Transport aérien

Crise à Tunisair : sans PDG, une relance sérieusement compromise

Réservé aux abonnés | | Par
Un avion Tunisair (photo d'illustration).

Un avion Tunisair (photo d'illustration). © RHL Images from England by Wikimedia Commons

En grandes difficultés financières, la compagnie nationale est incapable de répondre à la reprise touristique en Tunisie. 

En pleine période de sortie de crise sanitaire, Tunisair n’avait vraiment pas besoin d’une crise de gouvernance. C’est pourtant bien ce qui est en train de se dérouler avec le limogeage, le 6 juillet, de son PDG depuis 2017, Elyès Mnakbi, par sa tutelle, le ministre des Transports, Anouar Maârouf.

Selon les médias tunisiens, ce dernier lui a demandé de désigner lors d’un prochain conseil d’administration un gestionnaire par intérim, Belgacem Tayaa, en attendant la nomination d’un nouveau PDG.

Une décision approuvée par le chef du gouvernement

Une décision contestée par l’ancien numéro un, qui estime qu’il ne pouvait être démis que par le Premier ministre. Mais qui demeure légale, pour ce très bon connaisseur de l’entreprise. « Si la nomination du PDG est du ressort du Premier ministre, la gestion de la compagnie dépend du ministre de tutelle, qui a également une obligation de résultats, et qui peut écarter le PDG ».

Un point confirmé par la présidence du gouvernement dans un communiqué mercredi 8 juillet. « Cette décision, qui été approuvée par le chef du gouvernement, est également conforme aux dispositions du code des sociétés commerciales. Tunisair est un établissement public placé sous la tutelle du ministère du Transport et de la Logistique » rapporte l’agence Tunisie Afrique Presse.

Alors que la compagnie à la gazelle rouge, qui connaît de grosses difficultés financières, assure désormais trente vols par jour, elle attend toujours la définition d’un plan clair de sauvetage.

D’un profil plus économique que politique, le ministre des Transports tunisien n’était pas parvenu à s’accorder avec le PDG sur les mesures à prendre. Or il y a urgence.

Plus de 300 millions d’euros de pertes

Les pertes cumulées de Tunisair atteignaient en juin près de 1 milliard de dinars (308 millions d’euros). Outre l’injection de liquidités, le gouvernement prévoyait d’accorder un geste fiscal et surtout de financer le plan de départs volontaires de 1 200 employés, quand Elyès Mnakbi estimait en début d’année que la compagnie devait se séparer de 61 % de ses 7 400 employés, pour retrouver l’équilibre.

La compagnie continue de naviguer dans le flou. Ce ne sont plus que huit appareils d’une flotte qui en comporte vingt-sept qui sont aujourd’hui fonctionnels, selon des sources en interne. Les autres attendent des pièces qui, faute de moyens, ne peuvent arriver. Ce alors que, paradoxalement, la Tunisie connaît un des plus forts taux de reprise de son tourisme (+ 140 %), grâce à la levée des restrictions sanitaires.

Selon le site de réservation en ligne MisterFly, le pays du jasmin est entre le 1er et le 6 juillet la deuxième destination la plus prisée du monde, après la France. Il devance la Grèce, l’Espagne, le Portugal et l’Italie.

Scénarios de sortie de crise

Refinancement par l’État avec réduction drastique des coûts, liquidation « à la South African Airways »… plusieurs scénarios sont actuellement étudiés par le gouvernement.

Mi-juin, neuf anciens dirigeants de la compagnie avaient signé une tribune appelant l’État, actionnaire majoritaire, à se désengager au profit d’investisseurs privés et à séparer les fonctions de président du conseil et de directeur général pour mettre fin à l’immixtion de l’État dans les questions opérationnelles.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3093_600b devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte