Agroalimentaire

OCP doit-il craindre les poursuites engagées aux États-Unis ?

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Ville-usine du port de Jorf Lasfar

Ville-usine du port de Jorf Lasfar © HOC/OCP

Le géant marocain du phosphate est accusé par son concurrent américain, le groupe Mosaic, de vendre des produits « subventionnés ». OCP réplique.

C’est la première fois qu’OCP, qui fête son centenaire cette année, est visé par une telle procédure. L’un de ses principaux concurrents sur le marché mondial des engrais, le groupe américain Mosaic, a annoncé fin juin avoir déposé une double requête, auprès du département du Commerce américain et de la Commission américaine du commerce international, demandant l’ouverture d’une enquête sur les importations marocaines d’engrais phosphatés dans le pays, accusées de concurrence déloyale.

« Mosaic a pris cette mesure parce que d’importants volumes d’importations abusivement subventionnées en provenance du Maroc et de la Russie provoquent des dommages significatifs à nos opérations », a affirmé dans un communiqué le groupe (8,9 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2019), qui figure dans le top 5 des producteurs mondiaux d’engrais phosphatés avec OCP, deux acteurs chinois (GPCG et YTH) et le russe PhosAgro, lui aussi visé par la procédure.

Contexte de prix bas des engrais

Le groupe américain, qui emploie 13 000 personnes et dont les opérations se situent principalement aux États-Unis (Floride et Louisiane), au Canada et au Brésil, espère obtenir des mesures compensatoires, à savoir une taxation des importations incriminées, majoritairement du DAP, le principal engrais phosphaté. Aucun détail sur le montant du préjudice revendiqué n’a été communiqué, Mosaic n’ayant pas répondu à nos sollicitations.

Contacté par Jeune Afrique, OCP a confirmé avoir reçu une copie de la requête déposée par son concurrent le 26 juin. « Nous sommes en train d’analyser cette requête », a indiqué le groupe marocain dirigé par Mostafa Terrab, qui conteste les accusations de Mosaic. « Nous opérons en totale conformité avec les lois et les réglementations relatives aux ventes de nos produits sur le marché américain », a souligné OCP (4,9 milliards d’euros de CA en 2019, 21 000 salariés).

Le déclenchement de ce bras de fer intervient dans un contexte de prix bas des engrais, qui aiguise la compétition entre les différents acteurs et la course à la réduction des coûts. Les prix du phosphate ont atteint en 2019 leur plus bas niveau depuis dix ans, une tendance qui devrait se poursuivre cette année, d’après les analystes.

En réponse à ces conditions de marché défavorables, l’américain Mosaic et le marocain OCP ont adopté deux stratégies différentes. Le premier a réduit sa production américaine en 2019 et annoncé, début 2020, la fermeture de la mine de potasse qu’il exploite au Canada. Ces efforts n’ont toutefois pas suffi à améliorer ses performances financières : son chiffre d’affaires en 2019 était identique à celui de 2015, quand son flux de trésorerie provenant des activités opérationnelles a été divisé par presque deux en quatre ans.

À l’opposé, le second a continué à investir et à développer ses activités pour augmenter sa production. Résultat, en 2019, OCP a réalisé un chiffre d’affaires certes en recul de 3,2 % sur un an mais le maintien d’une marge nette autour de 30 %, soit une rentabilité « supérieure à la moyenne du secteur » et des « résultats opérationnels solides ». Cela n’a cependant pas évité à OCP de voir sa note de crédit long terme dégradée en mai (de BBB- avec perspective stable à BB + avec une perspective négative) par Fitch en raison de performances en deçà des prévisions, d’un niveau d’investissement plus élevé qu’attendu et de son « profil financier faible comparé aux autres acteurs du secteur ».

130 jours pour se prononcer

Sur la question de la compétitivité, l’américain Mosaic a pointé, dans ses trois derniers rapports d’activités, une autre difficulté : les moindres exigences environnementales dans les pays où opèrent ses concurrents, « Chine, Inde, pays de l’ex-URSS ou Maroc », par rapport au cadre imposé à ses opérations aux États-Unis et au Canada, ce qui joue en sa défaveur.

Reste que la démarche de Mosaic, qui souligne sa volonté de préserver les 3 500 emplois qu’il génère aux États-Unis, doit aussi être lue à la lumière du contexte politique américain, avec une élection présidentielle prévue en novembre et un candidat à sa réélection, Donald Trump, fervent partisan du protectionnisme pour défendre les industries nationales.

Les deux parties attendent maintenant la réponse des instances américaines. Celles-ci ont 130 jours pour décider si, au terme d’une enquête préliminaire, il y a matière à prendre des mesures compensatoires.  Le cas échéant, les deux autorités peuvent décider d’appliquer un droit de douane permettant de compenser la différence de prix entre les biens importés et ceux produits sur place au terme d’une procédure qui dure au total entre 12 et 18 mois.

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