l’histoire américaine

Aujourd’hui, ces jeunes activistes sont acteurs et témoins d’un soulèvement plus important encore que celui des droits civiques : « le plus grand mouvement de l’histoire américaine », affirme Mathieu Magnaudeix, une récente enquête du New York Times à l’appui. Entre 15 et 26 millions de personnes auraient manifesté ces dernières semaines, de Los Angeles à Washington. Même les organizers ont été dépassés par l’ampleur du phénomène.

« Choc raciste imposé par Donald Trump »

Cet élan populaire « est à la hauteur du choc raciste imposé par Donald Trump », estime Mathieu Magnaudeix. Et de la pandémie de Covid-19, qui a déjà tué plus de 137 000 personnes aux États-Unis. « Le coronavirus a conforté ces jeunes dans leur vision d’un monde en crise perpétuelle, et qui n’est plus durable. »

À l’approche de la présidentielle de novembre, Joe Biden ne soulève pas l’enthousiasme de ces militants, qui se reconnaissaient plus dans la candidature de Bernie Sanders. Mais l’ancien vice-président de Barack Obama représente le seul espoir de mettre fin à leur cauchemar : l’Amérique raciste, réactionnaire – et, à leurs yeux, sans avenir – de Donald Trump.

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