Politique

Gérald Darmanin, le plus algérien des nouveaux ministres français

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Mis à jour le 12 juillet 2020 à 08h48
Gérald Darmanin, en janvier 2020, à Matignon.

Gérald Darmanin, en janvier 2020, à Matignon. © Eliot Blondet/REA

Interpellé au Sénat sur « l’entrisme communautariste » aux dernières municipales, le nouveau ministre français Gérald Darmanin a évoqué son grand-père tirailleur, Moussa Ouakid. Une référence à l’Algérie mais surtout un hommage au modèle républicain dont il se veut l’incarnation.

De son compte Facebook jaillit une photo, vestige du passé familial. En légende, une « pensée pour mon grand-père l’adjudant-chef Moussa Ouakid, tirailleur algérien ». Nous sommes le 15 août 2019, les autorités commémorent les 75 ans de l’opération Dragoon (15 août 1944 – 11 septembre 1944), lorsque 120 000 soldats africains débarquent sur les côtes de Provence.

Et cet héritage africain, algérien précisément, le nouveau ministre de l’Intérieur y tient. Après l’annonce du gouvernement, Gérald Darmanin mentionne dans un tweet devenu fameux, « le petit fils d’immigré » qu’il est et l’honneur que lui fait Emmanuel Macron d’endosser le rôle de ministre de l’Intérieur.

Réel attachement ou mise en scène ?

Certains y voient une mise en scène intéressée, une façon habile de faire oublier la plainte pour viol dont il est l’objet. D’autres, la marque d’un attachement naturel à ce grand-père et par transitivité, à l’Algérie.

Gérald Darmanin serait-il pour autant le plus algérien des ministres de la République ? Son entourage, lui, est plus nuancé. « En tant que petit-fils de tirailleur algérien, il a une conscience très nette d’être héritier de cette Histoire », confie Caroline Fel, l’une de ses amies de longue date.

La photo de son grand-père, Moussa Ouakid, sur son bureau, c’est sa fierté. »

« J’ai toujours senti chez lui une envie très forte de servir son pays et qui s’explique aussi par cette histoire, justement ». De part et d’autre de la Méditerranée, faut-il comprendre. Une histoire tumultueuse entre la France et l’Algérie dont la trajectoire de Moussa Ouakid, tirailleur, raconte un chapitre.

D’ailleurs, avec les politiques, il faut souvent regarder par-delà les signaux, lire entre les lignes. Gérald Darmanin n’échappe pas à la règle. Car dans cette chanson du récit familial, le refrain de la grandeur de la France revient, à pas cadencé. « La photo de son grand-père sur son bureau, c’est sa fierté. Elle dit, aussi, ce qu’est la République française aux yeux de Gérald. Elle lui a donné sa chance », poursuit son amie.

 

Derrière la figure tutélaire de Moussa Ouakid, Gérald Darmanin convoque, en réalité, la France et sa promesse méritocratique. David Douillet, ancien secrétaire d’État des Français de l’étranger puis ministre des Sports, en sait quelque chose. Gérald Darmanin, qui fut successivement son chef et directeur de cabinet, « illustre parfaitement la méritocratie française ».

S’il avoue n’avoir jamais abordé l’Algérie avec l’actuel ministre de l’Intérieur, David Douillet n’est pas étonné du tweet inaugurant sa nouvelle fonction : « Il a toujours été en phase avec son histoire familiale. Certains en auraient été gênés, lui en a fait une force. Tout comme ses origines modestes. » Et de relater une anecdote : « Un jour que nous étions dans un café, il avait tenu à laisser un pourboire. Il m’a dit avoir été garçon de café et qu’il savait ce que c’était de faire ce job ».

Visite express en 2017

À discuter avec son entourage, on le perçoit bien. Gérald Darmanin s’évertue à raconter son odyssée républicaine dans chacun de ses gestes. Quitte à bousculer l’agenda présidentiel.

En décembre 2017, il n’hésite pas à se greffer à la visite du président Macron en Algérie. C’est un déplacement express, douze heures tout au plus. Suffisant pour le jeune ministre de l’Action et des Comptes publics. Pour fouler les terres natales de son grand-père, harnaché du costume républicain. Petit-fils de tirailleur devenu ministre français, Gérald Darmanin sait qu’entre l’Algérie et la France, le symbole est une langue à part entière.

« Cela m’a interpellé de le voir dans cette délégation », commente un membre officiel présent lors de la rencontre. « Il était passé avant les élections présidentielles de 2017 mais cette fois-ci, la rencontre avait un tour plus solennel », détaille-t-il. « Aux côtés d’Emmanuel Macron et de Jean-Yves Le Drian [alors ministre français des Affaires étrangères], il a rencontré le président Bouteflika. J’ai bien perçu que cette visite représentait quelque chose pour lui. »

Entre un déjeuner aux côtés de personnalités algériennes, dont Kamel Daoud, et des déplacements dans Alger, Gérald Darmanin découvre une Algérie, protocolaire certes, mais plus actuelle. Loin de l’image parcheminée par la mémoire familiale et le souvenir de son grand-père, Moussa.

De là à parler de retour aux sources ? « Je l’ai senti sensible à cette rencontre d’autant plus qu’Emmanuel Macron avait abordé la question des harkis », souligne notre source.

Visas et imams détachés

Pour autant, Gérald Darmanin, en tant que ministre français de l’Intérieur, devra plancher sur plusieurs dossiers épineux dont la question migratoire – à travers la question des visas – et celle des cultes. L’islam, en creux.

Parmi les chantiers à venir, le sort des imams détachés, 120 pour l’Algérie. En février dernier, Emmanuel Macron, en déplacement à Mulhouse, annonçait vouloir en finir avec ce fonctionnement, socle de « l’islam consulaire ».

Le premier flic de France semble avoir de la ressource pour naviguer dans les méandres du pouvoir. Pourquoi ne le pourrait-il pas entre l’Algérie et la France, ose-t-on penser dans son entourage ?

« Je suis convaincu que beaucoup d’Algériens ou de Français d’ascendance algérienne voient en lui un modèle de performance. Petit-fils de tirailleur, ministre à 37 ans, il est dorénavant un modèle visible de réussite pour la France et l’Algérie », rappelle notre source officielle. Reste à savoir s’il saura parler à tous les Algériens.

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