Diplomatie

Affaire Mokoko : Tshisekedi et Lourenço ont-ils plaidé pour l’évacuation de l’opposant congolais ?

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Jean-Marie Michel Mokoko à son domicile de Brazzaville, en mars 2016.

Jean-Marie Michel Mokoko à son domicile de Brazzaville, en mars 2016. © EDUARDO SOTERAS / AFP)

Les avocats de l’ancien candidat à la présidentielle Jean-Marie Michel Mokoko affirment que les présidents congolais Félix Tshisekedi et angolais Joao Lourenço auraient personnellement plaidé en faveur de son évacuation sanitaire.

De quoi souffre réellement le général Jean-Marie Michel Mokoko, 73 ans, emprisonné à Brazzaville depuis juin 2016 et condamné à vingt ans de réclusion pour « atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat » ?

Très affaibli, l’ancien candidat à la présidentielle a été transféré le 2 juillet à l’hôpital militaire de la capitale où il aurait été, selon ce que ses proches et ses avocats ont affirmé dans un premier temps, testé positif à la Covid-19. Assertion démentie deux jours plus tard par les mêmes, qui parlent désormais de « forte crise de paludisme ».

Quoi qu’il en soit et en l’absence de tout commentaire de la part des autorités congolaises, les informations contradictoires livrées par les défenseurs de l’ancien chef d’état-major du président Denis Sassou Nguesso, devenu l’un de ses opposants emblématiques, n’aident guère à y voir plus clair.

Mystérieux « médecins angolais »

Dans un communiqué en date du 6 juillet, signé au nom du collectif des avocats de Mokoko par le Français Norbert Tricaud du barreau de Paris, ce dernier avance que c’est une équipe de médecins angolais « dépêchée en urgence » le 5 juillet par le président Joao Lourenço au chevet du malade, qui après contre-expertise aurait invalidé le diagnostic d’infection au coronavirus.

« Le général Mokoko tient à exprimer sa plus profonde reconnaissance à son frère le président de la République d’Angola », précise même l’avocat. Or, ce dernier a été aussitôt contredit par l’ambassadeur d’Angola au Congo, Vicente Muanda.

Pour l’ambassade d’Angola, cette délégation médicale à Brazzaville est une « fake news »

Après avoir rappelé que les frontières entre les deux pays étaient fermées pour cause de Covid-19, le diplomate qualifie la visite d’une équipe de médecins venus de Luanda de « fake news ». « L’ambassade d’Angola ne reconnaît pas la présence » de cette délégation à Brazzaville et n’a reçu « aucune communication des autorités angolaises » à ce sujet, précise la chancellerie.

L’intervention des mystérieux « médecins angolais » auprès de Jean-Marie Michel Mokoko est également infirmée par le « représentant » de la plateforme d’opposition FROCAD-IDC-J3M en France, Guy Mafimba Motoki, dans une mise au point diffusée le 6 juillet.

Tout en exigeant, à l’instar du collectif des avocats, que le général puisse bénéficier d’une évacuation sanitaire à l’étranger, cet activiste qui affirme lui aussi s’exprimer au nom de la famille et des fidèles du détenu, qualifie de « manœuvre cynique » le communiqué de l’avocat, auquel il apporte un « démenti formel ».

Tshisekedi impliqué ?

Pour ajouter encore à la confusion, l’implication dans ce dossier du président de la RDC Félix Tshisekedi, lequel aurait toujours, selon Me Tricaud, « fait part de son souhait de proposer une demande d’évacuation sanitaire en Afrique du Sud ou au Maroc » en faveur de Mokoko, suscite la surprise à Kinshasa dans l’entourage proche du chef de l’Etat, où nul n’en a entendu parler.

Avocat peu connu en dehors du marigot judiciaire franco-africain, au sein duquel sa clientèle est pour le moins éclectique – il a notamment été le conseil de Gnassingbé Eyadéma et du général putschiste Robert Guéï, celui d’Ange-Félix Patassé et de Jean-Pierre Bemba, du colonel mutin congolais John Tshibangu, mais aussi le secrétaire général Europe de la « Jeunesse active pour Chantal Biya », sorte de fan club de la Première Dame du Cameroun – l’ancien banquier et gestionnaire de fortune Norbert Tricaud surfe aujourd’hui sur une vague souverainiste, à en juger par son compte Twitter sur lequel il multiplie les posts pro Laurent Gbagbo et anti Alassane Ouattara.

Dans sa défense de Jean-Marie Michel Mokoko, l’avocat a été rejoint en France par le vice-président du Rassemblement National, député-maire de Perpignan et ex-compagnon de Marine Le Pen, Louis Aliot. Ce proche de l’opposant congolais Guy Brice Parfait Kolelas (candidat à la présidentielle de 2021 et ancien membre du Front National) a publié le 5 juillet un appel au gouvernement français, lui demandant de « mettre tout en œuvre » pour l’évacuation du détenu, « au nom de Saint-Cyr et de l’armée française » (sic).

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