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Crimes sexuels de masse

L’écrivain congolais Bolya analyse le mode opératoire de cette barbarie moderne que sont les viols collectifs à grande échelle.

Bolya accuse. L’écrivain originaire de la RD Congo, qui avait déjà secoué les lecteurs avec son essai Afrique, le maillon faible (Le Serpent à Plumes) en 2002, récidive avec La Profanation des vagins. Un titre choc pour un livre qui l’est tout autant. Révolté par l’utilisation – devenue quasi systématique – du viol comme arme de guerre, Bolya dénonce ceux qu’il appelle les « saigneurs de la guerre ». S’appuyant sur des enquêtes d’ONG, confirmées par de nombreux reportages et témoignages, il analyse le mode opératoire de cette barbarie moderne. « Les viols collectifs à grande échelle, les crimes sexuels de masse sont devenus une sorte d’invariant universel de toutes les guerres contemporaines », écrit-il. Ces agressions, tout comme la création de « camps de viol » (notamment en ex- Yougoslavie), les grossesses forcées, l’esclavage sexuel, sont des instruments de génocide et de nettoyage ethnique. « Dans les conditions d’une guerre de lâches et de couards, le vagin devient un enjeu militaire stratégique », et le corps de la femme un territoire à conquérir…
Bolya parle de l’Afrique, bien sûr, mais pas seulement. Colombie, Sierra Leone, Tchétchénie, Rwanda, ex-Yougoslavie, Darfour, Birmanie, RD Congo… : à travers les chapitres du livre se dessine peu à peu une carte macabre des crimes sexuels mondiaux. Dont la plupart restent impunis. Bolya fustige le silence de la communauté internationale. Pour lui, le seul espoir d’enrayer le phénomène est qu’une « véritable justice internationale à compétence universelle » s’exerce contre les « prédateurs sexuels ».
Et l’écrivain de donner en exemple la condamnation de Jean-Paul Akayesu, « premier homme de l’histoire contemporaine reconnu coupable de violences sexuelles par un tribunal pénal international », en 1998. Des témoins ont accusé l’ancien maire de Taba, au Rwanda, d’avoir, lors du génocide de 1994, assisté à des viols collectifs et de les avoir encouragés. Il aurait aussi ordonné de tuer les foetus des couples mixtes tutsis-hutus. Il a notamment été condamné à quatre-vingts ans d’emprisonnement pour viol et incitation à « la perpétration de viols et d’actes de violence sexuelle ». Le TPIR a considéré que les crimes qu’il avait commis étaient des « instruments de génocide ». Un premier pas pour que les viols de guerre ne soient plus considérés comme les dégâts collatéraux des conflits armés.

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