Santé

Coronavirus : les clusters au Maroc sont-ils sous contrôle ?

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Dans un café de Rabat, le 25 juin 2020. Le port du masque est de mise.

Dans un café de Rabat, le 25 juin 2020. Le port du masque est de mise. © Fadel Senna/AFP

En plein déconfinement, le royaume voit naître des foyers de contamination au Covid-19 dans plusieurs unités industrielles. La situation est-elle maîtrisée ? Éléments de réponse.

Sortir du confinement n’est pas aussi simple que d’y entrer. Un nouvel adage valable pour tous les pays, auquel le Maroc ne fait pas exception. Le royaume, qui a accéléré son plan de déconfinement depuis le 25 juin, observe l’apparition de nouveaux foyers de contamination (ou clusters) au Covid-19 dans plusieurs unités industrielles. Et ce à quelques jours de la date de levée de l’état d’urgence sanitaire, prévue pour le 10 juillet.

Le 3 juillet, un foyer de contamination est apparu à Safi (région de Marrakech-Safi) dans une usine de conserverie de poissons, et compte à ce jour 524 cas. La ville, qui compte 300 000 habitants, a depuis été placée en quarantaine, complètement coupée du reste du pays.

Le 19 juin, au moins 800 cas de contamination ont été découverts dans deux usines de conditionnement de fraises à Lalla Mimouna (province de Kénitra). Le 24 juin, 141 cas ont été enregistrés à El Marsa (province de Laâyoune), une petite ville qui abrite plusieurs conserveries de poisson. Et le 25 juin, jour du « déconfinement national », 93 cas ont été détectés à l’usine Renault de Tanger.

« Pas de rebond de l’épidémie »

Le retour – tant attendu – à la liberté coïncide avec l’augmentation du nombre de cas journaliers (plus de 100 par jour). Le Maroc a d’ailleurs dépassé la barre des 14 000 contaminés.

L’opinion publique oscille entre la crainte d’être reconfinée et l’envie de vivre. Et, surtout, la volonté de travailler, alors que 4,3 millions de ménages vivent de l’informel, et où chaque jour de confinement a coûté 91 millions d’euros à l’État.

Seulement voilà, cet État – unanimement salué pour sa gestion de la crise du Covid-19 – a-t-il suffisamment préparé l’étape post-déconfinement ? Et maîtrise-t-il réellement la situation épidémiologique ?

Qu’il s’agisse des responsables politiques ou des scientifiques, la réponse est (là aussi) unanime : « Pour l’instant, tout est sous contrôle ». Tout en demeurant prudent sur l’évolution sanitaire, une source autorisée au ministère de l’Industrie estime « qu’on ne peut pas parler de rebond de l’épidémie ».

La relance économique entraîne de facto une augmentation des contaminations, comme partout ailleurs.

De son côté, le professeur Abdelfattah Chakib, spécialiste des maladies infectieuses au CHU Ibn Rochd de Casablanca, évoque un phénomène naturel : « La relance économique, le retour au travail et le déconfinement entraînent de facto une augmentation des cas de contamination, comme partout ailleurs. »

Plus important encore pour relativiser la situation, le nombre de cas au Maroc n’augmente pas de façon vertigineuse, c’est simplement la campagne massive de dépistage qui les met en évidence. Autrement dit, plus on teste les gens, plus on découvre des cas de contamination.

O,77 % de tests positifs

Depuis le 1er mars, plus de 800 000 personnes ont été testés au Maroc, avec une moyenne de 100 000 à 120 000 tests hebdomadaires. Le ministère de l’Industrie a quant à lui chapeauté le dépistage à grande échelle des unités industrielles, commerciales ou d’offshoring, soit 200 336 personnes entre le 22 avril et le 4 juillet  : « 0,77 % des testés se sont révélés positifs », toujours selon la même source autorisée.

« Nous savons que nous avons la maîtrise de la situation, car les grands indicateurs sont bons : le taux de mortalité est tombé à 1,6 % (contre 5,9 % dans le monde), et le taux de guérison avoisine les 70 %.

Le Maroc ne vit pas de seconde vague. Il barbotte toujours dans la première.

Pour l’instant, 4 700 personnes sont soignées dans les hôpitaux du pays, et seulement 20 personnes sont en réanimation. Ici, la grande majorité des contaminés est asymptomatique », explique le professeur Chakib, qui affirme que le Maroc ne vit pas de deuxième vague, mais barbotte toujours dans la première.

Face à l’épidémie, les autorités marocaines usent d’une gestion semblable à celle du continent européen. Le zoning (classement des régions selon la situation épidémiologique et évolution des mesures de confinement), la campagne de dépistage massif (notamment dans le secteur privé), la sensibilisation, l’instauration de mesures sanitaires sont autant d’outils qui ont permis au Maroc d’éviter le drame.

« Mais, dans l’idéal, il aurait fallu tester plus de gens, plus tôt », souligne le professeur Kamal Marhoum El Filali, chef de service des maladies infectieuses du CHU Ibn Rochd de Casablanca. « Or nous n’en avions pas les moyens au début de l’instauration de l’état d’urgence sanitaire. »

Usines sous surveillance

Dans le cas du cluster de Lalla Mimouna, plusieurs ouvrières avaient, en vain, sollicité les autorités afin d’être dépistées dès le début du mois de mai. Il s’agit pourtant d’une population à risque : ces femmes ont continué à travailler pendant le confinement, dans la promiscuité la plus totale, pour satisfaire le marché des exportations de fraises. Elles auraient donc dû bénéficier d’une attention particulière. La Fédération marocaine des fruits rouges a pourtant botté en touche.

Selon elle, malgré ses efforts pour respecter les mesures barrières, « le comportement des individus et des groupes en dehors des heures de travail demeure incontrôlable ». Le respect du confinement a parfois été plus difficile dans les populations issues des classes populaires (habitats précaires, familles nombreuses, continuité du travail), voilà pourquoi, là encore, une attention particulière aurait dû leur être portée.

Depuis avril, 38 établissements ont été fermés et 19 ont été autorisés à reprendre leurs activités.

Et puis, surtout, quid de la responsabilité des patrons d’usine ? « Les usines de Lalla Mimouna [qui font l’objet d’une enquête] et de Safi relèvent du ministère de l’Agriculture et non de nos services », rétorque une source autorisée au ministère de l’Industrie.

« Mais, depuis le mois d’avril, une commission de contrôle mixte a réalisé 3 633 enquêtes auprès de 2 849 établissements, indique-t-elle. Il y a eu 38 décisions de fermeture, et 19 établissements ont été autorisés à reprendre leurs activités après s’être conformés aux normes sanitaires. Le ministère de l’Industrie a une seule politique : tolérance zéro et degré de vigilance élevé. »

Pour l’instant, donc, tout va bien, ou presque. « Les clusters ne sont pas inquiétants car maîtrisables, mais si le Maroc se réveille avec 1 000 clusters ou des cas dont on ne peut pas remonter l’itinéraire d’infection, là ce sera inquiétant », affirme le professeur Marhoum El Filali. D’autant plus qu’il sera très difficile, économiquement et socialement, d’instaurer un deuxième confinement.

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