Justice

[Chronique] Nigeria : la commission anti-corruption corrompue ?

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Par  Damien Glez

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

L’audition du patron de l'agence anti-corruption au Nigeria a pris l’allure d’un feuilleton rocambolesque.

L’audition du patron de l'agence anti-corruption au Nigeria a pris l’allure d’un feuilleton rocambolesque. © Glez

Limogé et convoqué par les enquêteurs, le directeur de l’agence anti-corruption est-il lui-même corrompu ? L’affaire est-elle le paroxysme du « cancer du Nigeria » ou un complot politicien ?

La justice devra trancher sur une procédure qui n’en est qu’à ses balbutiements, mais le dossier dessine déjà des rictus sur les visages du monde politique et de la société civile : en début de semaine, Ibrahim Magu, le chef de la Commission nigériane contre les délits économiques et financiers (EFCC) était entendu par un comité spécial d’enquête sur « des accusations de détournements de biens saisis et d’insubordination ».

Une « invitation » plus qu’une arrestation, selon des sources à la présidence, qui temporisent mais n’en pensent certainement pas moins. Pour d’autres observateurs, il s’agirait d’un montage initié par une frange de l’élite financière et politique nigériane soucieuse d’évincer Ibrahim Magu.

Détournement de biens saisis

Manipulation ou pas, l’audition du patron de l’agence anti-corruption a pris l’allure d’un feuilleton rocambolesque, par un jeu de silences croustillants pour tout commentateur de forum internet.

Tout aurait commencé en juin, par une note du procureur général adressée à Muhammadu Buhari, un chef d’État élu notamment, en 2015, sur la promesse d’éradication de cette corruption rebaptisée « cancer » du premier producteur de pétrole du continent.

Ibrahim Magu est réputé proche du président mais la note aurait fuité. Il y serait question d’octroi de biens saisis lors de perquisitions visant des biens mal-acquis.

« Plus c’est gros, plus ça passe »

L’hypothèse d’un chasseur de corrompus lui-même corrompu et chassé a de quoi faire sourire, même si le procédé présumé n’a rien de nouveau, ni d’exclusivement nigérian. Sur la tentation de détournement de biens saisis, 52 kg de drogue sous scellés étaient volés, en 2014, au siège de la police judiciaire de Paris.

La langue de bois habituelle affirme que « personne n’est au-dessus des lois »

Quant à la situation oxymorique d’un corrompu chez les anti-corruption, qui penserait trouver un activiste végan caché dans une boucherie ? Condamné pour fraude fiscale et blanchiment de fraude fiscale, le Français Jérôme Cahuzac n’était-il pas, au moment de l’affaire, ministre délégué au ministère de l’Économie et des Finances, le cœur de la centrifugeuse anti-fraude ?

« Plus c’est gros, plus ça passe », soupire le bon sens populaire qui ajoute que « l’occasion fait le larron »…

Suspension et enquête

À Abuja, l’enquête est censée suivre son cours, même si le présumé innocent a déjà été suspendu de ses fonctions, le 7 juillet dernier. La langue de bois habituelle se gargarise de « mesures conservatoires », de « droits à la défense de monsieur Magu conformément au principe d’équité et de justice » et de « personne n’est au-dessus des lois ».

Les mois qui viennent diront –peut-être– si cette procédure judiciaire relativement inédite va dans le sens de la vocation de la EFCC ou s’il ne s’agit que d’une chasse aux sorcières dans les coulisses de l’État.

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