Finance

Maroc : les banques islamiques grippées par le Covid-19

Réservé aux abonnés | | Par - à Casablanca
Le siège d’Umnia Bank, à Casablanca.

Le siège d’Umnia Bank, à Casablanca. © KARIM HANDAOUI

Marchés immobilier et automobile à l’arrêt, situation difficile des emprunteurs… La finance participative, qui a vu ses activités chuter durant le confinement, cherche à rebondir.

À fin avril 2020, l’encours des banques participatives a franchi une barre symbolique : celle des 10 milliards de dirhams (914 millions d’euros). Trois ans après leur création dans le royaume, ces banques islamiques, qui offrent des services financiers sans recourir à l’intérêt ou à la spéculation, sont en train de gagner du terrain, avec quelque 130 agences et une centaine de milliers de clients.

« Les banques participatives représentent à peine 1,5 % du réseau bancaire global du pays, mais financent aujourd’hui 15% des transactions sur le marché immobilier », souligne Adnane El Gueddari, directeur général d’Umnia Bank.

Activité principale de ce type de banques, le produit Mourabaha Immobilière a souffert durant cette conjoncture particulière du coronavirus. La fermeture totale des études notariales pendant plus d’un mois, a rendu impossible toute transaction. Même chose dans l’automobile, avec la suspension des activités des concessionnaires : les ventes de voitures neuves ont connu une chute vertigineuse, entraînant dans leur sillage les crédits automobiles en général, Mourabaha automobile comprise.

Cela s’est ressenti sur le rythme d’évolution du financement participatif. Sur les quatre premiers de l’année 2019, l’encours s’était apprécié de près de 1,5 milliard soit une hausse de 6 %, tandis que cette année la progression est restée limitée à 1 milliard seulement (3,8%) entre janvier et avril. « Les affaires reprennent, mais lentement à l’instar au rythme du retour à la normale de tout le pays », observe le directeur général d’Umnia Bank.

Donner une nouvelle impulsion au secteur

Pour tenter de donner une nouvelle impulsion au secteur, les autorités monétaires et le Conseil supérieur des oulémas viennent de donner leur feu vert pour la mise en place de produits de garantie exclusivement consacrés aux banques islamiques. La Caisse centrale de garantie (CCG) du Maroc – via sa fenêtre participative, Sanad Tamwil – vient de lancer « Damane Moubachir » et « Damane Dayn ».

Les nouvelles garanties permettent de s’ouvrir davantage à une clientèle d’entreprises, et plus uniquement aux particuliers

Le premier instrument est destiné aux petites et moyennes entreprises qui réalisent un chiffre d’affaires de moins de 10 millions de dirhams. Il permet de garantir le financement de projets inférieur ou égal à 1 million de dirhams avec une quotité de garantie entre 70 et 80%. «Damane Dayn», de son côté, est destiné à la garantie des projets des entreprises dont le chiffre d’affaires dépasse 10 millions de dirhams, ou dont le montant du financement est supérieur à 1 million de dirhams et ce, avec une quotité de garantie allant de 60 à 70%.

« Ces nouvelles garanties permettent de s’ouvrir davantage à une clientèle d’entreprises, alors que jusque-là l’activité est concentrée sur le segment du particulier », explique notre source. En plus de ces deux produits, la gamme «Sanad Tamwil» s’est enrichie de deux autres instruments de garantie des financements en faveur de l’acquisition de logements pour les particuliers : «Fogarim Iskane», qui cible des clients à revenu modeste ou irrégulier et «Fogaloge Iskane» destiné aux ménages de la classe moyenne et des Marocains résidant à l’étranger.

Brique par brique

Autre nouveauté pour la finance participative en cette période de confinement : le lancement des contrats Salam. « C’est une forme d’achat à terme qui se pratique essentiellement en agriculture, nous explique El Gueddari. Le cultivateur peut vendre d’avance sa récolte à un prix prédéterminé et peut disposer ainsi de quoi financer sa campagne agricole ».

Nous souhaitons que nos régulateurs passent à la vitesse supérieure

Le développement de la finance participative reste néanmoins tributaire du lancement de l’assurance Takaful. Ce maillon manquant dans cet écosystème financier, rend non seulement les banques plus prudentes dans leur politique de distribution de crédit, mais met également en péril les 10 milliards de dirhams de financements non assurés à ce jour.

« Nous souhaitons que nos régulateurs passent à la vitesse supérieure de telle manière à fixer des objectifs réalistes et d’accompagner sereinement les banques pour faire face aux contraintes, notamment la baisse de financement en cette période», explique Said Amaghdir, directeur associé du cabinet Finance Value Consulting lors d’un webinaire dévolu à la finance participative, organisée par le Club des dirigeants Maroc.

« Nous demandons à ce que l’écosystème de la finance participative soit complet. Son attractivité sera renforcée par une synergie entre la banque, l’assurance et les marchés des capitaux », ajoute le spécialiste. Les professionnels restent confiants et espèrent voir ce dispositif mis en place avant la fin de l’année 2020 pour poursuivre la structuration de ce marché qui se construit brique par brique.


Bientôt de nouveaux sukuks

Après une première émission réussie de sukuk souverain de 1 milliard de dirhams (92,4 millions d’euros), fin 2018, le royaume s’apprêterait à réaliser une nouvelle sortie sur ce nouveau marché financier original dont le principe est entre ceux des actions et des obligations. Le sukuk est un titre de propriété, quote-part d’un actif générateur de flux financiers.

Au département des finances, cette option est envisagée, alors que les dépenses du budget public incitent à la diversification des financements. « Un programme de 10 milliards de dirhams sur dix ans avait déjà été annoncé par le ministre de l’Économie, même si cela ne s’est pas réalisé », rappelle un analyste financier. De tels certificats de sukuk sont d’une importance capitale pour le développement de la finance participative. Ils permettent à leurs émetteurs de mieux gérer leurs liquidités.

Le cadre réglementaire de cet instrument financier vient d’être complété de manière à permettre aux banques participatives d’émettre leur propre Sukuk. « Avec la récente mise en place des contrats ‘Ijara’, on peut commencer à envisager ce genre d’opérations, confirme ce responsable d’une banque islamique. Mais, au préalable, il faut constituer un portefeuille Ijara avant sa titrisation. ». Les professionnels tablent également sur d’autres comptes d’investissements participatifs, censés leur apporter de nouvelles ressources pour poursuivre leur développement.

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